L’élégance anglo-française de Charlotte G.

Charlotte Gainsbourg

Charlotte Gainsbourg s’est produite à Anvers et Bruxelles ces 14 et 15 décembre. Compte-rendu du concert de l’Ancienne Belgique.

C’est qu’elle prend goût à la scène, Charlotte. Elle l’avouait en fin de soirée, « enfin se sentir bien » devant un public, entouré d’un vrai groupe (dont fait partie, à la guitare, notre compatriote David Nzeyimana, alias Le Colisée), présentant un répertoire quatre étoiles, celui de son dernier et splendide Rest, impressionnant autant par la fragilité de ses chansons que par la puissance du son.

Reprenant la route pour une dizaine de concerts européens après sa tournée de printemps qui l’a vue passer par les Nuits Botanique, Charlotte Gainsbourg a offert à l’Ancienne Belgique une prestation élégante, assez similaire à celle du Bota, si ce n’est l’ajout de quelques nouveaux titres (un EP cinq titres, Take 2, vient de sortir) et autres reprises plus ou moins obscures (Eels, le… groupe de metal norvégien Tristania et la désormais habituelle et très belle « Runaway » de Kanye West) et pas forcément nécessaires à un show très cadré (au propre comme au figuré), mais qui n’entache pas la sensibilité des chansons et de son interprète.

« Je dédie l’album et ce concert à ma soeur Kate », dit-elle après la splendide ritournelle « Rest », jouée en fin de set. C’est pourtant la filiation paternelle qui est soulignée. En commençant le concert par « Lying With You », ode au père défunt, et en le terminant par « Lemon Incest », c’est comme si elle tissait un fil pour mieux souligner l’influence (évidente) du grand Serge sur le nouveau répertoire. Un fil encore éclairé de mille feux par « Charlotte Forever » entre les deux chansons dédiées à sa soeur Kate. Comme pour dire que la mort n’est pas la fin.

Mais Charlotte n’est pas que la fille de Serge. Elle est aussi celle de Jane. Ainsi, entre l’identité française et britannique, elle a choisi de ne pas choisir. Un (non-)choix qu’on retrouve dans le public, savant mélange de francophones amoureux de la chanson française et de hipsters flamands et anglophones – ou le contraire. La musique de Charlotte se pose à mi-chemin entre détachement anglo-saxon (paradoxalement hérité du père) et émotion sans filtre à la française (du côté de sa mère). La voix est soux-mixée par rapport aux instruments, mais c’est une volonté esthétique. Et les arrangements électro n’engloutissent jamais les mélodies fragiles qui sont le moteur du concert. Surtout, Charlotte est là, devant nous, même si elle cherche toujours un peu à se cacher, son émotion est tangible.

Si on peut regretter quelques choix trop obscurs dans la setlist, au détriment de l’héritage francophone et de son propre répertoire (seules deux chansons de ses deux précédents albums ont été jouées), et l’absence d’une montée en intensité dans un set sans doute trop calibré, ce concert de Charlotte Gainsbourg, élégant et touchant, nous a donné envie de la revoir au plus vite sur scène, tant on l’y sent à chaque fois plus à l’aise. Peut-être l’été prochain, en festivals…

DIDIER ZACHARIE
Photos SYLVAIN PIRAUX

Charlotte Gainsbourg

SETLIST : Lying With You/ Ring A-Ring O Roses/ I’m A Lie/ Heaven Can Wait/ Sylvia Says/ Paradisco/ Bombs Away (reprise de Eels)/ Les Crocodiles/ Deadly Valentine/ Kate/ Charlotte Forever/ Rest/ The Songs That We Sing/ Such A Remarkable Day/ Les Oxalis RAPPEL : Runaway (reprise de Kanye West)/ My Lost Lenore (reprise de Tristania)/ Lemon Incest

Charlotte Gainsbourg

Journaliste lesoir.be

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