Quel est le marché local en Serbie?

Belgrade

La carte des trafics serbes

Polices et douanes serbes ont désormais moins de succès que les années précédentes lorsqu’ils tentent d’intercepter les cargaisons d’héroïne. Une fois encore, ce serait dû à la modification des routes de trafic, des routes qui évitent désormais de traverser la Serbie. Au total, la police a saisi  242,85 kg d’héroïne en 2010,  169,2 kg en  2009, 208 kg en 2008, alors qu’en 2006 presque 700 kg avaient été saisis. Si on étudie les saisies significatives de 2010 et 2011, 46% de l’héroïne vient du Kosovo, 10% de Bulgarie, 10% du Monténégro et 7% directement de Turquie. 25% de l’héroïne saisie est simplement d’origine inconnue. Sur l’ensemble des groupes appréhendés en 2010 pour commerce de stupéfiants, seuls 18 étaient impliqués dans la vente d’héroïne. Cependant, les prix pratiqués en rue en Serbie suggèrent que l’héroïne y est aisément accessible.

« Le prix courant du quart de gramme oscille entre 7 et 10 euros, mais le prix décroît avec la quantité : un gramme tournera autour de 15 à 20 euros. Nous nous sommes aperçus que le prix de gros du kilo d’héroïne ne dépassait pas les 12.000 euros mais à nouveau, cela peut varier selon la qualité », constate Dragan Rakic, l’un des chefs de la police antidrogue de Belgrade. Quelques gros poissons avaient même un accès moins onéreux. La Cour spéciale contre le crime organisé a trouvé qu’une autre figure bien connue parmi les trafiquants,  Suvad Music, de Rožaje, a acheté son héroïne au Kosovo au prix de 8 à 9.000 euros, et la vendait  pour 10 à 11.000 euros.

Les villes les plus importantes de Serbie, comme Belgrade, Novi Sad et Niš sont des carrefours de l’héroïne, car la majorités des héroïnomanes y vivent. Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, la Serbie a au minimum 24.000 héroïnomanes. Cependant, il est certains lieux qui se trouvent sur les routes locales ou internationales de trafic et qui, de ce fait, connaissent davantage de saisies et d’arrestations que partout ailleurs : Novi Pazar, Pirot, Bujanovac, Sremska Mitrovica et Jagodina.

“Novi Pazar est célèbre pour tous types de transports de Turquie vers l’Europe, avec le plus grand nombre de camions rassemblés de tout le pays. Ils ont commencé à se tourner vers l’héroïne lorsque le marché du jeans a commencé à s’effondrer. Il y a plusieurs personnages puissants qui organisent le trafic via des sociétés de transport, comme Faruk Kadric”, affirme le chef de police Rakić. La police lui a saisi au moins 50 kg d’héroïne en 2008. Beaucoup de conducteurs de camions se sont fait attraper à Novi Pazar, comme Binak Kalača, qui a été pris en 2006 avec une cargaison de 125 kg, confirment des inspecteurs du SBPOK, le service de police spécialisé dans la lutte contre le crime organisé .

Pirot est la première ville après le passage du principal poste-frontière serbo-bulgare de Gradina, sur la route centrale de l’héroïne qui relie la Turquie, la Bulgarie et l’Europe. Ici, les douanes interceptent régulièrement des Turcs, Bulgares et Serbes en possession de plus de cinq kilos d’héroïne. Bujanovac représente l’aile sud-ouest du trafic d’héroïne de Kosovo vers la Serbie, cependant que Sremska Mitrovica ouvre la voie de Belgrade vers la Croatie et ensuite la Slovénie. Jagodina, une ville du centre de la Serbie située sur la route principale traversant le pays, est connue pour ses puissants commercants d’héroïne, liés aux autorités locales corrompues.

“A Belgrade, nous avons au moins vingt petits groupes, en principal des dealers de rue. En 2010, d’anciens  membres du clan Zemun (ce qu’on appelait auparavant la « brigade du pied-de-biche ») ont été arrêtés pour commerce d’héroïne, mais il n’existe plus de clan puissant qui soit équivalent à ce qu’a été le clan Zemun », estime Rakić.

Djordje Padejski

Serbie: étonnant cartel entre Serbes et Kosovars

Belgrade

Quand Borislav Plavšić, 49 ans, dit Zabac (“la grenouille”) et Zoran Petković, 48 ans, dit  Suri (“le cruel”) ont été attrapés en octobre 2010 près de Pancevo avec 120 kilos d’héroïne afghane pure, il était clair aux yeux des policiers qu’il ne s’agissait que de petits poissons. Des éléments moyens de la chaîne des stupéfiants, qui unissent des groupes plus puissants. Le camion Mercedes-Benz de Petkovic, enregistré en Slovénie, était supposé transporter des palettes de bois emplies de citrons, cependant que 383 paquets d’héroïne étaient dissimulés dans la structure de bois.

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Paoli: l’Afghanistan, idéal pour un trafic de grande ampleur

Letizia Paoli, chercheuse à l’université de Leuven (KUL), spécialisée dans le crime organisé, vous avez publié aux côtés de Victoria Greenfield et Peter Reuter le livre “The World Heroin Market. Can Supply be cut?” (Oxford University Press, 2009). Tout au long de l’enquête que nous publions cette semaine en version papier dans “Le Soir”, vous serez notre experte sur l’économie de l’héroïne. D’abord, dans quelle mesure pensez-vous que les chiffres de l’ONUDC soient fiables ?

Les chiffres des relevés de terrain (surveys) sur la capacité de production et les terres consacrées au pavot sont les meilleurs dont nous disposions. Ces chiffres semblent produits selon une procédure fiable. C’est autre chose lorsqu’il s’agit des saisies, des routes, des indices de trafic : là, ces chiffres sont moins fiables, ne fut-ce que parce qu’ils sont envoyés par des acteurs gouvernementaux. Puis ils ne sont pas toujours utilisables: on parle de saisies d’un tel volume sans les corréler à une pureté. C’est important car, par exemple, si nous tentons d’étudier ce qu’a été l’impact de l’interdiction talibane de l’héroïne (2001), on voit que l’impact sur les prix a été très court, mais l’impact sur la pureté a été plus long et cet impact, lui, a été ressenti jusqu’en Turquie et en Grande-Bretagne. La qualité de ces données là devrait être sérieusement améliorée. Je pense que ce n’est pas impossible, c’est surtout une question de volonté politique.

Dans votre livre, vous évoquez (p. 122) une catégorisation croissante des trafiquants. Comment les organiseriez-vous aujourd’hui ?

Vous avez d’abord les récoltants, qui récoltent le stupéfiant et l’amènent aux bazârs. De là, vous avez de petits trafiquants qui achètent l’opium et le vendent, presque jour après jour, à d’autres trafiquants qui, eux, vont amener leurs achats aux grands bazârs, ceux d’importance régionale. L’une des conséquences paradoxales de la répression accrue est que vous avez de manière accrue des profils distincts de trafiquants. lire la suite

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