Comment le profil des mafieux serbes s’est transformé
posté le 6 juillet 2011 |
catégorie Enquête, Etapes, Journal, Serbie, serbie
Belgrade
“La Serbie est aujourd’hui une narco-société dans laquelle circule d’énormes montants d’argent liquide venant des stupéfiants. (…) Ces trafics ont représenté la forme “séminale”, la “matrice” du crime organisé en Serbie », affirme Aleksandar Fatic, professeur et directeur du Belgrade Center for Security Studies.
Mais comment cette dissémination s’est-elle opérée ? Spécifiquement chargé d’enquêter sur les activités internationales de la mafia serbe, une source haut placée au coeur du nouveau service de sécurité, le BIA, nous explique comment a évolué le profil des criminels serbes : en substance, ce n’était au départ que de puissants voyous paramilitaires, actifs dans les guerres de Yougoslavie des années nonante, et qui, sous la direction de criminels comme le « fameux » Zeljko Raznatovic Arkan, travaillaient pour la Sécurité d’Etat serbe. La plupart d’entre eux étaient des tueurs de pacotille, ne voulaient que montrer publiquement un faux patriotisme, mais ils vivaient du vol de bijouteries et de banques à travers l’Europe.
Puis sont arrivés les tueurs-racketteurs brutaux et silencieux du clan Zemun qui, durant quelques années au début de la décennie, sont devenus les principaux pourvoyeurs d’héroïne de Serbie – et de quelques autres pays d’Europe – en vendant les cargaisons qui leur venaient de groupes de Rozaje (Monténégro) et du Kosovo. Ensemble, main dans la main avec l’unité des opérations spéciales de l’ex-Sécurité – responsable des assassinats politiques commis en Serbie durant le régime de Slobodan Miloševic- ils vont assassiner en 2003 le Premier ministre démocratique du pays, Zoran Djindjic. Djindjic avait entamé une lutte systématique contre le crime organisé.
600 kg d’héroïne à la banque
C’était une époque étonnante, confirme le chef de la section stups de Belgrade, Rakic : pour lui, personne n’a réellement été surpris lorsque, peu après la révolution démocratique, 600 kg d’héroïne pure ont été retrouvés en dépôt à la Commercial Bank de Belgrade, dans un coffre appartenant à la Sécurité d’Etat.
« Désormais, nous parlons de criminels yuppies, en costume d’affaires, qui utilisent leurs laptops et le réseau Skype – ou les réseaux sociaux en ligne – pour superviser leurs transports de stups, cependant qu’ils sont eux mêmes installés à des milliers de kilomètres de ces stupéfiants », explique notre source au BIA.
En se glissant dans ces costumes d’homme d’affaires et en utilisant des comptes offshore, ils ont lavé leur argent lors de la privatisation des anciennes sociétés communistes, alors que cette privatisation était supposée transformer l’économie serbe et attirer les investisseurs étrangers. L’appareil répressif serbe n’a pas su réagir à temps : même des criminels bien connus comme Sreten Jocic, alias « Joca d’Amsterdam » ( qui allait ensuite être arrêté pour le meurtre du journaliste-rédacteur en chef croate Ivo Pukanic), se sont présentés au titre d’acheteurs officiels lors de ventes au enchères de l’agence de privatisation.
Mais la répression s’est améliorée durant les dernières années, avec l’adoption d’une nouvelle loi permettant la saisie du patrimoine des criminels, leurs comptes en banque, villas, véhicules, sociétés commerciales. L’antigang (SBPOK) a de son côté développé des agents infiltrés, de fausses ventes, etc.
Djordje Padejski
Très intéressant, merci pour ce post.