Une mythomanie devenue perverse

Assises Patrick James répond de la mort de Natacha Karlowski

Longtemps, l’accusé a donné de lui l’image d’un chic type. Cette façade cachait des failles ouvertes dès l’enfance.

De Patrick James, l’accusé, les psychiatres disent qu’il a développé « un narcissisme d’autoprotection contre les aléas de l’existence ». Pour requinquer cette indispensable estime de soi que les autres ont mise à mal dès son enfance.

Il est métis, né d’un père haïtien et d’une mère franco-polonaise. A l’école, les gosses le surnomment « négro », « caca », « chocolat ». Il est « un peu obèse » : cela n’arrange rien. « Il détourne vers lui l’investissement dont il renonce à faire profiter les autres qui le rejettent : son narcissisme devient déviant », analyse le psychiatre Poelman. Patrick James dit de sa mère qu’elle est froide, rigide, brutale. Qu’elle le corrigeait « à coups de lanière », qu’elle lui préférait son frère Sidney, de sept ans son cadet – « C’était lui mon préféré, Sydney me l’a assez reproché, et je n’ai jamais battu mes enfants », se récriera Arlette Hahn quand elle viendra témoigner à la barre.

Les parents de Patrick James se séparent quand il a onze ans. Lorsque son père, officiellement détective privé, est envoyé en prison pour proxénétisme.

Patrick passe le plus clair de ses journées dans sa chambre. « Il est probable que c’est vers cette époque qu’il développe une petite mythomanie qui oblitère ses frustrations et ses angoisses, poursuit le Dr Poelman. Servie par son narcissisme déviant, cette mythomanie deviendra progressivement perverse. »

A l’époque, pourtant, Patrick James passe pour un bon garçon. « Il était très doux », se souvient son père, Wesley James. « Je ne me souviens même pas qu’il ait fait sa crise adolescente », raconte sa mère. Un vrai chic type. Il aide sa mère dans les tâches ménagères. Il s’investit beaucoup dans l’éducation de son frère, il donne de la voix à la chorale, de lui-même chez les scouts. Il est altruiste. Lui-même se voit comme « un gros nounours serviable », prioritairement soucieux de se rendre utile et d’aider les autres.

Il veut réussir. Il a déjà une revanche à prendre sur la vie.

Après ses études secondaires, il s’inscrit à l’école de la marine marchande, à Anvers. Trois années d’études comme officier de pont, une année de navigation comme aspirant. Une nuit qu’il est de quart, le cargo à bord duquel il navigue s’échoue sur un banc de sable au large des côtes anglaises. Les psys ne sont pas loin de regarder cet incident mortifiant comme l’événement déclencheur du processus qui l’a conduit, des années plus tard, à commettre l’irréparable. « Tout s’écroulait. Le bel uniforme, tout ce qu’il avait tenté de construire… », explique le Dr Poelman.

Patrick James quittera la marine pour devenir informaticien.

Côté pile, il continue de présenter ce visage avenant qui séduit tous ceux qui le côtoient : ses collègues de travail disent de lui qu’il charmant, optimiste, dynamique, curieux de tout. Côté face – celui qui donne sur sa vie privée –, c’est autre chose. Géraldine D., sa première épouse, le quitte pour un autre alors qu’elle attend la deuxième de leur fille. Il obtiendra la garde des enfants – la plupart des témoins s’accordent à dire qu’il fut un père attentionné. Il s’est brouillé avec son frère. Il est en froid avec sa mère. « Mon fils est un menteur, un affabulateur, un manipulateur », déclarera en préambule Arlette lorsqu’elle sera entendue pour la première fois par les enquêteurs.

Sa première épouse prétend avoir subi des violences. Un jour, il l’a manipulée pour la mettre en contact avec un homme sur un site de rencontres. Il fait croire que son père est mort. En 2002, il rencontre Natacha chez une amie, Claude Cappart, à laquelle il confie régulièrement ses deux filles.

Jeudi, Claude Cappart a livré de cette rencontre une version dont les parties civiles se sont offusquées : « Natacha s’est offerte à lui sur un plateau d’argent », a-t-elle raconté. Elle évoque des lettres enflammées que l’adolescente aurait adressées à l’accusé – elle admettra qu’elle ne peut certifier la provenance du courrier. « Natacha était trop jeune, dit-elle. Patrick s’est gardé d’entrer dans son jeu. »

Elle décrit une jeune fille « provocante », « outrageusement maquillée », qui, sitôt sortie de l’enceinte de la Vierge Fidèle, l’école qu’elle fréquentait, « remontait jusqu’aux fesses la jupe de son uniforme » : des propos que Jeanne Hopma, qui avait recueilli Natacha chez elle, a qualifiés de « honteux ».

DETAILLE,STEPHANE

Commentaires

2 réponses à “Une mythomanie devenue perverse”

  1. manu, le 14 juin 2008 12 h 36 min

    Désolé mais je ne suis pas d’accord!!!
    Natacha n’était pas du tout du genre provoquante, mais plutot réservée!!!
    J’ai eu l’occasion de lui servir des boissons à elle et sa famille et ce n’est vraiment pas le genre de jeune fille à jouer à l’allumeuse!!!

  2. MOREAU, le 10 janvier 2010 8 h 59 min

    Désolé, mais on peut voir dans la prémice “il a développé un narcissisme d’autoprotection contre les aléas de l’existence” au moins une erreur logique. En logique déontique appliquée en matière de probabilités, il n’est pas possible de se protéger individuellement contre les aléas de l’existence qui sont par définition aléatoires, se produisent au hasard selon une loi de probabilité inconnue du sujet et ne sont alors maîtrisables par lui en aucune façon. C’est d’ailleurs sur cette base qu’ont été développées les Cies d’assurances qui font l’effort, toujours difficile car les statistiques sont la science exacte de l’inexactitude, de calculer les risques liés à ces aléas individuels. Or, tous les médecins le savent, en principe, ayant reçu une formation en statistiques.
    Ensuite, il faudrait savoir quel lien serait possible, s’il peut y en avoir, entre narcissisme (qui est suggéré excessif) et recherche d’un moyen légitime d’autoprotection prudentielle contre les mauvais coups du sort.

répondre