Pourquoi Téhéran souhaite des frontières poreuses
posté le 13 septembre 2010 |
catégorie Afghanistan, Enquête, Etapes, Iran
Pourquoi Téhéran, qui se dit engagée dans la lutte contre l’héroïne, serait-elle en train de démanteler son dispositif antidrogue en frontière du Nord-Est? Parce que quatre camps de l’insurrection afghane se sont établis au Nord-Est de l’Iran avec la bénédiction de Téhéran. Ces positions de replis permettent de développer des attaques sur le nouveau « front Ouest » de la guerre d’Afghanistan : Herat et Qala-I-Naw. Et ce qui peine l’Otan aujourd’hui réjouit Téhéran.
La carte a été établie par les militaires afghans et elle est « classifiée » : elle indique par de larges marques rouges la présence, sur le sol iranien, de trois camps insurgés afghans installés à quelques kilomètres de la frontière afghane, à hauteur de Tayab, Torbat-e-Jam et Eshtivan, et un quatrième implanté plus au Nord, à hauteur de Sarakhs, en frontière du Turkménistan. Les trois premiers camps, qui échappent à toute représailles de l’Afghanistan, permettent de gagner immédiatement le cœur de la province de Herat via la grand-route menant du poste-frontière d’Islam Q’ala à la capitale provinciale Herat. C’est précisément à Herat qu’ont commencé à se développer ces dernières années les attaques insurgées contre le régime afghan.
Le quatrième camp est le plus intéressant : adossé à la frontière turkmène, il n’a d’autre intérêt que de permettre – via le Turkménistan – des incursions d’insurgés dans la province de Badghis, autre bastion croissant de l’insurrection.
Jusqu’à présent, les sanctuaires étrangers de l’insurrection se trouvaient pour l’essentiel au Pakistan : les provinces afghanes de Helmand et de Kandahar étaient inondées de combattants provenant du Baloutchistan pakistanais, cependant que le Pakhtunkhwa (ex-Province frontière du Nord-ouest pakistanais) permettait aux insurgés d’entrer en Afghanistan via les Waziristan et la passe de Khyber.Si l’Iran a parfois été soupçonné d’aider matériellement l’insurrection, l’idée de camps insurgés installés sur le territoire de la république iranienne est nouvelle. Historiquement, bien avant l’intervention de troupes occidentales en octobre 2001, l’Iran a lourdement soutenu la résistance aux talibans, notamment – et précisément – les fronts mudjahidines de Herat et de Badghis. L’ex-homme fort de Herat Ismaïl Khan recevait ses armes de l’Iran. A Badghis, le « Front 17 » était porté à bout de bras par l’Iran. Aujourd’hui, la découverte de camps insurgés en Iran montre non seulement que Téhéran aurait conservé sa capacité d’intervention sur le sol afghan, mais qu’elle l’utiliserait désormais non plus pour combattre les talibans mais pour alimenter toute insurrection orientée contre les forces militaires internationales en Afghanistan.
Pour faciliter le passage de l’insurrection afghane à la frontière orientale de l’Iran, une source sécuritaire civile occidentale nous confirme « avec une assez bonne certitude » le renseignement selon lequel Téhéran a commencé à démanteler la partie Nord de son dispositif de lutte contre la contrebande. En d’autres termes, Téhéran aurait considéré que son aide à l’insurrection afghane devait prendre le pas sur la lutte contre les trafics d’héroïne (qui frappent l’Occident mais aussi et d’abord l’Iran). Le vaste canal creusé dans le désert iranien et entravant la progression des caravanes de trafiquants de drogue aurait été remblayé sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Pour la Belgique, ce soutien iranien à l’insurrection (et cette désaffection pour la lutte antidrogue) est interpellant à double titre. D’une part, la Belgique est au nombre des pays qui intervient financièrement pour aider l’Iran à contenir l’héroïne sur son flanc oriental. Si l’Iran délaisse cette politique – ce que confirme par ailleurs un vaste trafic de produits chimiques précurseurs entre l’Iran et la province afghane de Nimroz – alors l’argent belge est désormais mal placé.
D’autre part, si l’Iran a renoué avec une certaine capacité de nuisance en province de Badghis, là où elle soutenait autrefois les combattants tadjiks du « Front 17 » contre les talibans, cela peut expliquer pourquoi le gouverneur de cette province n’a pas donné suite à la demande de plusieurs pays d’Europe (dont la Belgique) d’arrêter et de juger l’ancien chef de la police de Qadis, inquiété pour l’assassinat d’une équipe de Médecins Sans Frontières. Cet ex-chef de la police est issu de l’ancien Front 17, il en connaît les rouages et est probablement à même d’aider la province à se prémunir des actions insurgées.
En Belgique nous promouvons la production d’heroïne à travers la consommation et après nous nous plaignons des iraniens. Il faudrait d’abord controler les mafias à Bruxelles qui en traffiquent avant de nous prendre contre d’autres pays.