Les bons disques des Limiñanas

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Deux concerts en Belgique ce week-end, ça valait bien une petite discussion avec The Limiñanas.

La guitare électrique a résonné dans le Royaume. De passage en Belgique, The Limiñanas ne se sont pas fait prier pour faire parler la fuzz. Vendredi à l’Atelier 210 à Bruxelles, samedi à l’Atelier Rock à Huy, le duo de Perpignan, à sept sur scène, nous a offert un festival de rock garage psyché yéyé qui s’est achevé dans l’électricité pur jus. Ca valait bien une petite discussion autour de leurs disques préférés avec Lionel et Marie Limiñana, qui, ça tombe bien, s’avèrent être non seulement adorables, mais aussi des mélomanes indécrottables.

Mais tout d’abord, faisons les présentations. The Limiñanas se sont formés il y a dix ans à Perpignan autour du couple Lionel et Marie. Lui est un acharné des groupes à guitares sixties, elle vient plutôt de la scène punk alternos. Chacun avait déjà traîné ses guêtres dans différents groupes avant de poster un titre en duo sur MySpace en 2010 et d’être contacté par le label indépendant américain Trouble in Mind : « On était copains avec les Sonic Chicken Four qui avaient sorti un 45T sur le label californien In The Red. Donc j’imagine que c’est comme ça qu’ils nous ont repérés. En tout cas, c’est de cette manière que l’affaire a commencé ».

Les Limiñanas sortent deux albums pour Troube In Mind (et un pour un autre label de Chicago, HoZac) et en profitent pour faire quelques séries de concerts à l’ancienne aux Etats-Unis dans le réseau underground rock garage : « Le réseau là-bas est gigantesque. Au départ, c’est pareil que pour le punk, fanzines, micro labels dans toutes les villes. Mais c’est pareil en Europe. Nous, on vient de Perpignan, on faisait venir des groupes, on créait des contacts comme ça ». Depuis, ils ont signé chez Because, ce qui leur a permis d’obtenir plus de visibilité en Europe et c’est tant mieux tant leur tambouille rock garage yéyé en quatre langues est enthousiasmante.

Le dernier album en date, Shadow People, sorti il y a tout juste un an, a été produit par Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre et invite également Bertrand Belin, Emmanuelle Seigner et Peter Hook : « C’est vrai que les featurings permettent d’ouvrir un peu le spectre musical, c’est une question qu’on se pose forcément quand on est un groupe de deux. Mais, ce n’était pas la volonté de départ. Ici, ce sont avant tout des rencontres ».

Surtout, le groupe tourne, sans cesse, à l’ancienne, partout en Europe, “à l’arrache”, comme on dit : « A l’arrache, ce n’est pas le mot. C’est simplement que tu retrouves le vieux truc. Je pense qu’on est peut-être, en France, trop habitué aux salles subventionnées. En Angleterre, t’as deux chaises, ils ne te filent rien à bouffer ni à boire, mais tu es là pour jouer. Et c’est parfait. A Hambourg, on a joué dans des rades, on avait l’impression d’être comme les Beatles en 1960. On adore tourner. Et puis, c’est une question de retrouver de l’humanité dans les concerts. Tu joues et après tu vas à la rencontre des gens. On a un très bon ami qui habite Bruxelles, Jean. Il vient à tous nos concerts. Et on n’a pas envie qu’il voie deux fois le même set sur l’année. Du coup, ce soir, on va rajouter quelques titres qui vont bientôt sortir, un projet avec Emmanuelle Seigner et Anton Newcombe… »

Un petit mot sur le concert de l’Atelier 210. On peut regretter un certain parti pris à l’américaine, The Limiñanas laissant la plupart de leurs titres en français de côté, surtout les plus gainsbourgiens et, forcément, les plus jouissifs, au profit d’un rock psyché façon Brian Jonestown de bonne facture, mais peut-être moins original. Il y a une raison à cela : « C’est difficile de faire ressortir le texte quand il est narré en talk over avec tout le boucan des guitares. Du coup, petit à petit, on a laissé ces chansons de côté pour ne garder que la partie électrique du groupe ». Pas de « Je ne suis pas très drogue », de « Dimanche » ou de « Prisunic » au programme, donc. En échange, un mur du son qui a bien failli faire crouler les murs du 210 dans sa dernière demi-heure. Que demande le peuple?

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LE BLIND TEST


>> The 13th Floor Elevators, « You’re Gonna Miss Me »

« J’adore ce truc. Tu connais la première version de ce morceau ? C’était déjà Roky Erikson, mais pour son groupe d’avant, les Spades, et le mix est encore plus raide. C’est vraiment punk, c’est vraiment super. Quand on s’est rencontrés, Marie était dans les trucs punks, moi j’étais plutôt dans les trucs garage sixties et la soul, Animals, Kinks, Who… Les rude boys et les mods. Je passais ma vie chez un disquaire de Perpignan, Lolita, c’est un endroit qui a été super important pour moi. Quand tu viens d’une petite ville, un disquaire, ça t’ouvre au monde. Le gars m’a fait découvrir énormément de trucs. Un jour, je suis tombé sur la compile Back From The Grave qui reprenait tous ces 45T de groupes garage sixties américains qui avaient littéralement été enregistrés dans leur garage et tirés à quelques centaines d’exemplaires. Ca a été une claque monumentale ».

>> Patrick Coutin, « J’aime regarder les filles »

« En France aussi, il y avait des groupes garage qui suivaient ce qui se faisait aux Etats-Unis, mais très peu ont percé. Et très peu aujourd’hui reviennent à ça, c’est vrai. C’est peut-être dû au fait que Gainsbourg s’est approprié le genre, qui est de facto devenu intouchable après lui. Nous, on ne cherche pas à faire aussi bien, on le fait à notre sauce, sans se mettre la pression, sans même savoir si c’est réussi ou non. On s’en fout. Ca nous donne plein de liberté ».

>> The Brian Jonestown Massacre, « Anemone »

« Anton nous a beaucoup aidés. C’est d’abord lui qui nous a contactés pour qu’on fasse un truc ensemble. Ca a été cette reprise des Kinks pour le magazine Mojo. Il nous a dit qu’il n’aimait pas travailler en envoyant des fichiers numériques. On a donc été enregistrer l’album chez lui à Berlin. C’est un gars adorable, très loin de l’image qu’en donne le documentaire Dig !. Maintenant, c’est quelqu’un d’entier qui ne fait pas de la musique pour s’amuser. C’est sa mission. Il bosse tout le temps. On s’est directement très bien entendus, ça a été très naturel, on se comprend ».

>> Joy Division, « Transmission »



« C’est la basse de Peter Hook, ça. Il fait partie de ces musiciens qui ont un style qui n’appartient qu’à eux. Qui s’approprient une chanson en jouant dessus. C’est ce qu’il a fait avec nous. Le label nous a demandés avec qui on aimerait travailler. On a donné deux noms : Warren Ellis et Peter Hook. Michel Duval de Because connaît Peter depuis longtemps, c’est lui qui a organisé le premier concert de Joy Division à Bruxelles. Il lui a envoyé la musique, il nous a renvoyés trois parties de basse et tu entends directement que c’est lui »
.

>> Can, « Mother Sky »

« On connaît mal le krautrock. On en ressent l’influence sur Shadow People parce qu’on sortait justement de la découverte de Can. C’était la première fois depuis longtemps que je découvrais un continent sans savoir où je mettais les pieds. C’était merveilleux. J’ai demandé avec quoi commencer, on m’a dit : « Avec le premier ». Alors j’ai écouté album après album, ces gars ont inventé un truc monstrueux. Là, on s’est fait une petite discothèque, mais on a encore plein de groupes allemands dans cette veine à découvrir ».

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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