posté le 5 juillet 2011 |
catégorie albanie, bulgarie, Cartes, Enquête, Etapes, Serbie, serbie, Turquie
Belgrade
La carte des trafics serbes
Polices et douanes serbes ont désormais moins de succès que les années précédentes lorsqu’ils tentent d’intercepter les cargaisons d’héroïne. Une fois encore, ce serait dû à la modification des routes de trafic, des routes qui évitent désormais de traverser la Serbie. Au total, la police a saisi 242,85 kg d’héroïne en 2010, 169,2 kg en 2009, 208 kg en 2008, alors qu’en 2006 presque 700 kg avaient été saisis. Si on étudie les saisies significatives de 2010 et 2011, 46% de l’héroïne vient du Kosovo, 10% de Bulgarie, 10% du Monténégro et 7% directement de Turquie. 25% de l’héroïne saisie est simplement d’origine inconnue. Sur l’ensemble des groupes appréhendés en 2010 pour commerce de stupéfiants, seuls 18 étaient impliqués dans la vente d’héroïne. Cependant, les prix pratiqués en rue en Serbie suggèrent que l’héroïne y est aisément accessible.
« Le prix courant du quart de gramme oscille entre 7 et 10 euros, mais le prix décroît avec la quantité : un gramme tournera autour de 15 à 20 euros. Nous nous sommes aperçus que le prix de gros du kilo d’héroïne ne dépassait pas les 12.000 euros mais à nouveau, cela peut varier selon la qualité », constate Dragan Rakic, l’un des chefs de la police antidrogue de Belgrade. Quelques gros poissons avaient même un accès moins onéreux. La Cour spéciale contre le crime organisé a trouvé qu’une autre figure bien connue parmi les trafiquants, Suvad Music, de Rožaje, a acheté son héroïne au Kosovo au prix de 8 à 9.000 euros, et la vendait pour 10 à 11.000 euros.
Les villes les plus importantes de Serbie, comme Belgrade, Novi Sad et Niš sont des carrefours de l’héroïne, car la majorités des héroïnomanes y vivent. Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, la Serbie a au minimum 24.000 héroïnomanes. Cependant, il est certains lieux qui se trouvent sur les routes locales ou internationales de trafic et qui, de ce fait, connaissent davantage de saisies et d’arrestations que partout ailleurs : Novi Pazar, Pirot, Bujanovac, Sremska Mitrovica et Jagodina.
“Novi Pazar est célèbre pour tous types de transports de Turquie vers l’Europe, avec le plus grand nombre de camions rassemblés de tout le pays. Ils ont commencé à se tourner vers l’héroïne lorsque le marché du jeans a commencé à s’effondrer. Il y a plusieurs personnages puissants qui organisent le trafic via des sociétés de transport, comme Faruk Kadric”, affirme le chef de police Rakić. La police lui a saisi au moins 50 kg d’héroïne en 2008. Beaucoup de conducteurs de camions se sont fait attraper à Novi Pazar, comme Binak Kalača, qui a été pris en 2006 avec une cargaison de 125 kg, confirment des inspecteurs du SBPOK, le service de police spécialisé dans la lutte contre le crime organisé .
Pirot est la première ville après le passage du principal poste-frontière serbo-bulgare de Gradina, sur la route centrale de l’héroïne qui relie la Turquie, la Bulgarie et l’Europe. Ici, les douanes interceptent régulièrement des Turcs, Bulgares et Serbes en possession de plus de cinq kilos d’héroïne. Bujanovac représente l’aile sud-ouest du trafic d’héroïne de Kosovo vers la Serbie, cependant que Sremska Mitrovica ouvre la voie de Belgrade vers la Croatie et ensuite la Slovénie. Jagodina, une ville du centre de la Serbie située sur la route principale traversant le pays, est connue pour ses puissants commercants d’héroïne, liés aux autorités locales corrompues.
“A Belgrade, nous avons au moins vingt petits groupes, en principal des dealers de rue. En 2010, d’anciens membres du clan Zemun (ce qu’on appelait auparavant la « brigade du pied-de-biche ») ont été arrêtés pour commerce d’héroïne, mais il n’existe plus de clan puissant qui soit équivalent à ce qu’a été le clan Zemun », estime Rakić.
Djordje Padejski