Stikstof: dik in orde!

Frontstage - Stikstof 2

Les Bruxellois occupaient vendredi soir la scène de l’Orangerie au Bota, le temps d’un concert qui affichait sold out depuis belle lurette. Amaï, zeg, on a vite compris pourquoi !

Alors bien sûr, on a d’abord écrasé une larmichette de compassion – non sans un soupçon de ricanement – en pensant à ces camarades gaumais partis se faire lisser l’électrocardiogramme chez Chan Marshall.

Vous a-t-on déjà dit tout le bien qu’on pensait d’Overlast, le troisième album de Stikstof, sorti au printemps dernier ? Oui, juste, on vous l’a déjà dit en long et en large. Si l’expérience vous a plu, n’hésitez en tout cas plus à la prolonger la prochaine fois que les rappeurs flamands seront en concert : ça fait du bien par où ça passe ! En même temps, faudra patienter un chouïa, vu que Zwangere Guy et ses camarades terminaient, jeudi au Vooruit et ce vendredi soir au Bota, une tournée belge commencée cet été. Ils vont s’y remettre en décembre, à tourner, mais là, ce sera chez les bouffeurs de poffertjes.

Et donc, on a eu bon, nous. Sur scène, devant les platines de DJ Vega (le mec, il scratche et tout !), Jazz, Astro (les prods, c’est lui aussi) et Zwangere Guy fonctionnent quasiment comme une meute. Chaque personnalité bien en place, flows impeccables, interactions à l’instinct et il ne les trompe jamais, cooltitude affichée mais la proie, c’est quand même nous, zenne. Nous, le public, vite coincé par un savoir-faire qui sent bon les racines old school. Nas, Dre, The Roots, par là-bas… « Lyrics van klassiekers werd m’n tweede dope », rappent-ils dans « Zoizo » (dites « zo i zo », hein, pas « zoizeau »).

Frontstage - Stikstof 3

Stikstof ne joue qu’une heure, oui c’est peu, mais cette heure est aussi dense que les beats d’Astro. Ces beats, parlons-en, d’ailleurs : ils ne sont pas là que pour taper sur la tête ou cogner les tympans, ils enveloppent, ils portent, ils font frissonner… Et dans ce set, le fun, les atmosphères et les émotions se mélangent harmonieusement.

L’éclairage bleu (bleu comme Bruxelles, fieu) passe au jaune pour « Gele blokken ». L’un des morceaux les plus géniaux du dernier album en date. Et livré par Jazz quasi comme sur le disque : pas besoin d’en rajouter, le beat et la petite nappe de synthé suffisent au texte, et le texte, véritable peinture d’un quartier chaud, est évocateur en diable. Mecs louches dans les bagnoles à la tombée du soir, caméra dans les night shops, habitants qui savent mais qui se taisent, agent de quartier alcoolo…

C’est à ça que ressemble le Bruxelles de Stikstof ? « Que le côté sombre, corrigeait Jazz lors de notre interview de la semaine dernière. Parce qu’il y a tous les côtés à Bruxelles. On n’habite pas dans la rue, personne dans le groupe n’a de mal à finir le mois. On est de la classe moyenne. Le matin, on ne va pas travailler en Porsche, mais on ne doit pas frauder le tram. C’est cette vie-là de Bruxelles qu’on montre, et qu’on vit. C’est pas nous qui avons créé notre Bruxelles, c’est… Bruxelles quoi. » Zwangere Guy : « On est tellement habitués à cette ville qu’on ne connaît rien d’autre. » Et tout cela est aussi sur la pochette d’Overlast, qui se décline à l’écran pendant « 1000 milligram », avec ces images de flics prêts à intervenir dans une manif, et la tronche ensanglantée mais presque hilare du gamin… « Bruxelles, c’est pas que le flic et le type qui s’est fait cogner. Nous, on reconnaît directement ce poteau, et cette poubelle aussi. Et la main du flic, c’est pas de l’agressivité mais l’autorité, quoi. »

Ce « Gele blokken », versant sombre quand « Brussels bruisend » serait le versant clair, c’est aussi du cinoche sans les images. Et un peu comme chez Tarantino, on a ici et là un crescendo qui culmine dans une décharge électrique. On n’a pas dit violence. Mais les mecs savent aussi se montrer vénères et agressifs quand il le faut. Témoin : ces doigts d’honneur adressés à la NVA. Ou des claques comme « Alambetant » et « Frontal ».

Frontstage - Stikstof 1

Retour à notre entrevue de la semaine passée… « L’artiste n’est pas obligé d’être engagé, estime Jazz. Je pense que la plupart des vrais artistes ne sont pas intéressés, non plus. Ils sont dans la création, pas occupés à se demander ce que le voisin va voter… Mais sur nos albums, les sujets « politiques », ce sont des choses auxquelles on croit. » Zwangere Guy : « Chez nous, ce n’est pas qu’on chie sur quelqu’un sur chaque track, mais… Bon, qu’est-ce qu’on dit de très grave ? Moi, c’est le « fuck de NVA » (ndlr : dans « 1000 milligram »). Mais il était temps de le dire, je trouve ! » Et Jazz de conclure : « Comme on écrit chacun nos textes, si on veut dire quelque chose, on va le dire. Si on trouve que ce n’est pas nécessaire de le dire, on ne le dira pas. Et peut-être qu’alors, c’est un autre qui va le dire. Mais si on écrit quelque chose, on est directement derrière, on assume ! »

Stikstof, c’était déjà fort avant Overlast. En live, ça se vérifie avec un titre comme « Ja dan », extrait de l’album de 2016, sur lequel on retrouve aussi un certain « Dobberman » commis en compagnie de Roméo Elvis… qui monte sur scène pour l’occasion. Et s’ils devaient convaincre un Wallon de la Wallonie prof… pardon, du fin fond de la Wallonie que le rap en flamand, ça peut le faire aussi ? Que lui diraient-ils ? « On leur montre la vidéo. C’est parfait pour un francophone ! » Elle, « la » vidéo, est évidemment sur leur page Facebook et sert d’intro au concert de ce soir…

Didier Stiers

PS : Stikstof, in het Frans, c’est « azote ». D’où le N qu’ils utilisent comme logo…

Didier Stiers

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