Elle avait offert ses bijoux
posté le 25 mars 2007 |
catégorie Affaire Lhermitte

Bouchaïb Moqadem, le papa des cinq enfants égorgés par leur mère le 28 février dernier à Nivelles, est un homme « au bout du rouleau ». « Je ne suis désormais plus rien, je n’ai plus d’enfants, plus de femme, plus de maison, plus d’avenir », nous a-t-il déclaré samedi à la Clinique universitaire Saint-Luc où il a été hospitalisé au service de psychiatrie. « Ce malheur, je ne l’ai pas demandé », s’est-il exclamé, la voix brisée par l’émotion et une extrême fatigue, auxquelles s’ajoute une situation administrative et sociale embarrassante.
M. Moqadem a rencontré son épouse, Geneviève Lhermitte, à deux reprises, lundi et mardi, à la prison de Berkendael (Forest). Il se réserve la confidence de ces entretiens qui n’aurait, selon lui, pas permis de lui apporter un début d’explication crédible à la survenance du drame. « Je vous renvoie aux enquêteurs, ils ont toute ma confiance », nous a-t-il dit. Du côté des enquêteurs, précisément, nous avons appris ce week-end qu’à la veille de commettre le quintuple infanticide, Geneviève Lhermitte avait rassemblé ses bijoux qu’elle déposa ensuite chez son amie, V., à laquelle elle confia le matin du drame une lettre alarmante laissant deviner ses intentions. Cette séparation de ses bijoux indique en tout cas que son projet criminel semblait avoir été réfléchi et préparé (comme le montre aussi l’achat de deux couteaux le matin même dans une grande surface) et qu’elle entendait aussi se donner la mort, comme elle l’a toujours déclaré malgré qu’elle ne se soit infligé que des blessures légères.
Mise sous cloche
Extraite de sa cellule mercredi, elle évoque, à l’origine du drame, un « trou noir », une sorte d’absence qui l’aurait conduite au pire. Mais, notent ceux qui l’ont entendue, Geneviève Lhermitte, qui adopte dorénavant un discours « très cohérent », se souvient parfaitement de tous les faits qu’elle a commis. « Elle est capable de les restituer avec précision, racontant comment elle a commis ses gestes », nous dit-on.
Dans les jours précédant le quintuple infanticide, elle s’était ouverte à plusieurs reprises de ses tourments à V., l’amie à laquelle elle finit par donner ses bijoux « en cadeau d’adieu ». Elle lui aurait exprimé l’intention de conférer avec son mari – qui rentrait du Maroc le mercredi soir – des problèmes de vie commune qu’elle ressentait. La perspective de cette confrontation lui aurait été insupportable, ravivant chez elle, selon ses proches, un état anxieux incontrôlable, assimilable à une crise de spasmophilie.
Les avocats de M. Moqadem, Mes Amrani et Motte de Raedt, ont annoncé leur intention de déposer plainte en diffamation contre cette amie. V. qui, selon les témoignages qu’ils ont recueillis, aurait mis Geneviève « sous cloche », lui prétendant à tort que son mari voulait la quitter et retourner au Maroc. M. Moqadem nous a lui-même démenti la rumeur, colportée par l’hebdomadaire Père Ubu, selon laquelle il était parti à Agadir pour « trouver un mari à sa fille de 14 ans ». Une affirmation jugée « ridicule », tant par les avocats du papa que de la maman.
A la prison pour femmes de Berkendael, Geneviève Lhermitte, qui a renoué avec ses parents, est maintenue en régime d’isolement pour sa propre sécurité. Elle ne rencontre pour l’heure aucune autre détenue. Des craintes existent quant à une éventuelle vengeance d’autres prisonnières à l’encontre de celle qui est, malgré tout, une « tueuse d’enfants ».
« Je suis devenu un SDF »
Entouré de sa famille, passablement « sonné » par les médicaments qui lui sont désormais administrés, Bouchaïb Moqadem a regretté samedi d’être « devenu un SDF » et de n’avoir « pas reçu de soutien du politique », malgré les « marques de soutien de toute la population belge ». Depuis les Cliniques universitaires Saint-Luc, où il est hospitalisé, M. Moqadem nous a décrit, au-delà du drame familial qu’il vit, les conditions de vie qui sont les siennes actuellement. « Ma maison est sous scellés jusqu’au 30 avril. De toute façon je n’y retournerai pas. Je voudrais en faire un centre interculturel et interreligieux, un lieu de mémoire. »
Depuis son retour du Maroc, Bouchaïb ne peut compter que sur sa famille pour trouver le gîte et le couvert. « A Nivelles, comme ailleurs, on n’a pas pu me trouver un logement d’urgence, juste le temps de me rétablir. Je ne comprends pas », regrette-t-il. Et les ennuis, dit-il, s’accumulent. Les banques se font pressantes pour obtenir le remboursement des emprunts hypothécaires liés à l’achat de sa maison ; tout comme ceux relatifs à l’achat récent d’une camionnette Mercedes Vito, qu’il a déjà dû mettre en vente.
Ses amis, dont le député bruxellois SP.A Fouad Ahidar, en appellent à « l’humanité de l’administration ». « Pour se loger, on lui demande des tas de papiers qui sont sous séquestre dans sa maison. Il ne peut pas en sortir si on ne l’aide pas. Et ce ne serait quand même pas anormal que les banques patientent un peu. » Bouchaïb Moqadem a perdu ses enfants, son épouse et ses revenus. Les contraintes administratives et financières accroissent sa désespérance.
MARC METDEPENNINGEN, JEAN VANDENDRIES
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