Bruce Dickinson : l’homme sous le spandex

Frontstage - Bruce Dickinson

Il n’est pas que le « frontman » d’Iron Maiden, même si c’est au groupe britannique que son nom restera pour toujours attaché. Il le raconte dans son autobiographie comme sur scène : sa vie est faite de plus que juste de rock’n’roll.

Il est aussi escrimeur de haut niveau, Bruce Dickinson. Pilote, entrepreneur, brasseur, romancier. Et il emmène pour l’heure son one man show assorti d’une séance de questions-réponses sur les scènes du monde entier, inspiré par les pages de ce bouquin intitulé façon clin d’œil A quoi sert ce bouton ? A Paris où nous l’avons rencontré, il nous a encore dit, à propos de…

 

> Cette autobiographie, pas uniquement écrite à l’attention des fans d’Iron Maiden

« Si j’avais voulu dresser une liste de tout ce que j’ai fait avec Iron Maiden, ça n’aurait pas été pareil. Mais… J’ai été à New York trente fois, en quoi la douzième était-elle différente de la vingtième ? Je ne me souviens plus. Peut-être que les rideaux de ma chambre étaient d’une autre couleur. C’est quand vous faites quelque chose pour la première fois que ça s’imprime le plus fort dans votre tête. Et puis, il existe déjà tellement de bouquins sur Iron Maiden, qui reprennent tout ce que nous avons fait, des avis sur nos disques… Je n’ai pas besoin d’en rajouter là-dessus. Bien sûr que j’ai un avis sur notre musique, mais il me semble plus important de raconter comment nous l’avons faite, ce que j’ai ressenti la première fois, plutôt que d’expliquer en détail pourquoi on a ce riff-là sur le deuxième morceau de tel album… Certains trouveront ça intéressant, mais je voulais que ça soit intéressant pour des gens qui ne me connaissent pas forcément. Et surtout, que ça ne soit pas un exercice de vain narcissisme. Ce que l’autobiographie est quasiment, par définition, mais alors si on peut équilibrer avec un peu d’ironie…

 

> Quarante ans de vie avec son groupe

« Oui, quand je regarde en arrière, il y a eu des moments où l’étudiant en Histoire, l’étudiant de 18 ans que j’étais a failli disparaître, s’évanouir. Aujourd’hui, je suis assez content de dire qu’il en reste quelque chose. La liberté de penser qui existait alors, même si elle était naïve, si je ne connaissais pas grand chose du monde, m’a ouvert à tout. Bien sûr, en cours de route, on se retrouve coincé par les circonstances, les pressions commerciales, l’environnement… Être dans un bus pendant six mois, cette bulle où tout le monde vous dit que vous êtes génial, c’est très séduisant mais c’est absolument corrosif pour votre personnalité. On renonce à être soi-même, à avoir des opinions personnelles, vous vous dissolvez dans un esprit de groupe. En fait, c’est terrifiant ! Et c’est pourquoi beaucoup de groupes de rock disparaissent, laissant des victimes d’une manière ou d’une autre. Si vous avez une fragilité, c’est un désastre, quand vous ajoutez dans cette équation de la drogue, de l’alcool, quelques femmes complètement dingues, ou des hommes, selon vos inclinations. Etre créatif ne signifie pas forcément que vous êtes à même de résister à ça. Prenez Amy Winehouse… Waow, quel talent ! Mais elle s’est juste dissoute dans cette… merde de la drogue et de l’alcool, de cet entourage, de sa fragilité… »

 

> De ce jour où il a su qu’il serait le chanteur de Maiden

« J’étais donc en studio à Londres, j’enregistrais avec mon groupe d’alors, Samson, et j’entendais Iron Maiden bosser à quelques mètres de là. J’ai su que j’allais être leur chanteur. Vous savez… C’est comme un type qui voit passer une fille et qui se dit qu’il va l’épouser. Et il l’épouse ! Ça n’a rien de rationnel. J’avais vu Iron Maiden en concert au Music Machine à Londres. Samson était en tête d’affiche, ce jour-là, et puis Clive Burr, leur batteur, avait joué pour nous… L’endroit était plein à craquer de leurs fans. Ils ont fait « Killers », et je me suis dit : « Waow, si j’avais 14 ans, ces fans, ce serait moi en train de les écouter. » Je me revoyais découvrant Deep Purple, In Rock : même effet ! Rien qu’en les voyant, je savais qu’un jour, je chanterais pour ce groupe, qu’on ferait des trucs énormes. Je suis allé dire bonjour à Clive, Steve et les autres, et puis quand je suis monté sur scène avec Samson, il n’y avait plus personne dans la salle : ils étaient tous partis ! C’était un message du cosmos ! »

 

> Ce concert donné en 94 à Sarajevo, pendant le conflit en ex-Yougoslavie

« Pourquoi avoir accepté d’aller jouer là-bas ? C’est vrai qu’il n’y a pas de réponse dans le bouquin, mais parce que je n’ai pas de réponse, justement… La seule que je puisse donner, c’est que ça semblait être une aventure à vivre. Ça l’a été, et ça a été plus que ça. J’allais faire Skunkworks avec ce groupe qui portait le même nom, et je m’étais dit que ça pouvait être une chouette manière de tisser des liens entre nous. Et puis, il y a la manière dont ça m’a été proposé : « Oui, oui, il y a une guerre, mais vous serez accompagné par l’ONU, vous irez en hélicoptère, tout se passera bien. » Et c’était… absurde ! On s’est retrouvés là-bas, et les liens sont devenus un peu plus profonds qu’on l’imaginait. Après, on a donc enregistré cet album, et c’est un album que je trouve très sombre. Pas juste à cause de Sarajevo, pour plusieurs autres raisons. Je traversais moi-même une période noire. Alors qu’habituellement, je ne suis pas aussi dépressif. Ce disque renvoie une image de moi, disons partielle et différente, voilà pourquoi je pense qu’il est très intéressant. Et on y entend des parties de guitare fabuleuses. J’ai toujours eu beaucoup de chance, avec les guitaristes que j’ai rencontrés ! » (ndlr : ce concert de 1994 a fait l’objet d’un documentaire sorti en 2017 : Scream for me Sarajevo)

 

> Son rêve d’homme, puisqu’il a réalisé celui de l’enfant (voler) et de l’ado (jouer dans un groupe)

« J’aimerais avoir une petite salle d’escrime, où je pourrais enseigner. Avec un pub à côté, et une petite piste d’aviation d’où je pourrais emmener les gens et voler pour le plaisir, les contaminer avec mon enthousiasme. Inoculer de l’enthousiasme aux gens, à propos de quoi que ce soit, pour le reste de ma vie, voilà mon rêve ! »

Front - Bruce Dickinson

Didier Stiers

« What does this button do speaking tour », dimanche 24 février, Arenbergschouwburg, Anvers.
« A quoi sert ce bouton » est paru chez Talent Editions.

 

 

 

Didier Stiers

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