Bulgarie: l’implication des services secrets

Sofia

Ce sont bien les services secrets qui, à l’origine, ont involontairement permis une percée de l’héroïne en Bulgarie, nous confirme l’un des plus éminents spécialistes du crime organisé bulgare, le criminologue Tihomir Beslov, du Centre pour l’étude de la démocratie (CSD).  : « Au début, le crime organisé bulgare se moquait bien de l’héroïne. lire la suite

Le PKK, indirectement lié à l’héroïne

Bruxelles – Charleroi
Les Nations unies l’ont affirmé sans ambages en 2010: les indépendantistes kurdes du PKK se financent avec l’héroïne afghane, qui doit presqu’immanquablement passer sur leur territoire, que ce soit via l’Irak ou via l’Iran. Et ils se refinancent une seconde fois en exerçant un racket contre les trafiquants turcs d’héroïne actifs en Europe de l’Ouest. En interview, l’ancien patron de l’ONUDC Antonio Costa nous confirme cette même connexion kurde, « traditionnelle » (lire par ailleurs).
Même en Belgique ?
A Bruxelles, la police fédérale est prudente : les écoutes téléphoniques montrent effectivement que les trafiquants « turcs » repérés en Belgique sont fréquemment des Kurdes, éventuellement sympathisants du PKK. Mais ils ne trouvent pas de lien direct entre PKK et héroïne même si, quand un chargement d’héroïne est intercepté, c’est un sympathisant du PKK qui descend systématiquement de Rotterdam vers la Belgique pour venir aux nouvelles.
A Charleroi, la police fédérale est plus affirmative, et pour cause : en 2010, une rafle a ramené ce type de dossier au devant de l’actualité, et un Kurde a bien été appréhendé, et placé sous mandat d’arrêt, pour financement du terrorisme – le PKK en l’occurrence. Cet inculpé se livrait effectivement à du racket contre des trafiquants d’héroïne : « C’était un homme du PKK, et il était en connexion avec ce que nous appelons ici les “Turcs” – mais ce sont en fait des Kurdes qui vendent de l’héroïne. Ces “Turcs” ou Kurdes sont obligés de donner un certain pourcentage de leurs revenus. La dîme. Et ceux qui vendent l’héroïne sont obligés de donner leur part, comme tous les autres. » Bref, il existe bien une articulation, indirecte, entre PKK et héroïne. Selon l’ONU, le butin global (taxe de transit au Kurdistan et racket en Europe) serait de 35 à 70 millions ¤ annuels. Ce qui signifie qu’au total, le PKK toucherait 0,1 à 0,2% des revenus de l’héroïne, sensiblement moins que les talibans.

Turquie: des saisies, oui, mais une criminalité tenace

Istanbul – Antalya
Enquête de Delphine Nerbollier

“La Turquie est l’un des pays les plus efficaces au monde dans sa lutte contre le trafic de drogue. Pourquoi l’Union européenne ne saisit-elle pas autant d’héroïne que nous ?» C’est avec un sourire en coin qu’Ahmet Pek dressait ce constat en février devant un parterre d’officiers de police et de préfets. Alors président de l’Office national turc de lutte contre le crime organisé (KOM), il n’a cessé de louer le travail de ses hommes. «La Turquie ne se bat plus comme par le passé, elle agit de manière structurée et sur le long terme. »
Des babas toujours actifs
Avec 16 tonnes d’héroïne saisies en 2010 et de nombreuses têtes tombées depuis 2005, l’heure est à l’autosatisfaction. «Tous les babas dorment en prison» se félicite Ahmet Pek. lire la suite

Mottaki: pour un sommet anti-drogues UE-Turquie-Iran

Ancien ministre des Affaires étrangères d’Iran, tombé en disgrâce fin 2010 suite à un différend avec le président Ahmadinejad, Manouchehr Mottaki reste une voix importante de la diplomatie iranienne. Nous l’avions interrogé avant sa chute, à un moment où il était encore le chef de la diplomatie iranienne:

Mottaki: Nous pensons que l’héroïne touche toutes les nations, par delà les frontières. C’est un sale commerce, mené par des mafias cruelles qui ne pensent pas à la jeunesse. Le crime organisé doit être combattu par tous les gouvernements. Malheureusement, une mauvaise gouvernance en Afghanistan, qui a ses racines dans la politique britannique (Londres est chargé de la lutte anti-drogue en Afghanistan, comme vous le savez), fait que ce combat est aujourd’hui un désastre. Nous pensons que les Britanniques devraient revoir leur politique. Le résultat de leur politique, c’est le passage de 300 tonnes à 9.000 tonnes d’opium annuelles. S’ils n’y parviennent pas, c’est mieux qu’ils renoncent et que d’autres se chargent de cette politique. lire la suite

Quel est le marché local en Serbie?

Belgrade

La carte des trafics serbes

Polices et douanes serbes ont désormais moins de succès que les années précédentes lorsqu’ils tentent d’intercepter les cargaisons d’héroïne. Une fois encore, ce serait dû à la modification des routes de trafic, des routes qui évitent désormais de traverser la Serbie. Au total, la police a saisi  242,85 kg d’héroïne en 2010,  169,2 kg en  2009, 208 kg en 2008, alors qu’en 2006 presque 700 kg avaient été saisis. Si on étudie les saisies significatives de 2010 et 2011, 46% de l’héroïne vient du Kosovo, 10% de Bulgarie, 10% du Monténégro et 7% directement de Turquie. 25% de l’héroïne saisie est simplement d’origine inconnue. Sur l’ensemble des groupes appréhendés en 2010 pour commerce de stupéfiants, seuls 18 étaient impliqués dans la vente d’héroïne. Cependant, les prix pratiqués en rue en Serbie suggèrent que l’héroïne y est aisément accessible.

« Le prix courant du quart de gramme oscille entre 7 et 10 euros, mais le prix décroît avec la quantité : un gramme tournera autour de 15 à 20 euros. Nous nous sommes aperçus que le prix de gros du kilo d’héroïne ne dépassait pas les 12.000 euros mais à nouveau, cela peut varier selon la qualité », constate Dragan Rakic, l’un des chefs de la police antidrogue de Belgrade. Quelques gros poissons avaient même un accès moins onéreux. La Cour spéciale contre le crime organisé a trouvé qu’une autre figure bien connue parmi les trafiquants,  Suvad Music, de Rožaje, a acheté son héroïne au Kosovo au prix de 8 à 9.000 euros, et la vendait  pour 10 à 11.000 euros.

Les villes les plus importantes de Serbie, comme Belgrade, Novi Sad et Niš sont des carrefours de l’héroïne, car la majorités des héroïnomanes y vivent. Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, la Serbie a au minimum 24.000 héroïnomanes. Cependant, il est certains lieux qui se trouvent sur les routes locales ou internationales de trafic et qui, de ce fait, connaissent davantage de saisies et d’arrestations que partout ailleurs : Novi Pazar, Pirot, Bujanovac, Sremska Mitrovica et Jagodina.

“Novi Pazar est célèbre pour tous types de transports de Turquie vers l’Europe, avec le plus grand nombre de camions rassemblés de tout le pays. Ils ont commencé à se tourner vers l’héroïne lorsque le marché du jeans a commencé à s’effondrer. Il y a plusieurs personnages puissants qui organisent le trafic via des sociétés de transport, comme Faruk Kadric”, affirme le chef de police Rakić. La police lui a saisi au moins 50 kg d’héroïne en 2008. Beaucoup de conducteurs de camions se sont fait attraper à Novi Pazar, comme Binak Kalača, qui a été pris en 2006 avec une cargaison de 125 kg, confirment des inspecteurs du SBPOK, le service de police spécialisé dans la lutte contre le crime organisé .

Pirot est la première ville après le passage du principal poste-frontière serbo-bulgare de Gradina, sur la route centrale de l’héroïne qui relie la Turquie, la Bulgarie et l’Europe. Ici, les douanes interceptent régulièrement des Turcs, Bulgares et Serbes en possession de plus de cinq kilos d’héroïne. Bujanovac représente l’aile sud-ouest du trafic d’héroïne de Kosovo vers la Serbie, cependant que Sremska Mitrovica ouvre la voie de Belgrade vers la Croatie et ensuite la Slovénie. Jagodina, une ville du centre de la Serbie située sur la route principale traversant le pays, est connue pour ses puissants commercants d’héroïne, liés aux autorités locales corrompues.

“A Belgrade, nous avons au moins vingt petits groupes, en principal des dealers de rue. En 2010, d’anciens  membres du clan Zemun (ce qu’on appelait auparavant la « brigade du pied-de-biche ») ont été arrêtés pour commerce d’héroïne, mais il n’existe plus de clan puissant qui soit équivalent à ce qu’a été le clan Zemun », estime Rakić.

Djordje Padejski

Serbie: étonnant cartel entre Serbes et Kosovars

Belgrade

Quand Borislav Plavšić, 49 ans, dit Zabac (“la grenouille”) et Zoran Petković, 48 ans, dit  Suri (“le cruel”) ont été attrapés en octobre 2010 près de Pancevo avec 120 kilos d’héroïne afghane pure, il était clair aux yeux des policiers qu’il ne s’agissait que de petits poissons. Des éléments moyens de la chaîne des stupéfiants, qui unissent des groupes plus puissants. Le camion Mercedes-Benz de Petkovic, enregistré en Slovénie, était supposé transporter des palettes de bois emplies de citrons, cependant que 383 paquets d’héroïne étaient dissimulés dans la structure de bois.

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Paoli: l’Afghanistan, idéal pour un trafic de grande ampleur

Letizia Paoli, chercheuse à l’université de Leuven (KUL), spécialisée dans le crime organisé, vous avez publié aux côtés de Victoria Greenfield et Peter Reuter le livre “The World Heroin Market. Can Supply be cut?” (Oxford University Press, 2009). Tout au long de l’enquête que nous publions cette semaine en version papier dans “Le Soir”, vous serez notre experte sur l’économie de l’héroïne. D’abord, dans quelle mesure pensez-vous que les chiffres de l’ONUDC soient fiables ?

Les chiffres des relevés de terrain (surveys) sur la capacité de production et les terres consacrées au pavot sont les meilleurs dont nous disposions. Ces chiffres semblent produits selon une procédure fiable. C’est autre chose lorsqu’il s’agit des saisies, des routes, des indices de trafic : là, ces chiffres sont moins fiables, ne fut-ce que parce qu’ils sont envoyés par des acteurs gouvernementaux. Puis ils ne sont pas toujours utilisables: on parle de saisies d’un tel volume sans les corréler à une pureté. C’est important car, par exemple, si nous tentons d’étudier ce qu’a été l’impact de l’interdiction talibane de l’héroïne (2001), on voit que l’impact sur les prix a été très court, mais l’impact sur la pureté a été plus long et cet impact, lui, a été ressenti jusqu’en Turquie et en Grande-Bretagne. La qualité de ces données là devrait être sérieusement améliorée. Je pense que ce n’est pas impossible, c’est surtout une question de volonté politique.

Dans votre livre, vous évoquez (p. 122) une catégorisation croissante des trafiquants. Comment les organiseriez-vous aujourd’hui ?

Vous avez d’abord les récoltants, qui récoltent le stupéfiant et l’amènent aux bazârs. De là, vous avez de petits trafiquants qui achètent l’opium et le vendent, presque jour après jour, à d’autres trafiquants qui, eux, vont amener leurs achats aux grands bazârs, ceux d’importance régionale. L’une des conséquences paradoxales de la répression accrue est que vous avez de manière accrue des profils distincts de trafiquants. lire la suite

Héroïne en Europe: lentement, le niveau monte!

Lisbonne, envoyé spécial

L’essor de l’héroïne afghane aurait-il désormais un impact mesurable sur la consommation d‘héroïne en Europe et, de ce fait, sur la santé des Européens ? « Nous estimons qu’il existe 1,35 million d’usagers réguliers et problématiques d’opiacés en Europe », nous expliquait ce mercredi à Lisbonne le directeur de l’Observatoire européen des drogues et toxicomanies (OEDT), Wolfgang Götz. « Une nette majorité des 7 à 8000 overdoses mortelles de drogues constatées chaque année en Europe proviennent de la consommation de ce stupéfiant. Mais ces chiffres sont relativement stables depuis plusieurs années désormais, et cette stabilisation s’est produite malgré l’accroissement de la production d’opium en Afghanistan. »
Mais cela, c’est l’image globale. Dans le détail, les données sont moins rassurantes : « Aujourd’hui, 0,4% de la population adulte d’Europe consomme de l’héroïne, et cela risque de monter », nuance Roland Simon, l’un des membres de l’équipe scientifique de l’OEDT. « Ce n’est pas très clair à ce stade, mais il existe des indicateurs indirects d’une hausse, notamment en Irlande. » lire la suite

Croatie: appel à la coopération

Les responsables de plusieurs pays des Balkans occidentaux ont appelé vendredi à Zagreb à un renforcement de la coopération régionale pour lutter plus efficacement contre le trafic de drogues transitant par les Balkans vers l’Europe occidentale. Le ministre serbe de l’Intérieur, Ivica Dacic, a souhaité lors d’une conférence de presse la mise en place d’équipes régionales d’enquêteurs, ainsi que celle d’un Centre d’opérations régional qui
permettrait un meilleur échange d’informations sur les réseaux criminels.
“On estime que 80% de l’héroïne qui est acheminée en Europe occidentale en provenance d’Afghanistan et du Pakistan transite par notre région”, a indiqué M. Dacic. “Le plus grand nombre de trafiquants de cocaïne en provenance de l’Amérique latine sont originaires de notre région. Et c’est la raison pour laquelle une bonne coopération entre nous est nécessaire dans ce domaine”, a-t-il poursuivi.
Il s’exprimait à l’issue d’une réunion à laquelle étaient représentés la Croatie, le Monténégro, la Bosnie, la Macédoine et la Slovénie. Le ministre croate de l’Intérieur, Tomislav Karamarko, a souhaité pour sa part que la coopération policière régionale soit à l’abri des aléas des relations politiques bilatérales.
Les relations entre Zagreb et Belgrade traversent actuellement par exemple une phase délicate en raison de différents contentieux issus en particulier des guerres des années 90.
“Les relations politiques peuvent être bonnes et mauvaises, mais le niveau de cette coopération (policière) doit être constant”, a dit le ministre croate.
Selon l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), les Balkans se sont imposés ces dernières années – avec l’Afrique de l’Ouest – comme les nouvelles routes d’accès de la cocaïne
d’Amérique latine vers l’Europe occidentale.

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