Les pleurs de la mère et du père d’Adam

Ils sont recroquevillés sur leurs chaises ; elle engoncée dans une robe tzigane parsemée de fleurs blanches ; lui serrant jusqu’à les blanchir ses grosses mains calleuses. Les parents d’Adam assisteront au procès intenté à leur fils, qu’ils ont rencontré à la prison de Saint-Gilles.

La maman ne peut réprimer des sanglots : « C’est mon fils, je veux qu’il revienne à la maison. C’était un enfant normal, il n’avait pas de problèmes. Les voisins l’appréciaient. » Mais ce gamin, lui objecte-t-on, n’allait pas à l’école, était laissé à lui-même. « Nous sommes Tziganes. Nous voyagions beaucoup : Allemagne, France, Hollande, Belgique. Moi, ajoute-t-elle, je travaillais comme femme à journées, en Belgique. Adam restait alors à la maison avec son papa. Et je les faisais venir en Belgique. »

Si Adam a commis des « bêtises », c’est selon les parents de l’accusé « la faute à Mariusz et à son frère Kamil. Chaque fois qu’Adam était avec eux, il y avait des problèmes. On lui avait demandé de ne plus les voir. »

Entre deux sanglots la maman se rappelle avec émotion l’arrestation de son fils en Pologne. « Mon fils n’a jamais eu de couteau. C’est interdit chez les Tziganes. Si des jeunes veulent se battre, ils doivent enlever leurs bagues pour éviter de blesser l’autre. S’il a eu un couteau, il a enfreint les règles de notre communauté. » Le roi des Tziganes, Henryk Kozlowski, statuera d’ailleurs sur le sort d’Adam lorsqu’il aura purgé sa peine : « Il sera exclu de la communauté. Nous aussi, dit la maman, nous serons frappés d’opprobre pendant cinq ans ou dix ans. »

Les parents d’Adam souhaitent que leur fils purge sa peine en Belgique, contrairement à ce que prévoyait l’accord d’extradition passé entre la Belgique et la Pologne : « En Belgique, il est bien. Mais s’il va en prison en Pologne, il subira des brimades parce qu’il est Tzigane. » La famille G. a changé de nom en novembre 2001. Auparavant, Adam avait pour prénom Cezary et pour patronyme Dabrowski. « Nous avons changé de nom parce que Dabrowski (NDLR : le nom d’un général des légions polonaises de Napoléon) est cité dans l’hymne national polonais. Nous ne voulions plus porter ce patronyme car nous étions victimes de brimades et de moqueries. »

La maman d’Adam explose une nouvelle fois en sanglots : « Je voudrais dire qu’en tant que maman, je peux comprendre ce qu’elle ressent. Je voudrais que les parents de Joe comprennent que mon fils n’est pas un meurtrier et qu’il n’était pas venu en Belgique pour tuer. Je voudrais embrasser la maman de Joe. »

MARC METDEPENNINGEN

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