Les psychiatres et Geneviève Lhermitte
posté le 8 février 2008 |
catégorie Les billets de Marc Metdepenningen
La lecture des conclusions du rapport psychiatrique de Geneviève Lhermitte (Le Soir et Le Soir Magazine du 6 février), la quintuple infanticide de Nivelles, rédigé par un collège d’éminents experts, me laisse perplexe. Je ne doute pas de la qualité de ces médecins, pas plus que de la pertinence de certaines de leurs conclusions. Force est toutefois de constater qu’une fois de plus, cette expertise se fonde essentiellement sur les déclarations de l’inculpée et débouche, principalement, sur une interprétation du phrasé qu’elle délaisse du vécu de ce drame et de ses prémisses. Ces experts évoquent ainsi le passage à l’acte de cette maman: 13 h, les enfants appelés un à un à l’étage, égorgés, couchés dans leur lit, accompagnés dans la mort (selon l’inculpée) “d’un bisou”, d’un “nounours” délaissé à leurs côtés… Je ne peux m’empêcher de penser à cette heure et demie de véritable boucherie; à la fille aînée de Mme Lhermitte tentant de s’opposer à son exécution; au fait que plus de deux heures avant de “passer à l’acte”, elle déroba dans une grande surface les couteaux de boucher qu’elle destinait à cetquintuple assassinat. De tout cela, l’expertise n’en parle pas. Et pourtant ces faits-là éclairent d’un jour sordide et non exploré par les experts les intentions, l’état d’esprit de Mme Lhermitte.
A ne considérer que les conclusions des experts fondées sur l’histoire racontée par Mme Lhermitte, voilà, spécule-t-on parmi les parties à la cause, la porte ouverte à l’invocation d’une “force irrésistible”, un dépassement de la conscience qui aurait provoqué (voire justifié) l’impensable boucherie.
Les expertises psychiatriques ont pris une part prépondérantes dans les procès criminels. L’intention du législateur, au siècle dernier, n’était que de demander aux experts une évaluation de l’état mental de l’accusé au moment des faits et au moment de son procès. Ils devaient simplement répondre à deux préoccupations de la cour: l’accusé était-il en état de démence au moment des faits; l’est-il toujours au moment d’être jugé?
Au fil des années, le psychiatres ont pris une importance considérable dans les procès d’assises. Au delà de la mission que leur assigne la loi, ils sont aussi appeler à s’exprimer, selon leur envie, sur la vraisemblance des mobiles, sur la matérialité desf faits. Ils recommandent parfois l’application d’une sanction, sans toujours avoir égard à toutes les entrées complexes du dossier criminel soumis aux jurés.
Je me souviens ainsi d’un procès d’assises à Bruxelles où l’expert psychiatre (que je ne nommerai pas par charité) appelé à la barre rétorqua au président qui lui demandait rituellement s’il connaissait l’accusé.
- Non, Monsieur le Président, je ne connais pas ce monsieur!
- Mais c’est pourtant vous qui avez signé le rapport d’expertise psychiatrique!
- Je vous demande une heure pour revoir mes dossiers!
Et le psy de revenir une heure plus tard, la tête haute, pour débiter à la Cour des conclusions qui nous faisaient croire qu’il connaissait intimement cet inconnu découvert une heure plus tôt.
Tout aussi étonnant. Certains accusés, relayés par leurs avocats, invoquent bien souvent que la rencontre avec le psychiatre (dont le rapport est quand même une pièce essentielle du dossier soumis aux assises) n’a duré que deux fois vingt minutes… Bien peu pour décider d’une vie. Et lorsque l’accusé peut se le permettre, il parvient aussi à produire pour sa défense un contre-expert, tout aussi qualifié que celui du parquet, qui produit des conclusions contraires… Allez comprendre!
Les experts sont nécessaires au procès pénal. Mais pour ce qu’ils peuvent y apporter. Un éclairage. Des élements d’information. Mais certainement pas toute la vérité!
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