« La bande est criminogène »

Assises Rixe mortelle entre deux bandes africaines en octobre 2005

Juges et psys font le même constat : la dynamique de la bande suscite une émulation toxique entre ses membres.

Bande urbaine. La seule évocation de ces deux mots provoque une efflorescence d’images barbares en provenance directe de ces mythologies en cinémascope dont notre époque est si prodigue. Quand le phénomène, né aux Etats-Unis, est apparu en Europe, on a voulu voir des bandes urbaines partout : « Au début des années 90, certains articles de presse évoquaient l’existence de 500 à 600 bandes urbaines sur le seul territoire de Bruxelles, mais les journaux mélangeaient tout », a expliqué jeudi, devant les jurés, le magistrat fédéral chargé jusqu’il y a peu de cette forme particulière de criminalité.

C’est à cette époque que les autorités judiciaires – qui n’y voyaient probablement pas plus clair – ont décidé d’étudier plus finement le phénomène afin de pouvoir plus efficacement l’endiguer. C’est ainsi notamment que fut créée, sous l’autorité d’un magistrat de référence, une banque de données composée de deux fichiers : un fichier général qui stocke toutes les données relatives aux délits imputables aux bandes, et un fichier particulier qui reprend toutes les données disponibles sur les membres présumés de ces bandes urbaines.

Ce dernier fichier est alimenté par le magistrat de référence qui, en bonne intelligence avec les différents services de police concernés, décide de ficher un délinquant comme membre d’une bande urbaine en fonction d’une série de critères bien précis – sont notamment regardées comme caractéristiques des bandes urbaines quatorze infractions qui, pour la plupart d’entre elles, sont dirigées contre les personnes.

« Ce “statut” est conféré pour une période de quatorze mois à l’échéance de laquelle le dossier du délinquant sera reconsidéré par les autorités. » Les cinq jeunes gens qui comparaissent depuis huit jours devant les assises pour le meurtre de Lionel Isenge étaient tous fichés comme membres d’une bande urbaine – curieusement, Garcia « Grace » Kialanda le fut près d’un mois après les faits dont il répond actuellement devant les jurés bruxellois.

Déficit d’identité

Cet outil a permis, paraît-il, d’élucider plusieurs affaires en mettant en lumière, par exemple, l’existence de liens entre des individus que rien, sans cela, n’aurait paru réunir.

Il permet aussi, parfois, de soustraire « avant qu’il ne soit trop tard » un jeune délinquant à l’influence pernicieuse de la bande : « A cet égard, note le magistrat, la bande urbaine est très différente de la bande traditionnelle telle qu’elle peut être définie par le Code pénal quand il évoque l’association de malfaiteurs. La bande traditionnelle est formée par des délinquants qui s’associent pour commettre une infraction. Dans le cas de la bande urbaine, c’est le groupe qui est criminogène, qui favorise en son sein une émulation malsaine poussant ses membres à commettre des infractions toujours plus graves. Dans le cas particulier des bandes africaines, le groupe comble souvent le déficit d’identité des membres qui retrouvent dans la bande une famille de substitution. »

Un milieu très hiérarchisé et résolument vénéneux puisque la cohésion du groupe implique aussi la déshumanisation des individus qui le composent.

Les experts psychiatres n’avaient rien dit d’autre, une heure plus tôt : considéré individuellement, aucun des accusés ne constitue un danger pour la société. C’est leur assemblage qui est toxique.

DETAILLE,STEPHANE

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