Leçon de musique avec Chilly Gonzales

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Chilly Gonzales a déridé Bozar et aboli les frontières musicales avec un concert divertissant, intelligent, et sacrément agréable.

Inaugurée en 1929, la salle Henri Le Boeuf a vu passer des musiciens aussi importants que Stravinsky, Prokofiev, Rachmaninov. Du beau monde, on en conviendra. Des gens sérieux. Importants. Foutrement talentueux. C’est dire si pèse sur ce somptueux théâtre une sorte d’aura sacrée, une atmosphère de grandeur qui pousse au respect, à l’écoute, au silence poli et retiré.

Mais Gonzales, lui, le sacré, tout ça, ça ne l’intéresse pas. Comme il nous le disait récemment, « ma philosophie est pop ». Alors, le silence, basta ! « Faites du bruit comme si vous étiez à un concert de rap », lance-t-il à la foule. Et la foule, 2000 personnes sur quatre étages, de s’exécuter, de crier, hurler, siffler, frapper des mains et des pieds et puis, au bout de deux heures de concerts et deux rappels, de se lever comme une seule personne pour applaudir le pianiste. Ou plutôt, comme il se décrit lui-même : The Entertainist.

Chilly Gonzales, né Jason Beck il y a quarante-six ans à Montréal, nous a offert mardi une véritable leçon de musique (dans le sens littéral), mais une leçon/spectacle qui est restée avant tout un concert, d’abord au piano solo, puis accompagné d’une violoncelliste et d’un batteur. Un concert émouvant, beau, divertissant, ludique, pédagogique, foutrement intelligent et en communication constante avec le public. En somme, tout ce qu’un concert devrait toujours être.

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Un concert qui a commencé en douceur au piano solo, Gonzales distillant les perles de ses trois Solo Piano. Des mélodies classiques ou néo-romantiques, mais surtout pop, dans le sens noble du terme. Car si Gonzales reprend les codes (et le doigté) chers aux grands anciens, il les simplifie pour y insérer une mélodie catchy, aisément identifiable, ce petit plus pop qui fait le sel de ses compositions.

Il décortiquera le processus plus tard dans le set, en partant de Bach : « Une composition pop doit être à la fois rassurante et surprenante. C’est ce qui la rend catchy et c’est ce que Bach avait compris en passant des notes mineures aux notes majeures pour une même mélodie ». Et de Bach, le pianiste passe à Nirvana et Britney Spears de la façon la plus naturelle du monde pour démontrer son propos. Avant d’en proposer un medley piano-violoncelle qui, soit dit en passant, est peut-être la plus belle perle de toutes les perles pop jamais écrites.

Un peu plus tôt, Gonzales est passé de Berlioz au rap en s’appuyant sur le métronome, ce rythme parfait dont les grands musiciens ne voulaient pas entendre parler – « Un musicien qui ne sait pas deviner le tempo d’une pièce musicale en lisant la partition n’est rien d’autre qu’un cancre », a lancé un jour Mendelssohn à Berlioz, lequel fut le premier à accepter et utiliser le métronome. « Il s’en est suivi des siècles de musique française recherchant le rythme parfait, de Berlioz à Daft Punk », lance alors le maître de cérémonie avant de se lancer – avec talent – dans un rap, utilisation ultime du rythme parfait : un beat, un flow.

Au-delà de ces leçons de musique, Chilly Gonzales a joué, beaucoup et bien. Pour son plaisir et pour le nôtre. Il a joué de la musique néo-romantique, de la pop, du rap, du jazz, du rock, un melting-pot de genres et de styles qu’il refuse de hiérarchiser, tout cela en frappant les notes de son piano (amplifié, comme le violoncelle) et suant de tout son corps, façon Johnny, façon Franz Lizst, un musicien, une rock star, un compositeur, un professeur, Dieu bénisse Chilly, The Entertainist, Gonzo style !

DIDIER ZACHARIE
Photos MATHIEU GOLINVAUX

Lire aussi notre entretien > Chilly Gonzales: “Ma philosophie est pop”

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Journaliste lesoir.be

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