Le papa de Joe : « Un tueur ! »

Mariusz aurait dû se retrouver dans le box des accusés aux côtés d’Adam. C’est une histoire d’équipe. » Avant l’ouverture du procès du meurtrier présumé de son fils Joe, Guy Van Holsbeeck ne digère pas le traitement que lui a réservé la juridiction de la jeunesse qui a décidé de ne pas renvoyer Mariusz, le complice d’Adam, devant les juridictions pour adultes.

« La juge, nous dit-il, ne nous a jamais demandé ce qu’on attendait. Elle ne nous a jamais parlé. Dans cette salle d’audience, nous étions regardés comme des coupables. On dépensait plus d’énergie pour aider Mariusz plutôt que nous qui sommes victimes. »

De ce parcours judiciaire qui arrivera à son terme à l’issue du procès d’assises, Guy Van Holsbeeck garde des étonnements et des constats amers : « Il y a une disproportion entre le traitement réservé aux agresseurs et aux victimes. Moi, je n’ai pas d’aide. Pour le procès, je vais devoir fermer mon magasin. Mariusz, lui, a été encadré. On l’a envoyé jouer au foot alors que moi j’étais au cimetière sur la tombe de mon fils. Il est dorloté. Les victimes sont toujours laissées pour compte. Je vois les parents d’autres enfants assassinés. Ils partagent tous le même sentiment de rancœur à l’égard de la justice. »

La nouvelle confrontation avec le meurtrier présumé de Joe le replonge au plus profond d’une peine inextinguible. « Je n’ai pas pu lire l’acte d’accusation jusqu’au bout. Je ne peux pas lire ces détails sur la mort de mon fils. » Il qualifie Adam de « bête tueuse » : « Ses blessures aux bras, ses tatouages (NDLR : l’un indique « la meilleure défense c’est l’attaque ») montre que c’est un habitué du couteau, un loubard. Si vous le rencontrez en rue, vous changez de trottoir. Si au procès il veut exprimer des remords, eh bien, qu’il les garde pour lui. Mariusz et lui sont des crapules. Ce jour-là, ils étaient partis pour tuer. Ce n’est pas la première fois qu’ils avaient affaire à la justice. Chaque fois, on leur a laissé une chance. Devront-ils tuer dix personnes pour qu’on arrête de leur donner de nouvelles chances ? »

Cinq agressions en deux ans

Les marches blanches organisées pour Joe, les promesses du monde politique pour une prise en charge de la délinquance des mineurs n’ont, selon Guy Van Holsbeeck, abouti à rien. « Pour moi, en deux ans, cela se traduit par cinq vols ou agressions. Mon fils a été attaqué, sa mobylette volée, on m’a volé des amplis dans ma voiture. Tout le monde dans mon entourage a déjà connu une agression. » Le papa de Joe fait ce terrible constat : « Les enfants qu’on éduque bien sont des moutons face à cette faune qui sévit dans les rues de Bruxelles. Mon fils n’était pas préparé à réagir face à une violence pareille. Ma sœur, voyez-vous, ne dit plus à ses enfants de fuir le danger. Elle dit dorénavant à ses enfants : tu tapes le premier, tu ne te laisses pas faire. Toute cette violence risque de changer le mode d’éducation des enfants. On va en arriver à devoir apprendre les arts martiaux au lieu de la politesse. »

Guy Van Holsbeeck n’en est pas moins « contre la prison ».

« Il faut une punition. Mais il faut aussi aider ces jeunes à ne pas récidiver, pour qu’ils payent leur dette à la société. En prison, on ne fait rien. Si, en plus de sa peine, Adam était par exemple contraint, tous les samedis à nettoyer des rues ou à rendre un service à la communauté, il comprendrait peut-être durablement ce qu’il a fait comme dégâts. »

MARC METDEPENNINGEN

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