Grace « ne voulait pas tuer »
posté le 4 mars 2008 |
catégorie L'Affaire Lionel Isenge
Selon Garcia, l’auteur du coup de couteau, la mort de Lionel est presque accidentelle. Difficile à concilier avec les constats du légiste.
Garcia « Grace » Kialanda ne portait jamais d’arme. Et il ignore encore pourquoi, dit-il, il avait cru devoir en emporter une, ce soir-là : un solide couteau qui, paraît-il, faisait partie intégrante d’une mallette dont l’un de ses éducateurs lui avait fait cadeau à la Saint-Nicolas. Il l’avait dissimulé sous sa ceinture, la lame emballée dans un morceau de carton fort. Précaution inutile : les portiers du « Lounge Bar » avaient négligé de le fouiller lorsqu’il s’était présenté à l’entrée de la boîte en compagnie d’Orson Mangala Ikete. Sitôt entré, « Grace » s’était rendu aux toilettes pour sortir le couteau de sa cachette et le glisser dans la poche droite de son pantalon.
« Grace » ne pensait pas à Lionel, jure-t-il, lorsqu’il avait emporté le couteau : Lionel était un Berchem et ces gars-là se tenaient d’ordinaire à bonne distance du « Lounge Bar » où les Black Wolves avaient leurs habitudes.
Et pourtant, Lionel était venu au « Lounge », ce soir-là. Avec Nioka et quelques autres de sa clique. Une demi-douzaine, peut-être. « Grace » et Lionel ne s’aimaient pas. Ils s’étaient même frittés, dix mois plus tôt, à la sortie de la station Trône : « Je crois qu’il me prenait pour un Black Wolf parce que j’étais souvent du côté de la porte de Namur », dit Kialanda. Ils s’étaient revus à une ou deux reprises : chaque fois, ils s’étaient toisés, prêts à en découdre, plus vindicatifs que deux coqs.
Ce soir-là, au « Lounge Bar », c’est toutefois Trésor « Pirate » Mutamba qui avait apostrophé – « chauffé », selon certains témoins – Lionel et les autres Berchem. Que faisaient-ils là ? Que voulaient-ils ? Qu’étaient-ils venus chercher ? Il y avait eu un attroupement, le ton avait monté aussi sec et les videurs du « Lounge » avaient lourdé les Berchem à titre prophylactique. Orson Mangala Ikete et quelques autres Ixellois étaient sortis à leur tour. « Pour prendre l’air », assure Orson sans rire. « Grace » avait suivi. « En curieux », dit-il. Il avait déjà pas mal picolé à cette heure-là : ils avaient notamment lampé, à quelques-uns, des bouteilles de vodka achetées chez le Pakistanais du coin.
Dehors, une trentaine de personnes s’étaient agglutinées sur le trottoir. Sept ou huit Berchem, autant d’Ixellois et une quinzaine de curieux, d’après « Grace ». Il y avait eu des rodomontades et des bravades des deux côtés. Lionel, qui s’était éloigné avec Nioka, avait rappliqué, très énervé. « Il m’apostrophait : “Qu’est-ce qu’y a ? Qu’est-ce qu’y a ?”, raconte Orson. Quand je lui ai mis un coup de poing, il a tenté de me frapper avec une bouteille qu’il a sortie de sa poche et tout a dégénéré. »
Personne ne se souvient plus vraiment de l’échauffourée. Des témoins ont raconté que les Ixellois s’étaient rués sur Lionel « comme si c’était l’homme à abattre. » Mais les versions divergent. « Grace », lui, se souvient seulement que son regard et celui de Lionel se sont croisés, à un moment donné. Et que la seconde d’après, Lionel était sur lui. « J’avais sorti mon couteau, explique-t-il. J’ai tendu le bras et Lionel est venu se jeter sur la lame. Il y a eu un choc. J’ai lâché le couteau qui est resté planté dans son corps. Lionel a dit : “Aïe ! Il m’a planté !”. J’ai reculé puis je suis parti. »
A entendre Kialanda, c’était un accident. Ou presque. Mais voilà : comme allait le rappeler l’avocat général Dauchot, Lionel Isenge avait été frappé dans la région dorsale inférieure gauche et, selon les constats du légiste, « la plaie était manifestement double » – la lame avait pénétré à deux reprises dans la même région anatomique.
« Grace » avait appris la mort de Lionel le lendemain. Tantôt, la rumeur disait que c’était lui, Garcia, le meurtrier. Tantôt, elle disait que c’était Charly. Les blogs disaient aussi que Lionel avait pris 30 coups de couteau. « Alors, dit Garcia, je m’étais pris à espérer que je n’étais pas le tueur. »
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