Le marché de l’héroïne en Belgique

Bruxelles, Charleroi, Liège
Fin du voyage – ou presque : lorsqu’elle arrive en Belgique, que vaut encore l’héroïne ? Si elle arrive via des « incorporés » – les passeurs qui avalent jusqu’à 1,3 kg d’ovules d’héroïne et tentent un débarquement à Gosselies, Zaventem ou Bierset – la pureté peut-être identique à celle rencontrée à Istanbul : jusqu’à 66,5 %. Mais en vente de rue, que l’héroïne soit venue par les airs ou – c’est le cas le plus fréquent – par voie terrestre comme expliqué dans nos éditions d’hier, la pureté n’est plus au rendez-vous : 5 à 7 % à Arlon, « 10 à 30 % » à Liège, idem à Charleroi, parfois même des doses homéopathiques que ne captent plus les « tests d’orientation » des policiers : 0,3 % est le taux le plus bas relevé ces dernières années. Le reste de la dose sera constitué « principalement de caféine ou paracétamol, ou plus rarement de Nesquik et café soluble », remarque Marc Gerits, inspecteur principal à la section stups de la police de Liège.
Parler de cette dilution n’a rien de futile : elle représente le bénéfice réel des trafiquants ouest-européens. De Kaboul à Rotterdam, le prix de l’héroïne grimpe de 3.200 à 33.000 ¤. Mais ensuite, de Rotterdam et environs (ce qu’Europol appelle le « hub nord-ouest ») jusqu’aux principaux marchés d’Europe (Grande-Bretagne, France, et même un retour sur l’Allemagne), c’est sur la coupe que les groupes criminels se paient. Et là, peu importent les modes de vente et consommation : par billes d’un gramme (20 à 25 euros à Liège, 20 à 30 à Charleroi) ou par billes de 2,5 g (50 ¤ à Liège), voire par billes plus petites (0,3 g), c’est la pureté relative qui détermine le prix : qu’on parle à Arlon de 7 ¤ le gramme pur de 5 à 10 %, ou à Charleroi d’un gramme de 25 à 30 ¤ pur à 25 % (deux exemples qui nous sont donnés par la police fédérale à Bruxelles), nos interlocuteurs policiers semblent parler en définitive d’une même réalité : si le gramme était vendu pur sur nos trottoirs, il se vendrait autour de 100 euros.
En clair, sur quelque 160 kilomètres, de l’importateur turc/kurde basé aux Pays-Bas qui réceptionne l’héroïne afghane venue des Balkans, jusqu’au consommateur résidant en Belgique, le prix a… triplé.
A nouveau : qui empoche cet argent ? Pour le comprendre, il faut accepter ceci : la majorité des vendeurs de détail sont des clandestins, eux-mêmes victimes de filières de traite des êtres humains. C’est derrière cette première façade que nos policiers identifient les bénéficiaires réels. Suivez-nous.

Une structure en trois strates, basée sur des « dealers captifs »

Deux commerces de l’héroïne coexistent en Belgique : d’abord, la vente de détail aux consommateurs résidant en Belgique, et qui sera tenue, selon les villes, par des groupes organisés qui peuvent être belges, albano-kosovars, turcs, maghrébins. Mais l’essentiel du commerce est ailleurs : la vente de semi-gros aux dealers qui viennent réaliser en Belgique des achats groupés, puis arrosent la France, bassin parisien inclus.
Car la Belgique ne se trouve pas en fin de parcours, elle n’en est qu’un maillon : elle est traversée par les flux destinés au marché français, quatre à cinq fois plus important que le marché belge et l’un des plus importants d’Europe ; au prix de détail, l’ensemble du marché franco-belge de l’héroïne dépasse le milliard d’euros.
Pour alimenter ce marché, le profil général – mais pas systématique – est constitué de trois strates : tout en bas de la pyramide, « des ressortissants illégaux (notamment du Maroc, d’Algérie, de Tunisie) et qui alimentent une clientèle quasi exclusivement française », notent les policiers fédéraux bruxellois. Ces « market dealers » sont placés en appartements (« panden »), vendent « un peu de cocaïne, mais essentiellement de l’héroïne », et ils sont eux-mêmes des victimes de la traite des êtres humains : ils sont soit sans papiers soit délestés de leurs papiers, que leurs négriers tiennent en un endroit sûr.
La seconde strate – celle des bénéficiaires – est constituée de leurs négriers. Eux aussi maghrébins, ils ont recruté en Afrique du Nord leurs futurs vendeurs, et connaissent leurs familles : « Je pense, sans en avoir la preuve, que si les choses ne se passaient vraiment pas bien ici, il y aurait des pressions sur la famille là-bas, explique le chef de section stups de Charleroi, Marc Servais. Si un dealer disparaît avec la marchandise, on connaît historiquement ses points d’attache au Maroc. » Maroc ? Oui, certaines villes comme Nador posent un problème spécifique (lire par ailleurs).
La troisième strate – les fournisseurs primaires – se trouve à Rotterdam et est généralement turque (kurde, en fait). Oui : la structure est à ce point cloisonnée qu’aujourd’hui Arabes et Turcs travaillent ensemble, ce qui était impensable il y a vingt ans.

Plusieurs kilos vendus sur chaque site, chaque semaine

Venue des Pays-Bas, cette structure de « market deal » sur trois niveaux s’est répandue d’abord à Anvers au début du siècle, puis à Gand, Mons (2003), Charleroi (2006), Liège. On la rencontre aujourd’hui jusqu’à Arlon, mais la riposte policière et politique a été à ce point vigoureuse que la vente a commencé à se déplacer à nouveau vers la rue.
Qu’importe : le moteur de la transaction reste le même, à savoir la différence de prix entre Belgique et France, où un mauvais gramme d’héroïne peut être vendu au double ou au triple de ce qu’il a été acheté en province de Luxembourg.
L’époque est révolue où le dealer « belge » vendait aux « Français » au départ d’un appartement unique et possédait un stock significatif de stupéfiants : ils « cachent l’héroïne parfois dans un endroit public, pour diminuer les risques de saisie », ils vont « parfois tourner sur 6 à 7 appartements : un jour l’un sert de dortoir, l’un aux achats-ventes, le troisième de dépôt, et on tourne les jours suivants. » La professionnalisation s’est renforcée : ils travaillent de plus en plus à flux tendus, ne vont chercher aux Pays-Bas les centaines de grammes ou le kilo d’héroïne qu’au moment où ils apprennent, par téléphone, qu’un acheteur va monter sur la Belgique. La téléphonie s’est, elle aussi, améliorée : GSM multiples, cartes prépayées, donc des écoutes d’une complexité devenue monstrueuse (« jusqu’à vingt dans un même dossier », soupire Charleroi, ce qui montre la détermination policière mais aussi la lourdeur et le coût de ces enquêtes).
Pour certains de ces appartements clandestins de vente, « plusieurs voyages de plusieurs kilos » vers le fournisseur néerlandais sont parfois nécessaires la même semaine. Le volume est tel – et le prix obtenu à ce point bas – que ce marché de transit peut impacter à son tour sur le marché de distribution local. Mais cela tourne alors à l’affrontement physique car il est rare que les réseaux qui tiennent la vente « de transit » soient les mêmes que ceux qui tiennent la vente « belge », de détail. Résultat ? Castagne.

L’argent repart sur Nador, Izmir, Dubaï…

Sans surprise, certains revenus de l’héroïne sont blanchis dans l’immobilier belge (Charleroi relève l’un ou l’autre cas lié au milieu turc), et il existe du blanchiment via des sociétés de services (un autre agent cite « une société de location de véhicules qui a acheté en un trimestre pour six millions d’euros de voitures de luxe »). Par ailleurs, les enquêtes financières mettent en évidence un lien entre Benelux et Dubaï, ce qui peut couvrir des opérations de blanchiment fort diverses : rétrocommissions aux Iraniens ou Afghans, simple paravent exotique avant retour à l’Ouest.
Cependant, une partie importante de l’argent collecté repart vers les villes et régions d’origine des trafiquants, de leurs familles, de leurs victimes : Kosovo, Turquie (« on achète beaucoup d’immeubles à Antalya et Izmir », note un enquêteur bruxellois), Afrique du Nord, avec une mention particulière pour la ville marocaine de Nador où plusieurs sources policières confirment l’existence d’une « rue des Belges » : un quartier où l’argent de l’héroïne est blanchi dans l’immobilier local.
Ce n’est pas par virement bancaire que l’argent y arrive, mais en cash : « Ceux qui sont structurés font retourner l’argent physiquement, explique-t-on à Charleroi. Un système de transport est organisé, plus dur à cibler. D’après ce que l’on sait, ils repartent vers le Maroc avec des sommes conséquentes, parfois très hautes. Des saisies ont déjà eu lieu. »
Le propos est confirmé à Bruxelles, et les policiers des deux villes constatent l’apparente bonne volonté des autorités marocaines. Mais, même lorsque les Belges approchent Rabat avec un dossier jugé, plusieurs problèmes entravent jusqu’ici la saisie des immeubles achetés au Maroc avec l’argent de l’héroïne : il faut d’abord établir l’identité réelle du condamné. En Belgique, l’empreinte du détenu est unique mais jusqu’à cinq alias, éventuellement tous faux, peuvent y être attachés. Le trafiquant peut avoir été condamné et incarcéré sous un faux nom. Il faudra ensuite établir le transport d’argent, le cadastre de l’immeuble (s’il existe), confondre les parents prête-noms, etc. L’enquête ne fait que commencer.

(Avec Vincent Cobut, stagiaire)

La structure du crime organisé bulgare

Sofia

Tihomir Beslov est criminologue, chercheur au Center for the Study of Democracy (CSD, Sofia). En 2003, il a révélé l’ampleur du crime organisé bulgare lié à l’héroïne. Pour ce blog, il se livre à une réévaluation de la menace:

Est-il vrai que les Bulgares se recyclent dans les drogues synthétiques?
En 2008, on a eu quelques preuves, via la police turque, que du matériel bulgare de confection de drogues synthétiques a été déplacé vers la Syrie et le Liban. Au début, je n’y croyais pas: quand nos services spéciaux ont dit cela, j’ai cru que les autorités voulaient faire diversion, parce que les saisies de laboratoires étaient en chute marquée en 2008. Mais ensuite, j’ai vu qu’il y avait des preuves acceptables de mouvements de gros laboratoires bulgares vers le Moyen-Orient.
Sur le marché intérieur cette fois, on a beaucoup de labos bulgares de drogues synthétiques, mais ce sont des petits labos, avec des substances de piètre qualité. Et donc une production de piètre qualité. lire la suite

Sofia, en guerre contre ses mafias

Sofia
Ne vous fiez pas à l’interminable rénovation du centre de la capitale bulgare : osez le tram vers le sud-ouest et, lorsque le réseau public meurt, poussez à pied jusqu’au quartier Vitosha. Vous verrez bientôt des habitations qui ne valent pas le prix d’un scooter pelé, mais abritent dans leurs garages des Porsche Cayenne 4 x4 rutilantes. Et si les habitants parlent football, tendez l’oreille : autrefois propriété des municipalités, la majorité des clubs bulgares de division 1 ont été privatisés et servent désormais – comme dans la Serbie voisine – à recycler l’argent mafieux. lire la suite

Bulgarie: l’implication des services secrets

Sofia

Ce sont bien les services secrets qui, à l’origine, ont involontairement permis une percée de l’héroïne en Bulgarie, nous confirme l’un des plus éminents spécialistes du crime organisé bulgare, le criminologue Tihomir Beslov, du Centre pour l’étude de la démocratie (CSD).  : « Au début, le crime organisé bulgare se moquait bien de l’héroïne. lire la suite

Comment le profil des mafieux serbes s’est transformé

Belgrade
“La Serbie est aujourd’hui une narco-société dans laquelle circule d’énormes montants d’argent liquide venant des stupéfiants. (…) Ces trafics ont représenté la forme “séminale”, la “matrice” du crime organisé en Serbie », affirme Aleksandar Fatic, professeur et directeur du Belgrade Center for Security Studies.
Mais comment cette dissémination s’est-elle opérée ? Spécifiquement chargé d’enquêter sur les activités internationales de la mafia serbe, une source haut placée au coeur du nouveau service de sécurité, le BIA, nous explique comment a évolué le profil des criminels serbes : en substance, ce n’était au départ que de puissants voyous paramilitaires, actifs dans les guerres de Yougoslavie des années nonante, et qui, sous la direction de criminels comme le « fameux » Zeljko Raznatovic Arkan, travaillaient pour la Sécurité d’Etat serbe. La plupart d’entre eux étaient des tueurs de pacotille, ne voulaient que montrer publiquement un faux patriotisme, mais ils vivaient du vol de bijouteries et de banques à travers l’Europe.
Puis sont arrivés les tueurs-racketteurs brutaux et silencieux du clan Zemun qui, durant quelques années au début de la décennie, sont devenus les principaux pourvoyeurs d’héroïne de Serbie – et de quelques autres pays d’Europe – en vendant les cargaisons qui leur venaient de groupes de Rozaje (Monténégro) et du Kosovo. Ensemble, main dans la main avec l’unité des opérations spéciales de l’ex-Sécurité – responsable des assassinats politiques commis en Serbie durant le régime de Slobodan Miloševic- ils vont assassiner en 2003 le Premier ministre démocratique du pays, Zoran Djindjic. Djindjic avait entamé une lutte systématique contre le crime organisé.
600 kg d’héroïne à la banque
C’était une époque étonnante, confirme le chef de la section stups de Belgrade, Rakic : pour lui, personne n’a réellement été surpris lorsque, peu après la révolution démocratique, 600 kg d’héroïne pure ont été retrouvés en dépôt à la Commercial Bank de Belgrade, dans un coffre appartenant à la Sécurité d’Etat.
« Désormais, nous parlons de criminels yuppies, en costume d’affaires, qui utilisent leurs laptops et le réseau Skype – ou les réseaux sociaux en ligne – pour superviser leurs transports de stups, cependant qu’ils sont eux mêmes installés à des milliers de kilomètres de ces stupéfiants », explique notre source au BIA.
En se glissant dans ces costumes d’homme d’affaires et en utilisant des comptes offshore, ils ont lavé leur argent lors de la privatisation des anciennes sociétés communistes, alors que cette privatisation était supposée transformer l’économie serbe et attirer les investisseurs étrangers. L’appareil répressif serbe n’a pas su réagir à temps : même des criminels bien connus comme Sreten Jocic, alias « Joca d’Amsterdam » ( qui allait ensuite être arrêté pour le meurtre du journaliste-rédacteur en chef croate Ivo Pukanic), se sont présentés au titre d’acheteurs officiels lors de ventes au enchères de l’agence de privatisation.
Mais la répression s’est améliorée durant les dernières années, avec l’adoption d’une nouvelle loi permettant la saisie du patrimoine des criminels, leurs comptes en banque, villas, véhicules, sociétés commerciales. L’antigang (SBPOK) a de son côté développé des agents infiltrés, de fausses ventes, etc.

Djordje Padejski

Turquie: des saisies, oui, mais une criminalité tenace

Istanbul – Antalya
Enquête de Delphine Nerbollier

“La Turquie est l’un des pays les plus efficaces au monde dans sa lutte contre le trafic de drogue. Pourquoi l’Union européenne ne saisit-elle pas autant d’héroïne que nous ?» C’est avec un sourire en coin qu’Ahmet Pek dressait ce constat en février devant un parterre d’officiers de police et de préfets. Alors président de l’Office national turc de lutte contre le crime organisé (KOM), il n’a cessé de louer le travail de ses hommes. «La Turquie ne se bat plus comme par le passé, elle agit de manière structurée et sur le long terme. »
Des babas toujours actifs
Avec 16 tonnes d’héroïne saisies en 2010 et de nombreuses têtes tombées depuis 2005, l’heure est à l’autosatisfaction. «Tous les babas dorment en prison» se félicite Ahmet Pek. lire la suite

Lemahieu (ONUDC, Kaboul): ne mettez pas tout sur le dos des talibans

Kaboul
Fin 2004, pour le Congrès US, les montants issus du commerce de l’héroïne afghane et prétendument empochés par Al-Qaïda étaient estimés à 28 millions US$ (21 millions d’euros  au taux de l’époque). Absolument invérifiable. Mais… crédible lorsqu’on nous comparons ce chiffre à différentes évaluations des revenus de la drogue encaissés par les insurgés afghans, et ce à diverses époques de leur existence.
Fin des années nonante, alors qu’ils étaient au pouvoir, les talibans percevaient chaque année de 75 à 100 millions US$ sur l’opium et l’héroïne, des montants confirmés par plusieurs instructions judiciaires et procès menés à New York. Après quelques années d’or (2006, 2007) où les talibans ont empoché jusqu’à 400 millions US$ par an sur l’héroïne, les revenus se sont tassés à un niveau estimé désormais par les enquêteurs ONU à 91 millions d’euros/an. Mais ce chiffre est incomplet: il compile les revenus des taxes de protection payées par le fermier, le camionneur, l’exploitant de laboratoire et le passeur en frontière, mais il ne tient pas compte d’un nouveau revenu auquel semblent s’être attachés les talibans: la gestion de certains laboratoires rudimentaires, et l’importation de produits chimiques précurseurs, essentiels au raffinage de l’héroïne.
Au total cependant, l’équation «talibans = héroïne» demeure sujette à caution: les stupéfiants ne fourniraient que 10 à 15% des quelque 630 à 650 millions d’euros nécessaires au soutien de l’insurrection. Et le Belge Jean-Luc Lemahieu, patron du bureau afghan de l’agence anti-drogue des Nations Unies (ONUDC), nous met en garde: «Il faut faire attention : on ne doit pas mettre toute la responsabilité de la drogue sur les talibans. C’est faux ! La collusion entre trafiquants, gouvernement et talibans, voilà ce qui est la faiblesse de ce pays. Il y a une collusion énorme entre les divers intérêts, et c’est absolument faux de dire que les talibans sont responsables de tout : la faiblesse du gouvernement est un élément. (Par ailleurs) il existe une responsabilité des Belges de travailler contre l’addiction en Belgique, tout en gardant un œil sur la situation sécuritaire de l’Afghanistan. Si le gouvernement afghan tombe, les conséquences seront ressenties jusqu’en Belgique même. La globalisation n’est pas uniquement une globalisation économique, c’est aussi une globalisation à tout niveaux, avec des conséquences énormes. Il faut prendre ses responsabilités.»

Serbie: étonnant cartel entre Serbes et Kosovars

Belgrade

Quand Borislav Plavšić, 49 ans, dit Zabac (“la grenouille”) et Zoran Petković, 48 ans, dit  Suri (“le cruel”) ont été attrapés en octobre 2010 près de Pancevo avec 120 kilos d’héroïne afghane pure, il était clair aux yeux des policiers qu’il ne s’agissait que de petits poissons. Des éléments moyens de la chaîne des stupéfiants, qui unissent des groupes plus puissants. Le camion Mercedes-Benz de Petkovic, enregistré en Slovénie, était supposé transporter des palettes de bois emplies de citrons, cependant que 383 paquets d’héroïne étaient dissimulés dans la structure de bois.

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Paoli: l’Afghanistan, idéal pour un trafic de grande ampleur

Letizia Paoli, chercheuse à l’université de Leuven (KUL), spécialisée dans le crime organisé, vous avez publié aux côtés de Victoria Greenfield et Peter Reuter le livre “The World Heroin Market. Can Supply be cut?” (Oxford University Press, 2009). Tout au long de l’enquête que nous publions cette semaine en version papier dans “Le Soir”, vous serez notre experte sur l’économie de l’héroïne. D’abord, dans quelle mesure pensez-vous que les chiffres de l’ONUDC soient fiables ?

Les chiffres des relevés de terrain (surveys) sur la capacité de production et les terres consacrées au pavot sont les meilleurs dont nous disposions. Ces chiffres semblent produits selon une procédure fiable. C’est autre chose lorsqu’il s’agit des saisies, des routes, des indices de trafic : là, ces chiffres sont moins fiables, ne fut-ce que parce qu’ils sont envoyés par des acteurs gouvernementaux. Puis ils ne sont pas toujours utilisables: on parle de saisies d’un tel volume sans les corréler à une pureté. C’est important car, par exemple, si nous tentons d’étudier ce qu’a été l’impact de l’interdiction talibane de l’héroïne (2001), on voit que l’impact sur les prix a été très court, mais l’impact sur la pureté a été plus long et cet impact, lui, a été ressenti jusqu’en Turquie et en Grande-Bretagne. La qualité de ces données là devrait être sérieusement améliorée. Je pense que ce n’est pas impossible, c’est surtout une question de volonté politique.

Dans votre livre, vous évoquez (p. 122) une catégorisation croissante des trafiquants. Comment les organiseriez-vous aujourd’hui ?

Vous avez d’abord les récoltants, qui récoltent le stupéfiant et l’amènent aux bazârs. De là, vous avez de petits trafiquants qui achètent l’opium et le vendent, presque jour après jour, à d’autres trafiquants qui, eux, vont amener leurs achats aux grands bazârs, ceux d’importance régionale. L’une des conséquences paradoxales de la répression accrue est que vous avez de manière accrue des profils distincts de trafiquants. lire la suite

Saisie en Bulgarie

Près de 27 kg d’héroïne d’une valeur de 2,6 millions d’euros ont été saisis lundi au principal poste-frontière bulgaro-turc de Kapitan-Andréevo, a annoncé l’agence bulgare des douanes. La drogue était cachée dans une voiture immatriculée en Bulgarie transportant une famille avec deux enfants. La police a par ailleurs arrêté à Haskovo (sud) un Bulgare de 33 ans qui devait recevoir la drogue. Le poste-frontière de Kapitan-Andréevo est un point incontournable de la route balkanique de la drogue de l’Asie vers l’Europe. Environ une tonne d’héroïne au total y est saisie chaque année du côté bulgare.

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