L’Afghanistan, première étape d’un marché de 45,4 milliards d’euros

Champ de pavot en fleur dans la province de Badghis. (c) Lallemand

C’est ici que tout commence. Les faits: quelque 90% de l’héroïne mondiale provient du pavot cultivé dans quelques provinces de l’Afghanistan. C’est ici que, chaque années, sont produites 380 tonnes d’héroïne, dont seules cinq tonnes sont saisies ou consommées sur place.

En termes généraux, le gouvernement afghan ne saisit qu’un pourcent de la production locale d’opiacé (soit 3,8 tonnes d’équivalent héroïne). De ce marché global de l’héroïne afghane, qui pèse au niveau planétaire quelque 55 milliards de dollars (45,4 milliards d’euros), seuls 2,3 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) terminent dans la poche des fermiers et trafiquants d’Afghanistan. Car à l’intérieur même du pays, le kilo d’héroïne ne vaut encore que 2 à 2.500 dollars (1.636 à 2.045 euros).

Qui sont les trafiquants ? A l’intérieur même de l’Afghanistan, les routes qui mènent à l’Asie centrale (les « routes du Nord ») sont dominées par cinq grand réseaux afghans de trafic, composés d’officiels, de seigneurs de guerre, de groupes de crime organisé et peut-être aussi d’un groupe insurgé, le Hezb-i-islami de Gulbuddin Hekmatyar. Ces groupes côtoient des réseaux bien plus petits, généralement articulés autour d’une famille. De ce point de vue les groupes ethniques tadjiks vivant des deux côtés de la frontière sont importants.  

Et puis il y a les trafiquants qui visent, non pas les frontières du Nord, mais l’Occident: la frontière iranienne. Il s’agit pour l’essentiel de réseaux baloutches et pachtounes.

Quelques grammes d’opium brut, prêts à quitter l’Afghanistan. (c)  Lallemand

Certains de ces réseaux ethniques sont actifs depuis l’époque de linvasion soviétique, et disposent de liens de très longue durée avec les administrations sécuritaires et politiques des deux côtés de la frontière. Des analystes de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) estiment qu’il existe 10 à 12 grands réseaux afghans disposant de relais avec la République d’Iran. A cela s’ajoutent de nombreux trafiquants afghans qui opèrent au départ du Pakistan.

Commentaires

2 réponses à “L’Afghanistan, première étape d’un marché de 45,4 milliards d’euros”

  1. Leila B., le 17 mars 2011 17 h 15 min

    Bonjour,

    Dans votre billet, vous précisez qu’il y a, pour la route nord du trafic, 5 groupes principaux de trafiquants, mais vous n’en citez que 4:
    - Les officiels
    - Les seigneurs de guerre
    - Les groupes de crime organisé
    - Le groupe d’insurgés Hezb-i-islami de Gulbuddin Hekmatyar.

    Est-ce que les réseaux tadjiks font partie de ces 5 grands réseaux dont vous faites mention?

    Merci et bonne continuation pour votre formidable enquête.

  2. alainlallemand, le 5 juillet 2011 6 h 22 min

    J’avais mentalement inclus les réseaux tadjiks dans la rubrique “chefs de guerre”. Tout un aveu. Le meurtre du général Daoud Daoud, à la mi-juin, a été l’occasion de rappeler que l’ex-ministre-adjoint de l’Intérieur, autrefois en charge de la lutte anti-drogue, était un bel exemple de protecteur tadjik.

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