Aux bons soins des Olivensteins

Frontstage - Olivensteins

Vendredi soir, le KulturA hébergeait un groupe culte de la scène rock made in France. Quarante ans après son « Euthanasie », la formation de Rouen balance toujours entre hargne et fun.

Qui dit groupe culte ou mythique dit souvent histoire pas banale. Et celle des Olivensteins l’est, pour le coup. En gros, elle donne ceci… Née à Rouen en 1978, la formation se manifeste par un mélange goûtu de rock garage, de punk et d’un doigt (d’honneur) de provoc’, qui fait passer les gars de Téléphone pour de gentils collégiens. Eric Tandy travaille à l’époque chez Mélodies Massacre, le disquaire de sa bonne ville, et porte partout la sainte parole. Ou plutôt alimente le stock en sorties de chez Rough Trade et autres pépites recommandées par le NME. Quand il écrit un texte pour les Dogs – des concitoyens et autre groupe devenu culte -, ces derniers l’invitent avec son frère à passer dans leur local de répète. En 78, lors d’un concert de Johnny Tunders au Gibus à Paris, ils avisent dans le public le docteur Olievenstein, le fameux « psy des toxicos ». Et les deux frangins de se lancer… Ils recrutent, vivent quelques premiers concerts marqués par des bagarres mais finissent par faire une première partie des Dogs qui va marquer les esprits et avoir de l’écho dans la presse spécialisée. Suit un 45T comprenant trois titres : « Fier de ne rien faire », « Je suis négatif » et « Euthanasie ». S’il fait aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises vu son pressage limité (2.000 exemplaires, entre 350 et 500 euros sur Discogs), en ce temps-là, il plaît beaucoup à Patrice Blanc-Francard sur France Inter, à Philippe Manœuvre aussi… Et tombe dans l’oreille des gens de chez Barclay où l’on se met à penser très fort à un album.

Mais après un dernier concert, en janvier 80, le groupe se sépare de son plein gré ! Il faut dire que le docteur Olievenstein n’a pas aimé qu’on lui emprunte son patronyme. De son côté, le groupe n’a pas voulu en changer. Et comme il s’est vu reprocher quelques propos et textes un peu « osés » alors que c’était du second degré (« Pétain, Darlan, c’était le bon temps », ce genre)… La séparation va durer 33 ans. Ce qu’il a fallu au Christ pour gagner en maturité. En 2011, chez Born Bad où l’on a décidément le nez creux, on sort une compile rassemblant les « classiques » du groupe (les titres du fameux 45T notamment) et quelques démos. Et voilà que ça redonne envie aux intéressés de se retrouver. Deux ans plus tard, les Olivensteins remontent sur scène, du moins Gilles Tandy (chant), Ludovic Groslier (basse) et Vincent Denis (guitare), encore épaulés par Eric Tandy côté textes grinçants, acides, voire légèrement nihilistes.

Et ce premier album, finalement ? Il vient de sortir, figurez-vous. Enfin, c’était fin 2017. Intitulé Inavalable (en écoute sur Bandcamp), il compte 10 titres, agrémentés ce vendredi des « Fier de ne rien faire », « Je suis négatif » et bien sûr, heureusement livré dans une version longue, « Euthanasie ». Ici au KulturA, c’est tout simplement leur premier concert hors de France. Les Olivensteins, les angles à peine arrondis, sont à cinq sur scène : Gilles Tandy évidemment toujours au chant, tantôt mordant et habité, tantôt plus gouailleur, Vincent Denis et sa Rickenbacker, Jérôme Jabordes à la batterie, Didier Perrini sous sa casquette à la basse et France Vitet au clavier qui donne à l’une ou l’autre compo une petite couleur plus sixties.

Frontstage - Olivensteins 4

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Frontstage - Olivensteins 2

Gilles Tandy, admirateur de Mick Jones, Pete Shelley et Paul Weller, qui dit aujourd’hui apprécier Idles, n’est pas contre l’idée selon laquelle le rock devient une affaire de vieux. « C’est indéniable, relevait-il dans une interview à France TV. Et si l’écoute des chansons des Olivensteins permet à certains de repousser l’arrivée d’Alzheimer, c’est tant mieux, mais tous ces mecs qui s’épanchent sur leur jeunesse perdue, ça me gonfle prodigieusement. Je n’ai pas encore l’incontinence d’un ancien combattant, ni l’éloquence d’un conteur. » Leur bagage est chargé (y compris d’un peu de speed à la Ramones et d’un riff façon Kinks), leur vocabulaire choisi, mais surtout, ils sont sans prétentions. Même si « je suis né pour dormir, ça m’empêche de vous sentir » !

Didier Stiers

 

 

Didier Stiers

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