« Comme l’adepte d’une secte »

Assises Patrick James répond du meurtre de Natacha Karlowski

L’accusé L’avait soumise à un vrai conditionnement : les proches de Natacha avaient tenté de lui ouvrir les yeux.

C’est toute une histoire. Qui commence par une enfance sordide. Une mère qui boit, des concubins qui la battent. Natacha Karlowski est en perdition lorsqu’en avril 2002, elle est recueillie par la famille Hopma. Monique, la fille de la maison, est sa meilleure amie. Elles fréquentent la même école. « Natacha était une adolescente très gentille, très timide, très réservée, raconte Jeanne Hopma. Quand la psychologue de l’école nous a proposé de l’accueillir, nous avons accepté tout de suite. »

Natacha retrouve un équilibre – il y a des règles chez les Hopma – et, ses études secondaires terminées, elle se met à la recherche d’un job. « Son intention, explique Jeanne Hopma, était de travailler un an ou deux, puis de reprendre des études. Quelque chose dans la restauration des œuvres d’art. Elle dessinait très bien. Et beaucoup. »

L’été suivant, Natacha séjourne chez Claude Capart, une amie de la psychologue de l’école qui a jugé opportun de soulager momentanément les Hopma du souci de cette obligeante prise en charge. Claude Capart est aussi une amie de longue date de Patrick James, l’accusé, qui lui confie parfois ses deux filles – Jade et Anggun – dont il a obtenu la garde après son divorce. C’est chez elle que Patrick et Natacha font connaissance. Elle s’est entichée de ses enfants dont elle est devenue la baby-sitter attitrée. Il lui arrive de passer la nuit chez Patrick James – les Hopma tiquent un peu – pour conduire les petites à la crèche, les jours où il part travailler plus tôt.

Nul ne sait vraiment quand ils sont devenus amants. En 2003, probablement. Il la tient déjà avec cette histoire d’herpès. Et il en est fou : « Elle était belle, il était un peu corpulent, dit Jeanne Hopma. Il n’avait jamais eu beaucoup de succès auprès des femmes. » Elle ? « Natacha n’a jamais été amoureuse de lui, dit sa mère, Maria-Esmeralda Yzermans. Mais Patrick était son meilleur ami. Elle le regardait un peu comme un grand frère. »

La famille avait fait sa connaissance : un homme très correct, très gentil – « Trop gentil », dit Monique –, protecteur, souriant, intelligent, émotif, altruiste, doté d’un vrai sens de l’humour.

Natacha trouve un job de vendeuse dans une boulangerie de la rue du Midi. Elle quitte la famille Hopma pour s’installer chez Patrick James en novembre 2005. C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de Fabrice C., l’employé d’une librairie voisine. Une relation d’abord amicale dont Patrick James prend aussitôt ombrage. Il contrôle Natacha. Il l’étouffe. Il ne la lâchera plus. Même quand, à court d’oxygène, elle s’en retournera vivre chez les Hopma, en avril 2006. « Il pouvait l’appeler une vingtaine de fois durant les 45 minutes de pause qu’elle prenait à midi », a raconté la gérante de la boulangerie.

Natacha est désormais amoureuse de Fabrice C. mais ne peut se résoudre à abandonner Patrick. Elle culpabilise : il lui a fait croire qu’il a contracté l’herpès dont elle est soi-disant porteuse. Que la maladie a pris chez lui une ampleur telle « que les médecins envisagent une amputation ».

Elle entretient avec Fabrice une relation strictement platonique. Parce qu’elle craint de le contaminer et parce qu’elle veut d’abord, dit Monique, « clore proprement ce premier chapitre de sa vie ». L’irruption des faux cousins canadiens ajoute encore à sa confusion. « Elle en était folle. Ils l’appelaient la nuit. Ça durait des heures : je craignais pour sa santé », dit Jeanne Hopma. Ils l’agonissent de recommandations : elle doit, pour leur bien à tous deux, multiplier les rapports sexuels avec Patrick, s’abstenir d’en avoir avec un autre, éviter de consulter les médecins sous peine d’être fichée comme porteuse d’une MST. Elle croit tout.

« Patrick James a agi avec elle comme les sectes le font avec leurs adeptes », explique Fabrice C. Lui-même n’est pas dupe. Il tente de la raisonner sans la brusquer. « Je voulais, dit-il, qu’elle apprenne à penser par elle-même. » Il la guide en douceur. Il l’aime. « C’était une fée », dit-il. Elle se rend peu à peu à ses arguments : elle consultera un gynécologue le 3 juillet. Elle avait griffonné cette date sur un bout de papier qu’on retrouvera sur son cadavre, le 1er juillet. Le 30 juin, elle avait fait l’amour avec Fabrice « pour sceller leur relation ». C’était la première fois. Ils ignoraient que ce serait aussi la dernière.

DETAILLE,STEPHANE

Commentaires

Une réponse à “« Comme l’adepte d’une secte »”

  1. Orchidée, le 13 juin 2008 11 h 43 min

    C’est incroayble que la victime ait fait la conaissance de son assassin par l’intermédiaire de la psychologue de l’école… Et que personne de compétent n’ait fait cesser les agissements de cet homme avant qu’il ne la tue. Et la psychologue, que faisait elle pendant ce temps ?

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