Meurtre ou assassinat ?
posté le 16 juin 2008 |
catégorie L'Affaire Patrick James
Le ministère public et les parties civiles partagent la même conviction : l’accusé avait bien prémédité son crime.
Peu de temps avant sa mort, Natacha Karlowski rédige ces mots – une phase terrible quand on sait – dans un mail qu’elle adresse à Johanna, la prétendue cousine canadienne de Patrick James, l’accusé : « Je ne sais pas ce que je serais devenue aujourd’hui si je ne n’avais pas rencontré Patrick ».
Eh bien, elle serait vivante, aujourd’hui, si son chemin n’avait pas croisé celui de l’homme qu’elle regarda, jusqu’au bout, comme son bienfaiteur, ainsi que l’a rappelé, lundi matin, Me Eva Niamke, pour l’une des parties civiles. La plaidoirie de l’avocate a consisté, pour l’essentiel, en une édifiante relecture commentée des messages électroniques que Natacha échangea, des semaines durant, avec Christopher et Johanna, les proches que Patrick James s’était inventés à la seule fin de mieux contrôler celle qu’il ne voulait pas perdre.
Une exégèse qui mit en relief la formidable duplicité d’un homme que ses manipulations situent « au-delà du mensonge », comme l’assénerait plus tard l’avocat général Bernard Dauchot. Un homme auquels ses agissements auraient pu valoir, sous d’autres latitudes – au Canada, notamment… –, d’être poursuivi tout à la fois pour meurtre, pour harcèlement, pour viols et pour faux, a signalé pour sa part Me De Quévy, l’avocat de Victor Kostin, le père biologique de la victime. Au lieu de quoi l’accusé répond de la seule prévention de meurtre devant les assises. Et c’est bien le moins qu’on puisse lui opposer, selon Me De quévy. « Le nombre et la violence des coups portés à la victime ne laissent aucun doute quant à l’intention homicide de l’accusé qui ne peut en aucun cas faire valoir l’excuse de la provocation : il n’ignorait rien de la relation que Natacha avait nouée avec Fabrice C. et feignait même de ne pas vouloir s’y opposer ».
Une kyrielle de questions
Plus tard, Me Nathalie Gallant et l’avocat général Dauchot iront, eux, piocher dans le dossier les éléments qui, à leurs yeux, militent pour la thèse de la préméditation – « Comprenez par là, expliquera le second aux jurés, que la résolution criminelle est réfléchie et qu’elle précède le meurtre d’un délai qui donne à celui qui l’envisage le temps de renoncer ou, au contraire, d’asseoir sa détermination. »
A cet égard, l’attitude de Patrick James interpelle. « Pourquoi, s’interroge Me Gallant, affirme-t-il qu’il cherche Natacha, ce soir-là, pour la prévenir d’un rendez-vous avec son père dont il sait pertinemment qu’il a été annulé ? ». Pourquoi va-t-il la guetter dans l’anonymat de la station Schuman – où les caméras de surveillance le filment « tournant comme un lion en cage » – quand il pouvait aussi bien aller l’attendre chez les Hopma ou devant l’immeuble de Fabrice C. ? « Et pourquoi, ce soir-là, ment-il à sa voisine en niant qu’il va retrouver Natacha ? », demande encore l’avocat général.
Ce qu’on sait du reste de l’histoire repose sur les seules explications que James a fournies durant l’enquête. Une version plusieurs fois remaniée qui n’a manifestement pas convaincu les parties civiles et le ministère public. Qui ne croient guère, par exemple, à cette promenade que l’accusé et la victime auraient faite du côté du Rouge-Cloître : « Ça ne colle pas avec la téléphonie », observe l’avocat général qui suggère, comme Me Gallant, que le meurtre a pu être commis sitôt dès leur arrivée en forêt.
Avec un gourdin – comment désigner autrement un bâton de 7 centimètres de diamètre ? – qui n’avait a priori d’autre vocation que de servir de canne de marche ? Voire ! Les légistes n’ont retrouvé aucun résidu d’écorce dans les plaies de la victime. Patrick James avait-il amené jusque-là « l’objet lisse et contondant » avec lequel il tua Natacha Karlowski, le 30 juin 2006 ? Cette question-là taraude le ministère public et les parties civiles.
“comment désigner autrement un bâton de 7 centimètres de diamètre ?” -> Ben un bâton de 7cm de diamètre… C’est pas énorme, hein.