Cat Power et la Cyborg Nation

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Chan Marshall a présenté son nouvel album à l’Ancienne Belgique. Artiste et public semblaient s’être mis d’accord en fin de concert : il ne s’est rien passé.

Il y a des concerts, comme ça, où… Eh ben, rien. Non pas qu’il n’y ait rien à en dire (quoi que…), mais, simplement, il ne s’y passe rien. Comme s’il y avait une entente tacite entre l’artiste et le public alors même qu’on aurait juré à une incompréhension mutuelle. Il était dit que cette soirée ne donnerait rien et chaque partie a fini par l’accepter. Lost in Translation ou… Quoi d’autre ? Qui blâmer ? L’artiste ? Le public ? Ou simplement l’endroit ?

L’artiste, 22h23 : « Quelqu’un peut me dire ce qu’était cet endroit avant de devenir une salle de concerts ? Etait-ce une banque ? Ou un cimetière?… Comment avez-vous passé la soirée, sinon ? En tant que cyborg, je veux dire… Ca s’est bien passé, mes amis cyborgs ? »

Un assistant du public, 22h32 : « Je n’ai jamais vu autant de gens se faire chier en même temps !… Mais surtout, chhhhhhhttt ! »

Comme quoi, on s’est accordé sur la réalité des choses…

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Pourtant, a priori, les conditions étaient plutôt bonnes. Du moins le pensait-on. Cat Power revenait sur scène avec un très bon album sous le bras (Wanderer, sorti le 5 octobre). Déjà, c’est quelque chose qui remontait à plusieurs années – plus d’une décennie, même. Un retour roots, aux racines du folk et du blues, deux genres qui vont bien à Chan Marshall. Clope à la main, la chanteuse monte sur scène et entame le concert avec un vieux titre chéri datant de 1998 (« He Turns Down » sur l’indispensable Moon Pix). D’emblée, elle apparaît comme une sorte de Frank Sinatra au féminin, joliment ravagée par les excès, chantant tout en équilibre et fragilité, prête à chuter ou à s’élever au plus haut. Du pur Cat Power où on sent que la prochaine seconde est une inconnue, promettant tout et son contraire. Alors qu’elle enchaîne sur « Into My Arms » de Nick Cave, on se met à rêver d’un de ces concerts épiques comme elle en avait jadis le secret. Mais le fait que personne (ou presque) dans la salle ne reconnaisse la chanson met rapidement les choses au clair. De concert épique, il n’y aura point. Manque pour cela l’implication du public. Un point pour l’artiste.

D’un autre côté, on ne peut pas dire que l’artiste et son groupe facilitent particulièrement les choses pour un déchaînement des foules. Passés les premiers titres, les chansons se mettent à avancer à pas feutrés… Très feutrés. Si les titres du nouvel album passent plutôt bien, le groupe (batteur, guitariste, claviériste) la joue profil bas, comme s’il faisait une session de studio, et ronfle les notes plutôt que de les jouer, histoire sans doute de donner de l’espace à la chanteuse qui fait ses vocalises telle la petite Jehanne de France dans les champs de blé un jour d’été. Bon… Chan Marshall a beau reprendre sa copine Lana Del Rey, revenir vers Moon Pix (« Metal Heart »), tout cela est fort poli et fort lisse. On a connu l’artiste un peu plus aventureuse. Un point pour le public.

Reste la question posée par la chanteuse en fin de soirée. Qu’était donc l’Ancienne Belgique avant de devenir une salle de concert ? « Une banque ? Un cimetière ? » A vrai dire, une salle de spectacle. Et c’est peut-être ce qui pose problème. Le fait que la meilleure salle de concerts du pays ne pousse plus qu’à l’observation passive et silencieuse de la part d’un public empaqueté comme un ban de sardines dans le fond d’une boîte de conserve flambant neuve. Sur le modèle des salles hollandaises, tout est tellement joli, rénové, professionnel, qu’on ose à peine chuchoter ou applaudir entre les morceaux, de peur de déranger… Qui ? Les voisins ? Le public ? L’artiste sur scène ? On a déjà posé ce questionnement dans les pages du quotidien, mais le voilà qui revient, systématiquement, dès qu’on pousse les portes d’une salle de concert « professionnelle ». Qu’est-ce qu’on est venu foutre ici ?

DIDIER ZACHARIE
Photos MATHIEU GOLINVAUX

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR


Lire aussi

> Notre grand entretien avec Cat Power: “Je suis née avec le blues”

> Notre dossier “Et si les concerts redevenaient ‘rock’?”

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

BRUXELLES, concert cat power ancienne belgique .GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Journaliste lesoir.be

commenter par facebook

3 commentaires

  1. Lucie Pégeot

    28 octobre 2018 à 8 h 38 min

    Je ne rejoins pas du tout votre point de vue, je trouve cela étonnant que vous ayez vu une cigarette à la place d’un bâton d’encens et que vous vous soyez mis d’accord avec une personne pour dire que tout le monde s’était fait royalement chier.
    J’ai beaucoup beaucoup aimé.

  2. Lucie Pégeot

    28 octobre 2018 à 8 h 48 min

    Enfin je ne trouve pas la comparaison avec Frank Sinatra forcément pertinente ni le fait de ne relever que des phrases qui semblent arranger un point de vue qui semblait bien décidé oubliant de les introduire et d’en citer d’autres.

  3. Marie AdlP

    28 octobre 2018 à 13 h 20 min

    Je pense que la personne qui a rédigé cet article n’a pas tout compris ce soir là !
    Cet article est bien trop subjectif.

    Pour ma part, j’avais des attentes pour ce concert qui sont restées vaines. Certes…
    En effet il ne s’est pas passé grand chose ce soir là, si ce n’est des problèmes de son tout le long du concert. Ça a déstabilisé Cat Power. Elle s’en est excusée, a remercié le public pour sa patience et sa compréhension. Ses allusions au « cimetière » ou à une grande piscine signifiaient la noyade dans laquelle elle se trouvait en affrontant ces problèmes techniques.

    Et c’est un bâton d’encens qu’elle avait en main, non une cigarette !!

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>