Mottaki: pour un sommet anti-drogues UE-Turquie-Iran
posté le 5 juillet 2011 |
catégorie Afghanistan, Iran, Turquie
Ancien ministre des Affaires étrangères d’Iran, tombé en disgrâce fin 2010 suite à un différend avec le président Ahmadinejad, Manouchehr Mottaki reste une voix importante de la diplomatie iranienne. Nous l’avions interrogé avant sa chute, à un moment où il était encore le chef de la diplomatie iranienne:
Mottaki: Nous pensons que l’héroïne touche toutes les nations, par delà les frontières. C’est un sale commerce, mené par des mafias cruelles qui ne pensent pas à la jeunesse. Le crime organisé doit être combattu par tous les gouvernements. Malheureusement, une mauvaise gouvernance en Afghanistan, qui a ses racines dans la politique britannique (Londres est chargé de la lutte anti-drogue en Afghanistan, comme vous le savez), fait que ce combat est aujourd’hui un désastre. Nous pensons que les Britanniques devraient revoir leur politique. Le résultat de leur politique, c’est le passage de 300 tonnes à 9.000 tonnes d’opium annuelles. S’ils n’y parviennent pas, c’est mieux qu’ils renoncent et que d’autres se chargent de cette politique.
Il semble exister un embryon de coopération policière entre l’Iran d’une part et la Turquie et la Bulgarie. Il y a eu notamment ce dossier des camionneurs bulgares, en 2008… Est-il possible d’aller plus loin ?
Vous parlez de ces camions qui viennent en Iran chercher l’héroïne afghane vers l’Europe. Oui, c’est vrai malheureusement. Quand des millions, et parfois des milliards de dollars résultent de ce commerce, ils sont prêts à tuer, à commettre n’importe quel crime pour protéger leurs revenus. Donc nous nous retrouvons face à une sérieuse crise. Chaque pays en paie le prix, non seulement en argent, mais aussi en vies : nous avons perdu plus de 4.000 policiers et personnel de sécurité impliqués dans la lutte antidrogue.
Que devrions nous faire ? Etablir des accords bilatéraux puis multilatéraux très profonds et globaux. Premier point : l’échange de renseignements, de manière sincère et complète, entre les pays qui se trouvent sur la route du trafic ou qui sont les marchés-cibles de l’héroïne afghane. Nous avons eu dans le passé des consultations bilatérales avec des Etats européens, mais ce qu’il nous faudrait maintenant c’est un sommet Iran-Turquie-Bulgarie-UE sur le trafic de drogue. Est-ce qu’on attend pour cela la résolution de la crise sur notre nucléaire ? Alors, ils peuvent attendre… Mais autrement, il y a tant d’opportunité pour une coopération.
En pratique, à quoi pensez-vous ?
Aidez-nous sur le renseignement, sur les douanes, aidez-nous avec un minimum de matériel pour contrôler la frontière, et nous ferons ce qu’il faut pour réduire la capacité des trafiquants. En particulier, nous pourrions combattre non seulement l’héroïne mais aussi de nouveaux stupéfiants, plus dangereux encore que l’héroïne, dérivés eux-aussi de l’opium (NDLR : référence au « crack iranien », variété ultra-pure d’héroïne). Nous avons toujours été sincères, et les Nations unies le savent et vous, vous le savez. Mais pourquoi sommes-nous toujours confrontés à ce problème ? Nous pensons que quelque chose cloche, quelque part. Peu importe quelle jeunesse est touchée, en Iran ou en Europe : une personne est une personne, d’où qu’elle vienne, et l’Iran est prêt à coopérer pleinement.
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