Le néo-classique est-il classique?

Olafur Arnalds

Le superbe concert d’Olafur Arnalds dimanche au Cirque Royal a donné une réponse claire à cette question: non, nee, nein. Et c’est tant mieux.

Tout au plus, la vague néo-classique est portée par des musiciens ayant une formation classique. C’est le cas de Max Richter, Nils Frahm ou Hauschka. La filière allemande, en somme. Mais voilà, ce n’est pas le cas d’Olafur Arnalds qui a commencé la musique dans un groupe… punk. Lui a juste écouté Chopin avec sa grand-mère. Et c’est ce qui fait de sa musique un joyau dans lequel il est bon de se perdre. Un joyau pop, sans prétention.

Plutôt que de revenir en long et en large sur le concert de dimanche – le deuxième passage à Bruxelles de sa tournée autour de re: member commencée à Bozar en mai dernier–, profitons-en pour faire un petit tour des influences entendues chez Olafur Arnalds, mais aussi chez ses compères (vilainement) catégorisés «néo-classiques».

1.Chopin et la musique romantique

Comme il l’explique sur scène, c’est grâce au «lavage de cerveau» entrepris par sa grand-mère qui lui faisait écouter Chopin en boucle que l’Islandais en est venu à aimer le piano classique. Mais Chopin est-il un musicien classique? Plutôt romantique. Qui place l’émotion au-dessus de la technique – ce qui ne signifie pas, restons sérieux, que Chopin n’était pas technicien. La «musique pour la nuit» que représente le nocturne a clairement imprégné les compositions d’Olafur Arnalds, qui l’a digérée à sa manière – l’Islandais n’étant quant à lui pas particulièrement technicien, sa musique est sans prétention et c’est ce qui la rend belle et attachante (la seule tentative purement classique du concert, un solo de violon, sera d’ailleurs le passage le moins intéressant de la soirée).

2.Philip Glass et les minimalistes

Dans les années 60, les minimalistes américains proposent de revenir vers la tonalité et l’émotion musicale tandis que la musique contemporaine européenne devient de plus en plus complexe et intellectuelle. Basée sur la répétition, la musique minimaliste permet aussi de créer des ponts avec d’autres genres comme le jazz, le rock, les musiques électroniques ou les musiques de films. Philip Glass donnera par exemple sa version symphonique des albums Low et Heroes de David Bowie fomentés avec Brian Eno à Berlin. Les minimalistes sont une influence majeure sur le courant néo-classique, notamment parce que leur démarche (simplification et décloisonnement) est comparable. Pour autant, elle reste très conceptuelle. En ce sens, mais aussi de par leur utilisation de la forme répétitive, les miniminalistes sont moins une influence pour Olafur Arnalds que pour Max Richter, Hauschka, Nils Frahm ou même Yann Tiersen. Lesquels en ont par ailleurs profité pour simplifier encore un peu plus le propos minimaliste.

3.Klaus Schulze et la vague electro-ambient allemande

C’est une des influences majeures d’un Nils Frahm ou d’un Hauschka. Klaus Schulze, Tangerine Dream et tous ces bidouilleurs au synthétiseur fascinés par les expérimentations de Stockhausen, mais plus proches de Philip Glass et du rock progressif, qui cherchent des sons pour nous transporter dans un autre monde. Musique planante à l’origine de l’ambient, rock psychédélique ayant renié le blues et aboli toute structure, favorisant le travail sur le son plutôt que les chansons. Ces expérimentations électroniques s’entendent plus chez la filière allemande que dans les chansons d’Olafur Arnalds, qui semble n’utiliser l’électronique que parce que c’est l’outil de l’époque. Par ailleurs, il trafique moins son piano que Nils Frahm.

4.Sigur Ros et le post-rock

En vérité, après toutes ces considérations savantes, la filiation principale semble bien être celle du post-rock. On entend beaucoup Sigur Ros chez Olafur Arnalds. Max Richter a quant à lui beaucoup écouté Godspeed You! Black Emperor et Mogwai. Ces gens ont repoussé les limites du rock, prenant une mélodie sur quelques accords et l’étirant pour en faire des symphonies électriques. Olafur Arnalds fait peu ou prou la même chose. Simplement, il a enlevé ce qu’il restait de rock.

Par ailleurs, la fibre islandaise se ressent beaucoup dans sa musique, il a d’ailleurs tourné avec Sigur Ros à ses débuts. Le groupe islandais apparu à la fin des années 90 avec un post-rock marqué par le classique est souvent oublié aujourd’hui quand on parle de néo-classique, mais son influence est immense sur ce courant. Et plus encore sur Olafur Arnalds. Ce dimanche, au Cirque Royal, tandis que l’Islandais laissait parler les mélodies oniriques qui peuplent re: member, on a été plus d’une fois transporté dans le temps, en septembre 2002, dans cette exacte même salle, quand Sigur Ros présentait son troisième album intitulé (). À l’époque, on ne savait trop comment qualifier cette musique qui semblait venue des cieux. Aujourd’hui, on comprend mieux.

DIDIER ZACHARIE
Photos SYLVAIN PIRAUX

Olafur Arnalds

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Olafur Arnalds

Journaliste lesoir.be

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