Bulgarie: l’implication des services secrets
posté le 6 juillet 2011 |
catégorie bulgarie, Enquête, Etapes, Iran, Journal, Turquie
Sofia
Ce sont bien les services secrets qui, à l’origine, ont involontairement permis une percée de l’héroïne en Bulgarie, nous confirme l’un des plus éminents spécialistes du crime organisé bulgare, le criminologue Tihomir Beslov, du Centre pour l’étude de la démocratie (CSD). : « Au début, le crime organisé bulgare se moquait bien de l’héroïne. Sous la dictature, il n’y avait au départ que 1.500 consommateurs d’héroïne, et c’est un chiffre fiable, car sous un tel régime, il était difficile de dissimuler. »
Or si la route de l’héroïne vers l’Europe passe par la Bulgarie, et si les études des années 70 et 80 montrent qu’une centaine de kilos semblent alors être absorbés par le marché national, notre interlocuteur a relevé un détail étonnant : « Si j’interroge les usagers d’héroïne qui ont connu cette période, ils me disent qu’à l’époque, ils ne voyaient pas passer l’héroïne: pour se défoncer, ils utilisaient des opiacés médicaux. »
Dès lors, bénéficiant aujourd’hui de larges accès aux administrations et services de sécurité modernes, Tihomir Beslov a mené son enquête : « Les services de sécurité de l’époque communiste, Komitet za Darzhavna Sigurnost (KDS, la Sécurité d’Etat), étaient très actifs au Moyen-Orient. Rappelez-vous que, sous le bloc soviétique, chaque service national de renseignement avait sa spécialité. Pour sa part, la Bulgarie avait hérité de la couverture du renseignement au Moyen-Orient, comme l’Allemagne de l’Est avait hérité de l’espionnage de l’Allemagne de l’Ouest. Le KGB avait bien quelqu’intérêt au Moyen-Orient, mais les Bulgares étaient très bons : nous étions actifs en Turquie, qui a longtemps été notre ennemi nº1, et nous avons eu un rôle-clé avec le monde juif . Lorsqu’ils ont créé leur propres services de renseignement, beaucoup parmi les fondateurs étaient des juifs bulgares. Au même moment, les services bulgares commençaient à être très actifs en Iran, Irak, Liban, Syrie, etc. Les Bulgares ont été importants pour assurer une chaîne de communication entre les services secrets israéliens et arabes. »
Et l’héroïne ? « Le vrai déclencheur de l’implication des services bulgares dans le trafic d’héroïne est ceci: nous étions très actifs dans la formation d’agents moyen-orientaux, qui faisaient la navette entre leur pays et la Bulgarie. Or une dizaine d’officiers iraniens, pris en main par le KDS, se sont lancés dans le trafic d’héroïne. Et cela a vraiment été le lancement historique du processus. »
Commentaires
répondre