Geneviève inculpée d’assassinats
posté le 1 mars 2007 |
catégorie Affaire Lhermitte

Nivelles La mère de famille a avoué avoir tué ses cinq enfants méthodiquement
Elle a acheté un couteau au supermarché et a égorgé les enfants un à un à l’étage de la maison.
Inculpée d’assassinats, Geneviève Lhermitte se trouve sous bonne garde aux soins intensifs de l’hôpital de Jolimont. La préméditation a été retenue même si le processus meurtrier qui l’a poussée à ôter la vie à ses cinq enfants, à Nivelles, mercredi après-midi, s’est enclenché à une allure folle.
La chronologie des événements peut être retracée comme suit. Les enfants rentrent de l’école mercredi midi. Alors qu’ils prennent leur repas, la mère rédige un mot à l’intention de Valérie, une amie qui demeure à environ 500 m de la maison de l’avenue Général Jacques.
Dans cette lettre, Geneviève Lhermitte parle de son désarroi, de la situation difficile qui est la sienne. Sans issue. Mais elle n’exprime pas clairement son funeste dessein. Il est pourtant clairement défini dans son esprit : sur le chemin du retour, après avoir posté la lettre chez son amie, elle pénètre dans une grande surface et achète un couteau de cuisine. Une lame de plus de 20 cm.
Elle regagne son domicile. Les enfants regardent la télé. Elle va à l’étage où se trouvent plusieurs chambres, une pièce aménagée en bureau, une salle de bains. C’est là qu’elle va mettre à exécution son projet criminel. Elle appelle les enfants l’un après l’autre en commençant par Mehdi, le cadet (4 ans), le seul garçon. Un coup de couteau à la gorge suffit à lui ôter la vie.
La deuxième sacrifiée est Mina (7 ans). On imagine que, comme Mehdi, elle n’oppose aucune résistance à cette maman qu’elle adore. Il n’en ira vraisemblablement pas de même pour les trois aînées, Myriam (10 ans), Nora (12) et certainement pas Yasmine (14), elles aussi conviées à gagner l’étage sous un prétexte fallacieux. Divers éléments relevés sur place et confirmés par l’autopsie signalent la volonté de résister voire de tenter d’échapper au massacre. Cette autopsie a été pratiquée jeudi de 8 à 16 h aux cliniques universitaires de St-Luc par le médecin légiste Frédéric Bonbled entouré d’une équipe interne. Les résultats n’ont pas été communiqués jeudi à la presse.
On a cependant appris que, pour les tout-petits, un seul coup à la gorge a provoqué la mort, mais que plusieurs coups ont parfois été portés au thorax chez les aînées. Toutefois, plusieurs questions restent ouvertes. Les réponses seront sans doute apportées de manière décisive par le résultat des prélèvements opérés et par les analyses des examens toxicologiques. L’une porte sur la présence ou non d’un produit qui aurait pu être administré pour diminuer les facultés ou annihiler la résistance des enfants.
En tout état de cause, il devait être près de 14 h 30 lorsque la mère tenta de se poignarder en s’enfonçant le couteau dans la région thoracique. Elle constata qu’elle n’arrivait pas à ses fins. Elle forma le 100 puis alla griffonner un petit mot sur la porte d’entrée : « Appeler la police ».
On devine l’effroi qui s’empara du policier stagiaire qui pénétra le premier dans la maison, suivi des ambulanciers auxquels elle avoua son forfait. Emmenée à l’hôpital de Jolimont, elle fut opérée en début de soirée. Ses jours ne sont plus en danger. Elle a pu être entendue jeudi matin.
Aux enquêteurs, Geneviève ne donne pas de réponse définitive et « rationnelle » à son acte. Elle connaissait de lourds problèmes psychologiques depuis un certain temps. Elle avait adopté la culture de son mari Bouchaib Mokadem qui pouvait l’isoler du monde extérieur et elle était pratiquante.
Elle n’ignorait pas que son mari revenait mercredi soir d’un long séjour au Maroc. Il y était reparti fin janvier afin de reconduire chez elle sa maman qui était venue passer les fêtes de fin d’année à Nivelles. Attendu à Zaventem, il a été pris en charge par des psychologues. Il fait preuve d’une totale incompréhension face aux faits et au mobile qui ont poussé son épouse à commettre l’irréparable.
« On a surtout tenté d’essuyer les larmes »
Ce jeudi, on a surtout tenté d’essuyer les larmes et de faire face à toutes les questions des élèves, pour lesquelles on n’a d’ailleurs pas toutes les réponses. »
Gilbert Brancart, le directeur du collège Sainte-Gertrude, et Marc Blondiau, son homologue de l’école Saints-Michel et Thérèse, le corps enseignant, le centre PMS (suivi psychologique) et le centre PSE (éventuelles conséquences physiques) ont fait face au choc : la disparition des cinq enfants de la famille Mokadem.
Trois heures après le drame, mercredi vers 17 heures, les écoles se sont réunies après avoir rappelé les enseignants : comment affronter le choc ? La réunion s’est prolongée jusqu’à 22 h.
Dès l’ouverture des grilles, jeudi, un enseignant, un représentant du PMS et un autre du PSE ont encadré les cinq classes orphelines. Gilbert Brancart, lui, a accompagné la classe de Yasmine (14 ans), l’aînée des victimes. « PMS et PSE ont été remarquables », dit-il. Des élèves qui connaissaient bien les victimes mais qui n’étaient pas dans les mêmes classes ont aussi été soutenus.
Et le directeur de déplorer l’attitude de certains journalistes, qui interpellaient des élèves dès leur arrivée à 8 heures. « Des élèves n’osaient pas quitter l’école pour aller manger à l’heure de midi, par peur de la presse. »
« Ce jeudi, on ne demandait qu’une chose : que les journalistes nous laissent tranquilles », glisse une enseignante en larmes.
A la sortie de l’école, toutefois, la plupart des élèves témoignaient volontiers. « Charlotte, une fille de la classe de Yasmine, m’expliquait que chaque fois que sa maman pouvait apporter son aide à l’école, elle le faisait. Yasmine était toujours souriante et ne disait rien à ses camarades. Peut-être ne savait-elle pas que sa mère était dépressive », dit Mathilde (15 ans et demi).
« On ne comprend pas,
simplement »
« Quand je suis arrivée à l’école, les professeurs semblaient très tristes, raconte Harmony (14 ans). Ils nous ont expliqué le drame. Je suis partie l’année passée avec Yasmine en voyage scolaire. On ne comprend pas comment un parent peut commettre un acte pareil. Yasmine était sympa, vraiment. » « Elle était très gentille et avait de bons points. On a observé une minute de silence au cours de maths », ajoute sa soeur Wivine (14 ans). Manon, soeur jumelle de Wivine : « Quand cela se passe ailleurs, on est déjà choqué. Quand cela survient dans notre école, on est beaucoup plus touché. On a pleuré. » « Le prof nous a dit qu’on ne pouvait pas juger », témoigne une élève de 8 ans. « J’ai eu un sentiment de révolte mais on ne connaît pas l’histoire, il y avait sans doute des raisons, dit encore cette maman de deux élèves de 13 et 15 ans. On ne comprend pas, simplement. » « J’ai quand même posé une question, confie Mathilde. J’ai demandé si la maman allait aller à l’hôpital psychiatrique ou en prison. »
Le dessin, pour parler du drame
Cours d’art plastique, jeudi, à Nivelles, au collège Ste-Gertrude, pour les élèves de 12 ans. Les questions fusent. Le professeur propose : « Et si vous me donniez votre sentiment à propos du drame ? » La liberté d’expression est totale (dessin ou écriture). Aucune consigne…
Les dessins sont évocateurs. De la pointe d’un poignard (dessiné aux couleurs de Nivelles) coule le sang qui dessine le chiffre 5.
Une variante représente le même poignard ensanglanté avec, en bulle, « ils étaient 5 ». D’une maison de couleur rouge vif, se détachent ces mots : « Appelez la police ». Une BD met en scène cinq enfants qui gisent sur le sol. Face à eux, debout, la mère qui tient un poignard. En bulle : « Désolée. A mon tour ».
Une autre BD représente les enfants incrédules face à leur mère. « Maman, ne fais pas ça », disent les uns. « Maman, pourquoi ? », demandent les autres. Réponse de la maman : « Je n’en peux plus ». La dernière BD interpelle davantage encore. Le premier volet montre des enfants ensanglantés s’écriant « Non ». Sur le second volet, une banderole « Vive les vacances ». Dans le ciel, un avion sur les ailes duquel on lit « Maroc ». Au pied, un homme avec une valise..
JEAN VANDENDRIES, MICHAEL CHALKLIN
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