« Il disait qu’il priait »
posté le 7 mars 2008 |
catégorie L'Affaire Lionel Isenge
On parlera sobrement d’un public « un peu particulier ». A tout le moins turbulent. Selon les chiffres fournis par le parquet, les membres des deux bandes ont ensemble fait l’objet de 298 dossiers : une partie a été classée sans suite, mais certains ont donné lieu à des condamnations ou sont toujours à l’instruction. C’est, on le conçoit, un public peu soucieux de venir témoigner devant une cour d’assises et la présidente Karin Gérard doit souvent signer, toutes affaires cessantes, des mandats d’amener.
Cités comme témoins vendredi, Dieudonné Boula et Karim « Coucou » – proches des accusés – se partagent presque équitablement les 37 dossiers ouverts à leur nom. Tous deux pénètrent dans la salle avec les menottes aux poignets. Des lascars dont le témoignage tient en peu de mots : ils n’ont jamais fait partie des Black Wolves, ils ignorent l’identité des membres de la bande, et leurs déclarations passées qui pourraient suggérer le contraire leur ont été extorquées par les enquêteurs. Boula n’a pas sitôt déclaré ne connaître aucun des cinq accusés qu’il se met en devoir d’expliquer que Fabrice « Mulayi » Mukuna a joué un rôle pacificateur, la nuit des faits, et que Trésor « Pirate » Mutamba n’a pas pris part à la bataille rangée. Karim « Coucou » raconte n’avoir été mêlé que de très loin aux événements qui coûtèrent la vie à Lionel Isenge mais admet avoir été l’un des premiers à subir les représailles des Berchem, dans les jours qui suivirent le drame. Puis, c’est au tour du nommé Inano de se présenter à la barre. Il se souvient de cette soirée : cette nuit-là, dit-il, il fêtait la fin de sa détention à Everberg où il avait séjourné pour avoir pris part à « une tournante » – un viol collectif. Un ange passe dans le prétoire. Deux des accusés furent interpellés chez lui, lors d’une perquisition durant laquelle les policiers mirent aussi la main
sur l’une de ses scies pliantes qui, avec les cutters et les battes, font partie de la panoplie réglementaire des « Mandars » – des armes – en usage parmi les bandes urbaines.
« Que faisait-elle là, cette scie ? » interroge la présidente. « Eh bien, si j’peux l’dire, répond modestement Inano, j’ai quelques compétences en menuiserie. » L’ange repasse.
Le père d’Orson Mangala Ikete viendra raconter, lui, comment il a assisté, impuissant, au naufrage de son fils : « Une semaine avant les faits, raconte-t-il, je lui ai encore parlé. Je voulais qu’il se ressaisisse. J’avais un mauvais pressentiment. Il me disait qu’il priait. Je lui répondais : “Même si tu pries, mon fils, Dieu ne peut pas être d’accord avec toi” ».
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