Rock Werchter sous un soleil gothique

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Le soleil était noir vendredi à Rock Werchter qui accueillait les retours attendus de The Cure et de Tool.

Au deuxième jour de Rock Werchter, un nom était particulièrement présent : The Cure. Un nom répété tant par les fans vétérans dont certains les avaient accueilli au Klacik de Uccle un soir de décembre 1979 que par des jeunes curieux, désireux de connaître les chansons qui se cachent derrière cette tignasse corbeau devenue cette image pop presque archétypale que s’est appropriée plusieurs générations d’adolescents.

The Cure venait fêter ses quarante ans avec son public et il a donné un concert pour ses fans : une setlist retraçant toute la carrière du groupe, piochant dans tous les albums, qui a donné la faveur aux pépites obscures plutôt qu’aux gros tubes gardés pour la fin. Une setlist qui donne avant tout une idée parfaite de ce qu’est le son Cure : rythmique martiale, basse angoissante et le génie pop de Robert Smith saupoudrant toutes ces chansons forgées dans la nuit noire de poussière d’étoiles.

Alors, évidemment, ce fut beaucoup trop long (2h30 pour un set de festival!), ce fut à l’ancienne (des chansons et rien d’autre), mais ce fut bon. Tellement bon !

Le soleil se couche lorsque le groupe débarque sur scène sur le coup de 21h30. L’heure de sortie pour les corbeaux. Les visages ont vieilli, sont marqués, mais la couleur est toujours au noir, du moins en ce qui concerne Robert Smith et son fidèle acolyte Simon Gallup. A la guitare, Reeves Gabrels, bras droit de David Bowie durant les années 90. On ressent un petit flottement lorsqu’ils prennent leurs instruments, comme si ces gens ne devraient pas se trouver là. Robert Smith, c’est l’anti-star par excellence. Même les yeux maquillés de rimmel et le cheveux en pétard, il paraît toujours un peu gauche dans ses vêtements trop larges et ses vieilles snickers d’ados. Trop humain, trop honnête, plutôt. Pas le genre à tenir le haut de l’affiche devant 40.000 personnes.

Et pourtant ! Dès les premières mesures de « Shake Dog Shake », le doute s’envole. Les Cure jouent serrés. Les chansons sont à la fois accrocheuses et anxiogènes. La voix de Robert Smith, 60 ans, est aussi claire que lorsqu’il en avait vingt. La basse de Simon Gallup est monumentale, angoissante. Ces gens viennent du punk et ils ne l’ont pas oublié. C’est quelque chose qui est profondément marqué en eux. Mais ils viennent aussi de la pop la plus légère qui soit. Ce dont on se rendra encore mieux compte durant le rappel avec des pépites sucrées comme « Friday I’m In Love », « Lullaby » ou, bien sûr, « Boys Don’t Cry ».

Pendant deux heures et demie d’un marathon qui a dû être indigeste pour une bonne partie du public – les curieux plutôt que les curistes -, The Cure a offert ce qu’il a de plus précieux : ses chansons. Uniques et singulières, dont le style et le son ont été pillées sans jamais atteindre leur perfection – car celle-ci tient justement dans leur imperfection, cette petite touche d’étrange qui sort de cette tignasse en pétard, le coffre qui cache toute l’imagination du chanteur, cet éternel adolescent jamais tranquille, toujours emprunt au doute existentiel, dont les peines de coeur ne semblent jamais se cicatriser. C’est tant mieux pour nous, car du sang qui s’écoule, il en fait des pierres précieuses.

Tool, aussi impressionnant que décevant

Plus tard, la lune veille. Bientôt, les déflagrations de metal lourd vont s’emparer de la nuit. Pour certains, le retour de Tool était encore plus attendu que celui des Cure. C’est que, douze ans après son ultime livraison, le groupe californien s’apprête à sortir un nouvel album fin août. On ne l’espérait plus.

Tool, groupe unique, à tendance metal, certes, mais bien plus que ça. Mystérieux, presque secret, le combo de Maynard James Keenan s’est construit une mystique qui entoure toute son oeuvre, à savoir quatre albums qui sont autant de reliques sacrées pour les fans. Cette musique est intense, froide, lourde, elle nous emmène dans les méandres de l’esprit, dans l’inconscient le plus profond pour atteindre le côté obscure de la lune. Pour résumer, la musique de Tool équivaut à un véritable cheminement initiatique.

Et donc, ce concert ? Aussi impressionnant que décevant. Le son est monstrueux. La section rythmique, particulièrement, semble forgée dans l’acier le plus solide. La voix survole le tout de façon majestueuse, c’est clair, d’une perfection rare. Et les visuels nous permettent de plonger un peu plus dans ce monde à part.

Mais… Pas grand chose de neuf au menu. Le parti pris best of, s’il fait plaisir de prime abord, ne rend pas justice à l’univers complexe que Tool crée à chaque sortie. On espérait rentrer dans un tunnel et n’en sortir que deux heures plus tard. A la place, nous sommes resté éveillé. Quant au nouveau titre qui a été joués il est difficile de le juger : trop complexe pour qu’on puisse véritablement entrer dedans d’une oreille distraite. Surtout, il manquait le contexte. On attendra plutôt la tournée en salle.

DIDIER ZACHARIE

SETLIST THE CURE : Shake Dog Shake/ Just One Kiss/ Lovesong/ Last Dance/ Pictures of You/ High/ A Night Like This/ Burn/ Fascination Street/ Never Enough/ Push/ In Between Days/ Just Like Heaven/ From The Edge of The Deep Green Sea/ Play for Today/ A Forest/ Primary/ Want/ 39/ 100 Years RAPPEL Lullaby/ The Caterpillar/ The Walk/ Doing The Unstuck/ Friday I’m In Love/ Close To Me/ Why Can’t I Be You ?/ Boys Don’t Cry

SETLIST TOOL : Aenema/ The Pot/ Parabola/ Descending/ Schism/ Invincible/ Part of Me/ Jambi/ Forty Six & 2/ Vicarious/ Stinkfist


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