Interpol avec classe et autorité

interpol fn   ©DOMINIQUE DUCHESNES

Le groupe new-yorkais a donné un concert impeccable de bout en bout mercredi à Forest National.

A vrai dire, on n’imaginait rien de bon en passant les grilles de Forest. Les alentours étaient étrangement calmes pour une soirée festive. Pas un chat, ou presque. 2.500 préventes, nous glisse-t-on à l’oreille, pour une salle qui peut accueillir 8.000 personnes. Forest National s’annonçait froid, vide et désespérant comme un vieux hangar abandonné sous la pluie… Pourtant, une fois dans la salle, c’est tout le contraire. Il s’avère que la majorité des huit mille places se trouvent au deuxième balcon. Celui-ci ayant mis ses rideaux noirs, la salle se trouve bien remplie, presque chaleureuse, et s’apprête à être le théâtre d’une démonstration aussi mesurée qu’éclatante.

Interpol, ce sont surtout deux albums au début des années 2000. A l’époque Strokes et compagnie qui remettaient le rock garage au goût du jour, eux ressuscitaient Joy Division et la cold wave. Mais il y a plus. Selon cette logique, le groupe n’aurait pas survécu au départ de son Simon Gallup à lui, le bassiste Carlos D, en 2010. Or Interpol est toujours là, sortant tous les X des albums qui, s’ils ne bousculent pas les habitudes du groupe, sont toujours honorables (le dernier en date, Marauder, sorti en septembre dernier, est même un bon cru). Surtout, leurs concerts ne sont jamais décevants. Mercredi, c’était bien au-dessus de tout cela. Brillant, impressionnant, d’une classe folle. Et tout cela sans avoir l’air d’y toucher.

interpol fn   ©DOMINIQUE DUCHESNES

A cinq sur scène, tous en costard noir bien coupé (un claviériste et un bassiste s’ajoutant au trio d’origine : Paul Banks au chant et à la guitare, Daniel Kessler à la guitare, Sam Fogarino à la batterie), tous bien alignés, statiques, chacun s’attelant à sa tâche et laissant parler le son. Et alors, quel son ! Il est coutume de dire que Forest National est une cuvette qui sonne creux, une horreur pour ingénieurs du son. Et bien, ici, c’est d’un nickel Mr. Propre ! On peut limite rechigner quant à la voix de Paul Banks, mais il y a du nouveau : le chant n’est pas si important, dans Interpol. Il est là, bien à sa place, mais est un élément parmi d’autres. Il accompagne plus qu’il ne porte. Interpol est un groupe soudé, qui joue ensemble. Pas d’envolées improvisées, pas de simagrées, mais une machine qui ne faiblit pas et tend la chose rock jusqu’à la faire sonner… comme de la techno minimale !

Ce son de caisse claire sur l’incroyable « Stay In Touch », pépite du nouvel album et un sommet du concert, c’est de l’electro pure, et pourtant, c’est fait mains, force poignet et ouïe affutée. Ici, Joy Division rencontre Kraftwerk et c’est merveilleux. Voilà peut-être où se positionne réellement Interpol, entre ces deux géants. Le groupe ne lâchera rien du concert, rira de lui-même après un faux départ (preuve que ces gens restent humains, ouf!), mais restera concentré de bout en bout. Le light show qui joue avec les stroboscopes de couleurs rajoutera à nous faire plonger dans ce monde post-industriel où tout est nickel, tout est lisse, mais dur et ferme, à la fois bien ancré dans le sol et qui s’élève comme un gratte-ciel. New York, XXIe siècle. Le reste est affaire de chansons. Et là-dessus aussi, nous fûmes servis.

La setlist est parfaitement pensée. Le groupe revisite tous ses albums avec une préférence pour le dernier né et les deux premiers. De « Pionneer to the Falls » (extrait d’Our Love To Admire) à « Slow Hands » (Antics) avant le rappel, il n’y a rien à jeter. Le style reste le même, certes, mais c’est peut-être ce qui fait la force d’Interpol. Rester sur sa ligne et peaufiner les détails plutôt que de chercher ailleurs. Et en rappel, le groupe passe encore à la vitesse supérieure, comme un train à toute allure : « Lights » et les tubes « Evil » et « Obstacle 1 » pour clore l’affaire avec classe et autorité, sans qu’on y retrouve à broncher. Comme on dit dans le métier: Respect, Monsieur l’agent!

DIDIER ZACHARIE
Photos: DOMINIQUE DUCHESNES

interpol fn   ©DOMINIQUE DUCHESNES

SETLIST: Pionneer to the Falls/ C’mere/ If You Really Love Nothing/ Public Pervert/ Roland/ Complications/ Say Hello To The Angels/ NYC/ The Rover/ Rest My Chemistry/ NYSMAW/ Stay In Touch/ All The Rage Back Home/ The New/ Flight of Fancy/ Slow Hands RAPPEL Lights/ Evil/ Obstacle 1

Journaliste lesoir.be

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