Difficile retour sur terre pour Jon Hopkins

JON HOPKINS

Le producteur electro britannique s’apprêtait à nous servir un concert cinq étoiles ce mercredi à l’AB. Et puis, en cours de route, il s’est perdu.

Jon Hopkins est un génie. En 2014, la chose est entendue. Le Londonnien, protégé du grand Brian Eno, vient de sortir Immunity, disque monumental faisant le lien entre ambient, techno dark et atmosphères cold wave. Un Joy Division electronica, ce fantasme ultime. Sur scène, le bonhomme triturait des sons clairs et lourds, les tordait dans tous les sens sans pour autant dévier de sa route. L’expérience pour le spectateur s’apparentait à surfer sur une autobahn allemande. Un tableau de Pollock interprété par Kraftwerk. Quelque part entre l’organique et le métallique. Et ces sons de basse qui martèlent, caressent, martèlent encore…

En 2018, un léger doute s’est installé. Non pas que tout soit remis en cause, mais Jon Hopkins s’est quelque peu écarté de la terre qui s’étend sous ses pieds. Singularity, son nouvel album, se veut la bande-son d’un voyage sous champignons hallucinogènes – ou une imbécilité du genre… Il s’élève et flotte dans la nuit autour d’une note et d’un rythme répété à l’infini. Chacun y entendra son moi intérieur. Le son de la méditation. Ou le bruit d’un lave-vaisselle cassé… *

Rendez-vous était donc pris à l’Ancienne Belgique pour vérifier l’état de la situation. Jon Hopkins, maître intouchable de l’electronica ou commun des artistes qui se fond dans la masse ?

JON HOPKINS

L’homme et la machine. Un écran géant découpé par une ligne verte. Le son en prend possession. La voilà qui frétille, se tord, se mue… La lente montée de « Singularity » sert d’intro parfaite aux affaires qui nous occupent. Les sons nous enveloppent, nous bercent, retour dans le cocon de la mer, dans le ventre de sa mère. On suit la lumière, cette ligne verte qui nous indique la sortie, cette expulsion vers le Grand Bleu qui se fera sans douleur aucune, sans peur et sans crainte. Là, nous sommes prêts. Lâchez les basses !

Ce moment où le corps répond instinctivement au son. Cette obéissance physique. Cette explosion sourde et moelleuse des basses qui s’emparent de toute la salle. L’AB se transforme en temple, littéralement. Il y a un aspect liturgique à cette musique. Un côté spirituel qui s’empare et élève. Comment la matière, le son, se fait esprit, pureté, vide. « Singularity » et « Emerald Rush » en introduction du concert ou les quinze minutes les plus intenses vécues en live cette année. C’est monumental. Ce que la musique peut procurer comme sensations. L’expérience sera réitérée un peu plus tard, durant le monstrueux « Collider » (extrait d’Immunity), autobahn electronica sans limite, un accès direct jusqu’au soleil. Entre temps, pourtant, la tension est retombée bas, trop bas.

Déjà, alors qu’il suit le même set sur toute la tournée, Jon Hopkins parvient à systématiquement louper ses transitions. La chute qui suit « Emerald Rush » est lourde et pénible, comme un terrible retour sur terre. Et notre homme ne parviendra pas (ou peu) à l’effacer. Le diptyque « Neon Pattern Drum »/ « Everything Connected » a les mêmes défauts que sur disque. Trop long, trop répétitif, trop flottant dans les airs sans suivre de direction – le fameux lave-vaisselle cassé… Et là, on se dit que Jon Hopkins est en train d’encroûter son live comme il a encroûté son album. D’autant que les sons aigus ne portent pas, quasi inaudibles, l’atmosphère néo-psychédélique ne parvient pas à s’installer. Et Dieu que les transitions sont pénibles! « Bon musicien, piètre DJ », nous glisse-t-on à l’oreille. Et de fait, c’est un peu ça. Reste les basses… Et des fulgurances qui sont effectivement fulgurantes.

De ce concert en forme de montagnes russes, on sort donc mitigé, frustré. Car Jon Hopkins, s’il n’est peut-être pas ce génie incontesté de l’electronica reste un de ses plus beaux maîtres. Mais ce concert à l’AB, malgré l’entrée en matière, malgré les fulgurances, malgré le talent certain,… On a un peu l’impression qu’il est passé à côté.

DIDIER ZACHARIE
Photos PIERRE-YVES THIENPONT

SETLIST/ Singularity/ Emerald Rush/ Neon Pattern Drum/ Everything Connected/ Open Eye Signal/ Collider/ Luminous Beings RAPPEL Magnets (Disclosure cover)/ Two Dancers (Wild Beasts cover)/ Light Through The Veins

JON HOPKINS

JON HOPKINS

* © Nicolas Clément, de nos honorables confrères du Focus Vif.

Journaliste lesoir.be

commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>