Les Residents, toujours drôles d’oiseaux…

Frontstage - Residents 1

Baptisée In Between Dreams, la tournée des 50 ans passait ce vendredi soir par l’Orangerie. Transformée pour l’occasion en théâtre de songes assez inquiétants…

Certes, on avait déjà eu l’occasion d’en voir quelques images et d’en entendre l’un ou l’autre petit bout, puisque la première remonte quand même à mars 2017 (c’était au Blue Note de Tokyo). Mais se retrouver plongé pour de bon, en live, dans les rêves pas nets des Californiens est tout autre chose. Concert ? Cabaret dingo ? Performance ? Entreprise de dézinguage musical ? A chacun selon sa sensibilité : les Residents embarquent le public dans un monde qui échappe un brin aux critères traditionnels de l’industrie. « Welcoming the weird since 1972 », lit-on sur l’un des T-shirts vendus au merch’…

Frontstage - Residents 2

Et franchement, les rêves de l’intitulé de cette tournée des 50 ans ne sont pas de ceux qui incitent à se pelotonner plus longtemps sous la couette ! « The black behind » (« The black is behind everything/Sneaking, creeping, hiding in the shadows and waiting/Waiting for the naive, waiting for the unaware… »), « Let me be your Teddy Bear » (chipé au King, oui oui) et autre « Baby sister » feraient plutôt la parfaite bande-son de vrais cauchemars ! Assaisonnés d’electronica, de punk rock, d’indus, de lounge et de jazz, sans oublier quelques solos de guitare empruntés à dessein au pire du metal.

On ne sait pas trop qui se planque derrière les masques à becs d’oiseaux steampunks des trois musiciens ni sous le museau de vache du chanteur. Les vrais ? Des remplaçants ? Les survivants ? Peu importe, finalement, c’est l’expérience vécue qui compte. Et ce soir, les entendre exploser comme ils le font le « It’s a man’s man’s man’s world » de James Brown est une expérience assez saisissante. Surtout qu’au micro (et à la pantomime), il y a ce bovidé à la voix abrasive comme du papier de verre.

Frontstage - Residents 4

Les personnages inquiétants sont aussi à l’écran. Ce sont les fameuses vidéos lâchées tous les quatre ou cinq morceaux, sur un gros ballon blanc figurant l’œil des Residents en début de concert. La bande a traficoté du lipping sur les portraits d’un clown, de Mère Teresa, de John Wayne et de Richard Nixon, histoire de leur faire tenir quelques propos savoureusement irrévérencieux. Et voilà donc notre bonne sœur qui évoque un accident de train puis chantonne « La marche des gladiateurs » de Fučík, la star des cowboys rêvant de ballerines et l’ancien Président des States chantant du blues, traitant au passage les démocrates de « no balls bastards ». L’époque n’a pas des masses changé, n’est-ce pas ?

Frontstage - Residents 3

Au bout du compte, il n’y aura pas un mot à l’attention de la salle, juste un salut dans les règles de l’art en toute fin de concert. Et un seul rappel. Mais quel rappel : « Six more miles (To the graveyard) » est une cover de Hank Williams, glaçante comme – forcément – une marche funèbre. Et jouée à la mémoire de Hardy Fox, le « porte-parole/producteur/ingénieur du son/compositeur » du groupe décédé fin octobre dernier, dont le portrait apparaît sur le ballon. Satiristes et mystificateurs peut-être, ces « papys »-là, mais pas que…

Didier Stiers

> Notre interview avec Homer Flynn, à lire sur LeSoir+

Didier Stiers

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1 commentaire

  1. Eusèbe

    2 février 2019 à 21 h 14 min

    Bon … j’ai l’âge du groupe, je confesse que je ne les connaissais pas (honte), et je ne regrette pas la découverte ! Artistes majeurs, étoiles nées de la collision en synchrotron d’un Bowie et d’un Iggy Pop, sans vaseline – car j’ai aussi cru me retrouver un soir de ’75-’85 à Berlin. Et à propos du bovidé, entendre une vache chanter “I wish I was a cowboy” valait à soi seul le déplacement :-)

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