« Pourquoi ils m’ont fait ça ? »

Assises Cocktail molotov en pleine Ville-Basse

L’incrédulité, toujours, au procès de Patricia Larsimont, Julien Docquier et Claudio Gualano, devant la Cour d’assises du Hainaut. Aucun d’eux ne semble encore avoir compris la gravité de ce jet de cocktail molotov sur une prostituée, une nuit d’avril 2006 à Charleroi. Au-delà de l’immaturité répétée par les experts, il y a la froideur et l’impulsivité de Larsimont, l’égocentrisme opportuniste de Docquier, l’incapacité à accepter les règles de Gualano. Mais cela suffit-il à expliquer un geste dont ils disent ne jamais avoir mesuré les conséquences ?

Ils l’ont répété mardi, chacun dans son rôle : Larsimont s’affirme dominée par Docquier, qui réplique en la traitant de comédienne, tandis que Gualano s’efforce de réfléchir, muré dans ses limites. Avec eux, cette nuit-là, il y avait un quatrième homme, mineur comme deux des trois accusés, mais à qui le juge de la Jeunesse de Bruxelles a réservé un autre sort. Siffedine a fait l’objet d’une mesure de placement jusqu’à ses vingt ans. Son sort judiciaire est réglé, mais on n’a pu s’empêcher, mardi, de lui faire rappeler son rôle et celui de chacun des accusés. Cela, au prix d’un témoignage qui a souvent agacé la présidente Levecque, tant Siffedine semblait mettre de mauvaise volonté.

« Juste pour faire peur »

La menace a plané du faux témoignage et la mécanique s’est débloquée, mais dans les limites tracées par les trois accusés : il y a bien eu jet de cocktail molotov « ainsi, juste pour faire peur » même si, a-t-il finalement concédé, il savait que « quand on lance ça sur quelqu’un, ça crame ». Mais, comme on l’avait déjà dit la veille, sans aucune connotation raciste, selon lui. Quant au reste, avant, après, « c’est des détails et ça fait longtemps », a dit Siffedine avec détachement.

Puis Colette Meto, la victime, est venue témoigner. Humblement. Le légiste avait rappelé que la jeune femme avait subi des semaines d’hospitalisation, puis de la kiné, qu’il lui reste des cicatrices, qu’elle conserve des séquelles, qu’elle est marquée, physiquement et moralement. Elle a juré de témoigner sans haine et sans crainte, et on peut imaginer ce que ces mots recouvrent pour celle qui, à 33 ans, se voit définitivement traumatisée. Elle n’a pas repris une vie normale, dit-elle, parce que sa vie ne saurait évidemment plus l’être. Ce qui subsiste en elle, au-delà de tout, c’est l’incompréhension. « Pourquoi ils m’ont fait ça ? », a-t-elle murmuré, comme elle l’avait dit à l’époque au médecin qui lui avait annoncé qu’elle risquait de mourir. « Même un animal, même une plante ne mérite pas ça, être brûlé comme des feuilles mortes ». Larsimont a pleurniché un pardon, Docquier a baragouiné des excuses niant le racisme, marmonnées en écho par Gualano. Dans la matinée, l’expert en balistique avait expliqué que la bouteille d’essence ainsi manipulée aurait eu de quoi mettre hors d’état un char de neuf tonnes.

MAC KAY,PHILIPPE

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