Un documentaire sur PJ Harvey présenté à la Berlinale

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PJ Harvey est du genre discrète. Alors, quand un documentaire lui est consacré, on court le voir.

Pendant plusieurs années, le photo-reporter et réalisateur irlandais Seamus Murphy a voyagé avec la chanteuse PJ Harvey en Afghanistan, au Kosovo et à Washington DC. Tandis qu’elle tirait un disque de ces voyages, The Hope Six Demolition Project, son dernier album en date sorti en 2016, lui en faisait un film présenté ce week-end à la Berlinale du film, qui nous éclaire sur la naissance de ce disque, véritable projet qui a pris plusieurs formes.

PJ Harvey n’était pas à Berlin pour présenter ce film (elle est occupée à mettre en son une pièce de théâtre à Londres), on s’est donc rabattu sur son réalisateur: “J’ai rencontré Polly lors d’une exposition de photos que j’avais faites en Afghanistan. C’était à l’époque où elle préparait Let England Shake, elle cherchait une autre manière de travailler, à faire de la musique qui ne vienne plus de son monde intérieur, mais du monde extérieur. Elle a proposé de travailler ensemble. Cela a mené à des portraits, des vidéos, et puis, je lui ai proposée de m’accompagner en Afghanistan où je partais cette fois pour filmer”.

C’est le premier voyage qu’ils ont fait ensemble. Suivront deux autres au Kosovo et à Washington: “Elle écrivait déjà à partir des photos que j’avais prises, elle a continué durant les voyages. Elle est retournée en classe, littéralement, dans le Dorset, pour apprendre comment écrire de la poésie. Elle a adoré les conditions de voyage. Elle a signé avec une maison de disques très jeune, si bien qu’elle a toujours été ‘managée’, les gens s’occupaient de tout. Je pense que ça a été un moyen pour elle de se libérer de cela”.

Si ce Dog Called Money manque bien de cohérence, partant un peu dans tous les sens, et évite difficilement, par moments heureusement furtifs, “le syndrome Bob Geldof” (eux et nous, ces pauvres gens et mes riches vêtements, ce genre…), il est réellement fascinant quand il suit le processus de création de la chanteuse et de son groupe. Où comment les images, mots, sensations, découvertes et rencontres de voyages sont devenues des chansons. D’autant plus que les sessions d’enregistrement étaient ouvertes au public dans le cadre d’une sorte d’installation artistique, à savoir un studio temporaire construit au sous-sol de la Sommerset House à Londres.

“Les gens qui venaient voyaient tout ce qui se passait dans le studio, mais le groupe ne voyait pas le public. Au départ, je ne pensais pas filmer ce qui se faisait en studio, mais l’idée de l’installation artistique était intéressante. On voit comment les choses se créent, sur le moment. C’est comme de l’artisanat. Quelque chose qui selon moi s’est perdu en Occident. Construire quelque chose sur base de quelques ingrédients. La musique qui sortait du studio était super, il y avait beaucoup de rire entre eux, mais le plus intéressant, c’était les discussions qu’ils avaient sur l’art et la création. On le voit quand ils écoutent ce morceau de blues pour le décortiquer et en reprendre l’essence”.

On peut voir ainsi comment des chants religieux du Kosovo ou la visite du quartier d’Anacostia à DC ont influencé certains passages du dernier album, lequel a été créé avec des instruments venant d’Afghanistan et d’ailleurs. Ce qui fait de ce film une ouverture sans précédent sur l’oeuvre de PJ Harvey. A Dog Called Money met aussi en perspective un disque pas forcément facile d’accès au premier abord et permet de mieux comprendre d’où il vient et ce qu’il dit: “Le lien entre Washington, le Kossovo et l’Afghanistan, c’est le pouvoir central de l’Occident et son influence, parfois directe, parfois moins, sur ces pays et ces gens à l’autre bout du monde. Et d’un autre côté, l’endroit le plus violent, où je me suis fait agressé et où Polly était la plus nerveuse, c’était Washington”.

Pour finir, A Dog Called Money fait la part belle aux titres qui n’ont pas été retenus sur l’album. Ce qui n’est pas le moindre intérêt de ce documentaire dont aucune date de sortie n’a été prévue pour l’instant.

DZ

Journaliste lesoir.be

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