Il était une fois Interzone

Frontstage - Interzone 1

Serge Teyssot-Gay et Khaled AlJaramani étaient jeudi au Senghor. Une scène qu’ils apprécient, le guitariste et l’oudiste : leurs dialogues musicaux avaient séduit en 2013. Six ans plus tard, l’invitation aux voyages est toujours aussi irrésistible.

Le nouvel album du duo s’intitule Kan ya ma kan. Un disque le plus souvent instrumental, aux atmosphères plus méditatives, aux mélodies plus mélancoliques. Rien de plombant cela dit là-dedans, la rencontre, à l’origine – c’était en 2005 – peut-être un peu improbable, reste fascinante.

Khaled le dit sur scène, et Sergio nous l’expliquait au bout du fil quelques jours plus tôt : le titre de ce disque est une référence aux contes et légendes. « Nous, on commence toujours nos histoires par « il était une fois ». Dans les pays arabes, c’est quasiment la même chose, à ce détail près, qui est important, qu’eux disent « kan ya ma kan », « il était ou il n’était pas ». Toutes les histoires des peuples sont toujours des histoires qui remontent de la mémoire ancienne, des gens qui étaient là avant nous, qui se transmettent de génération en génération, de siècle en siècle. A un moment, on ne sait plus si ça a réellement existé ou si ça fait partie de la mythologie. Et c’est bon : on n’est pas obligé de savoir si ça a existé réellement. Ça laisse une place à une liberté de choix. On a toujours le choix de dire oui ou non à quelque chose, d’aller dans un sens ou dans un autre. A moins d’être menacé de mort, on a quand même toujours le choix de faire ce qu’on fait. Toutes ces vieilles histoires, destinées aux enfants, généralement mais pas que, ont été pour nous le point de départ. »

Frontstage - Interzone 2

Ces vieilles histoires, comme dit Serge Teyssot-Gay, et une composition d’Erik Satie, devenue « Erik Satie » sur l’album. « Khaled la jouait… Je connais Satie, évidemment, mais je trouvais ça hyper beau. J’avais été bluffé, hyper touché par sa façon de jouer. A vrai dire, il la jouait comme moi je l’entends ! » Cqfd : la complicité entre les deux artistes est humaine et musicale. Difficile de ne pas remarquer les regards entendus, chargés d’amitié, qu’ils s’échangent sur scène, jalonnant un voyage où les repères temporels sont brouillés. Tout ce qu’on sait, c’est qu’on remonte dans leur discographie jusqu’en 2005, date de leur premier album, avec cet « Ayeb » un rien tribal. Et, qu’évidemment, c’est autour de leur album tout récent (il est sorti le 1er février) que s’articule ce deuxième concert au Senghor. Il s’ouvre avec la plage titulaire, « Kan ya ma kan » donc, et suivent ce chant des caravaniers (« Hala hala haïa ») ou ce poème de Ibn Al Faridh, « Ivresse ». Khaled raconte comment il évoque la Création, la Vigne, le Vin… et son complice y va d’un discret « et fumer ! »… puis s’excuse, tout sourire.

Frontstage - Interzone 3

Qu’est-ce qu’on l’aime, la liberté de ces deux-là. Celle, pour l’un, de se lancer dans 1.001 projets qui l’emmènent jusqu’en Chine. Et pour l’autre, exilé syrien définitivement installé à Lyon, de faire dialoguer sa culture musicale classique avec celle de l’électricité, des guitares jouées avec ou sans archet, du rock, du blues, du jazz… Reste une question : à quand une autre date par chez nous ?

Didier Stiers

 

Didier Stiers

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