Demi-procès pour expliquer la mort de Joe
posté le 15 septembre 2008 |
catégorie Affaire Joe Van Holsbeeck

Deux semaines pour comprendre le drame de la gare Centrale. Adam G. est le seul accusé. Mariusz O. a échappé aux assises.
A l’avant-veille de l’ouverture, lundi, devant la cour d’assises de Bruxelles, du procès à charge du meurtrier présumé de Joe van Holsbeeck, les avocats de l’accusé et la famille du jeune homme de 17 ans poignardé à mort dans le hall de la gare Centrale de Bruxelles le 12 avril 2006 se rejoignent sur un point : ce ne sera qu’un demi-procès. Le maintien du complice d’Adam G., Mariusz O., sous le système protectionnel de la jeunesse (le tribunal de la jeunesse a refusé son renvoi devant les juridictions pour adultes) risque de faire de ce procès un « demi-procès ». « On a dissocié l’indissociable », proclament les avocats d’Adam, Mes Frédéric Clément de Cléty Marie-Jeanne Kayijuka.
« Adam et Mariusz, c’était une équipe, ils auraient dû se retrouver tous les deux devant les assises », dit le papa de Joe Van Holsbeeck (lire en page 3).
Cette « équipe » était partie en chasse dans les rues de Bruxelles ce 12 avril 2006. Adam avait débarqué la veille d’un minibus en provenance de Pologne. Il voulait, selon ses déclarations, « trouver des tee-shirts » bon marché ou encore « s’acheter un GSM ».
Mais il ne disposait pas d’argent, lui qui était venu à Bruxelles pour tenter de trouver, à l’aide son frère Dawid et à l’insu de ses parents, un logement où s’installer avec cette jeune Polonaise qu’il ne pouvait épouser au pays en raison de son appartenance au peuple tzigane. À Bruxelles, Adam connaissait Mariusz O. Il l’avait rencontré dès 2002, alors que ses parents résidaient épisodiquement dans la capitale. Son père faisait commerce de voitures d’occasion vers la Pologne. Sa fréquentation de Mariusz l’avait amené à déjà tomber en délinquance : un vol de deux manettes de Playstation dans une grande surface commis le 25 novembre 2002 avec Mariusz et le frère de celui-ci Kamil ; avec les deux mêmes, le vol de baffles dans une voiture, à Uccle le 27 janvier 2003, et enfin le vol avec violences, le 22 avril 2003, d’un portefeuille et d’une mallette dans un parc bruxellois. Pour l’ensemble de ces faits, Adam G. n’avait écopé que d’une réprimande, prononcée par le tribunal de la jeunesse, le 23 avril 2004.
À Pâques, en 2006, lorsqu’il revient à Bruxelles et est en quête d’argent, c’est donc naturellement vers son ex-complice Mariusz qu’il se tourne.
Ils se retrouvent le 12 avril vers 11 heures. Ils se concertent pour trouver cet argent qu’Adam « veut pour retourner en Pologne ». Ils se rendent au centre commercial City 2, remontent vers la Grand-Place, et enfin vers la gare Centrale. Là, devant l’hôtel Méridien, ils repèrent de premières proies, trois garçons âgés de 13 à 15 ans qu’ils interpellent en se faisant passer pour des policiers. Les jeunes ados ne s’en laissent pas conter. Ils prennent la fuite vers la gare Centrale, Adam et Mariusz sur leurs talons. Il est 16 h 21 et 42 secondes. Joe Van Holsbeeck et son ami Gil, qui ont rendez-vous avec une amie, viennent à peine de s’asseoir sur le muret proche de l’entrée. Adam et Mariusz tentent de retrouver leurs premières proies. Ils remontent ensuite l’escalier des quais. Ils ont perdu les ados et décident de s’attaquer à Joe et Gil. Ils se concertent. Mariusz, qui parle français, devra demander le chemin vers la rue Neuve à Gil, tandis qu’Adam volera le MP3 de Joe. À 16 h 25 et 28 secondes, les deux jeunes Polonais se trouvent face à leurs victimes. Joe et Gil sont attaqués. La scène ne dure que 17 secondes. Gil tente de repousser ceux qui désormais sont des adversaires. Joe se débat. À 16 h 26 et 6 secondes, tout est consommé. Du sang, surgi après qu’eurent été donnés sept coups de couteau, inonde les vêtements de Joe. Gil
appelle au secours. Des témoins viennent à leur secours. Adam et Mariusz sont déjà en fuite. « Ils souriaient tout en courant », affirme un témoin. Mariusz est arrêté le 24 avril, au terme d’une enquête rondement menée (lire ci-dessous). Adam est arrêté le 27 avril en Pologne, extradé vers la Belgique le 2 août.
Les deux complices vont se rejeter la responsabilité du drame. Adam prétend que Mariusz lui a donné le couteau ; qu’il l’a en outre drogué avec des pilules qui lui ont fait perdre la mémoire… Mariusz attribue toute la planification du mauvais coup à Adam.
Ce sera là l’un des enjeux de ce procès : déterminer qui fut réellement le meneur de cette équipée meutrière. Car, pour le reste, il n’y a que peu de place pour le doute. Le crime a été enregistré sur vidéo. Adam, en aveux, prétend qu’il a voulu se dégager d’une bagarre. Son complice, qui ne risque plus rien, a déjà été reconnu coupable de « meurtre pour faciliter le vol » devant les juridictions de la jeunesse. Il sortira de l’IPPJ dans un an. Adam, lui, risque 30 ans.
MARC METDEPENNINGEN
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