The Undertones : 40 ans et toujours le kick

Frontstage - Undertones - 1

Le groupe de Derry était ce vendredi au N9, le « muziekclub » cosy d’Eeklo. Bon, Eeklo, c’est pas la porte à côté, mais quand c’est The Undertones, les kilomètres semblent moins longs. Et même si le groupe joue sans batteur…

Les Irlandais devaient se produire à Eeklo le 1er juin dernier, mais leur concert avait été reporté pour raisons de santé. En décembre 2017, le batteur était en effet victime d’une attaque cardiaque, nécessitant la pose de deux stents. Quelques jours plus tard, après avoir quitté l’hôpital, il l’était d’un accident vasculaire cérébral. Le groupe décidait alors évidemment de reporter les concerts à venir, histoire de laisser le temps à Billy Doherty de se remettre. « Je croyais ne plus pouvoir jamais jouer », disait-il encore il y a quelques mois… Pas de feu vert médical pour juin, donc, et l’étape belge se retrouvait alors postposée au 21 septembre.

Et ce vendredi, nouvelle péripétie, nouvel avis de la Faculté : malade, Doherty ne peut monter sur scène. Sauf que cette fois, pour ne pas laisser les fans dans le froid (sic), le groupe a décidé de jouer quand même… sans batteur. Avec possibilité, pour ceux qui décideraient de ne pas venir, vu la configuration, de se faire rembourser leur ticket. Au vu de la petite salle bien pleine – le concert était annoncé sold out -, on se dit qu’il n’y a pas dû avoir grand monde pour demander à récupérer ses 20 euros ! Mieux : le public est trop content de pouvoir ici et là taper dans les mains pour soutenir Michael Bradley à la basse, alias la demi section rythmique de ce soir. Moyenne d’âge au N9 : assez élevée, évidemment, même si le temps d’un titre, il y a quelques années, les Undertones ont été repris par… One Direction !

Frontstage - Undertones - 2

A l’époque, c’est avec Feargal Sharkey et sa voix au falsetto reconnaissable que le groupe a écrit quelques belles lignes dans le grand livre du punk rock anglo-saxon. Tellement belles même qu’on peut lire cette phrase sur la tombe de John Peel qui les aimait beaucoup : « Teenage dreams so hard to beat ». L’intro du texte de « Teenage kicks ». Ou plutôt, sa propre version : « Are teenage dreams so hard to beat », demandaient en effet Sharkey et ses camarades voilà pile 40 ans ?

Frontstage - Undertones - Sharkey

Né en 1974 à Londonderry en Irlande du Nord, The Undertones tournera jusqu’en 1983 avec Bradley, Sharkey et Doherty plus les frères O’Neill, Damian et John O’Neill aux guitares. Leur simplicité plaît, d’autant plus qu’ils sont très jeunes et viennent d’une ville, la seconde d’Irlande du nord après Belfast, pour le moins troublée. Le « Bloody Sunday », c’est là qu’il s’est déroulé, le 30 janvier 72… Quatre albums plus tard, en 1983, des divergences mettent fin à ce premier chapitre : Feargal Sharkey entame une carrière solo (et décrochera un hit avec « A good heart », après « Never never » chanté dans The Assembly aux côtés de Vince Clarke), tandis que les frères O’Neill montent That Petrol Emotion.

Frontstage - Undertones - 3De gauche à droite : Damian O’Neill (guitare), Billy Doherty (batterie), Paul McLoone (voix), Michael Bradley (basse) et John O’Neill (guitare).

Les Undertones renouent avec les planches en 1999. Paul McLoone, un ex-animateur radio qui avait croisé Billy Doherty dans The Carrellines fait office de nouveau chanteur. Pas d’imitateur : l’homme a son charisme propre, un jeu de scène et de la repartie. Certes, une voix juste un peu moins particulière que son prédécesseur au micro, mais ça le fait malgré tout : les compos ultra courtes ont à peine perdu en nervosité, et ce vendredi soir aussi, à quatre, les mecs assurent. « Here comes the summer » et « Teenage kicks » évidemment (rejoué une deuxième fois en fin de concert « au cas où vous l’auriez raté », dixit McLoone), mais aussi « My perfect cousin » et « Get over you » : la setlist, entamée avec l’emblématique « Family entertainment », est plus garage que férocement punk. Véhicule moins la frustration et l’ennui juvéniles de jadis qu’une bonne petite dose de fun. Comme ici, on aime le chocolat, « Mars bar », face B du single « Jimmy Jimmy » (1979) tombe bien à-propos. Fun donc, plutôt que politique en filigrane (« It’s going to happen » ne manque pas à l’appel), et rares sont les respirations du genre de « Julie’s ocean » pendant l’heure vingt de concert.

Nombre de ces morceaux de rarement plus de trois minutes (une brièveté ramonesque !) ont résisté au passage des ans. Et les Irlandais n’ont manifestement rien perdu de leur simplicité. Les mélodies et les riffs, les refrains et les harmonies vocales collent toujours autant dans les oreilles. N’est-ce pas après tout ce qu’on attend aussi d’une bonne chanson pop ? Ce samedi à Düsseldorf, les Undertones ont récupéré leur batteur. Mais à Eeklo, Paul McLoon a promis, entre un saut de cabri et une remise en place de sa mèche rebelle : « On reviendra en Belgique au complet ! »

Didier Stiers

 

 

 

Didier Stiers

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