Héroïne en Europe: lentement, le niveau monte!
posté le 10 novembre 2010 |
catégorie Enquête, Journal, Turquie
Lisbonne, envoyé spécial
L’essor de l’héroïne afghane aurait-il désormais un impact mesurable sur la consommation d‘héroïne en Europe et, de ce fait, sur la santé des Européens ? « Nous estimons qu’il existe 1,35 million d’usagers réguliers et problématiques d’opiacés en Europe », nous expliquait ce mercredi à Lisbonne le directeur de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), Wolfgang Götz. « Une nette majorité des 7 à 8000 overdoses mortelles de drogues constatées chaque année en Europe proviennent de la consommation de ce stupéfiant. Mais ces chiffres sont relativement stables depuis plusieurs années désormais, et cette stabilisation s’est produite malgré l’accroissement de la production d’opium en Afghanistan. »
Mais cela, c’est l’image globale. Dans le détail, les données sont moins rassurantes : « Aujourd’hui, 0,4% de la population adulte d’Europe consomme de l’héroïne, et cela risque de monter », nuance Roland Simon, l’un des membres de l’équipe scientifique de l’OEDT. « Ce n’est pas très clair à ce stade, mais il existe des indicateurs indirects d’une hausse, notamment en Irlande. »
Simon note en outre que dans certains pays voisins de l’Europe, le problème prend aujourd’hui des dimensions explosives : en Russie, il y aurait désormais 1,68 million d’héroïnomanes (soit 16 pour mille habitants de 15 à 64 ans), et 10.000 Russes trouveraient chaque année la mort suite à une overdose d’héroïne. L’Ukraine voisine compte de 320 à 420.000 héroïnomanes (10 à 13 pour mille habitants). Albanie, Belarus et Moldavie signalent des hausses significatives de la consommation.
A l’intérieur des frontières de l’Europe, si la « stabilité » est le maître-mot des observateurs, plusieurs indicateurs sont inquiétants : plus de la moitié des pays ont enregistré entre 2007 et 2008 une hausse des décès dûs à cette drogue. Si les volumes saisis baissent, le nombre de saisies augmente régulièrement depuis 2003. En France, l’héroïne a commencé à faire son entrée auprès de personnes « socialement intégrées ». De nouveaux groupes-cibles goûtent l’héroïne, notamment des groupes participant aux soirées « techno » et qui utilisent plus généralement des drogues stimulantes (l’héroïne, au contraire, est un dépresseur). Enfin, il existe des pays où la diffusion de la consommation d’héroïne (sa prévalence) est inquiétante, c’est le cas de l’Irlande, où 8 adultes sur mille font désormais usage de l’héroïne (le Luxembourg est second, avec 6 pour mille).
Fort curieusement, un Etat partenaire de l’Europe échappe à cette lente montée en puissance de l’héroïne : la Turquie, où l’usage demeure en dessous de un pour mille, bien que ce vaste pays se trouve sur la route de l’héroïne afghane à destination de l’Europe. Pourquoi ? Difficile à dire : depuis 2003, les services de police turcs ont été spécialement motivés à la lutte contre l’héroïne, et de 2003 à 2008, le volume d’héroïne saisi en Turquie a triplé. En 2008, la Turquie à elle seule a saisi 15,5 tonnes, contre 23,6 tonnes seulement pour l’ensemble de l’Union européenne. Ceci explique-t-il le peu de popularité de l’héroïne auprès des consommateurs turcs ? Le lien est tentant mais pas nécessairement pertinent. Mystère.
Le bon moyen pour un groupe mafieux d’introduire l’héroine dans les pays occidentaux est de controler le marché du cannabis. Car les candidats se replieront sur ce produit qui est bien sur plus juteux. Tant que ces marchés seront liés par une législation repressive concernant l’usage du cannabis , l’héroine aura la possibilité de progresser. Si l’état ne veut pas dissocier ces deux marchés en les laissant dans les memes mains, l’argent generé par l’un permettra a l’autre de se dévellopper.