Les images de l’agression

Justice Adam G. répond du meurtre de Joe aux assises de Bruxelles

Les caméras de la SNCB ont filmé le meurtre. D’autres ont suivi les fuyards pas à pas. Ces images les ont perdus.

Tout s’est passé très vite. Entre l’arrivée de Joe et Gil à la Gare Centrale, dans l’après-midi du 12 avril 2006, et la fuite de leurs deux agresseurs, il s’est écoulé 5 minutes et 4 secondes. Les images prises par quatre des caméras de surveillance de la gare ont permis aux enquêteurs de reconstituer, avec l’expertise du Pr Suetens, une chronologie et un séquençage pareillement précis des faits.

Les images, d’une netteté très satisfaisante, défilent sur l’écran suspendu dans le prétoire de la cour d’assises. Voilà, à 16 h 20, Joe et Gil qui pénètrent dans la gare, côté Ravenstein, puis qui s’installent sur un muret qui jouxte l’entrée.

Mariusz et Adam apparaissent dans le champ de la caméra 55 secondes plus tard –ils sont arrivés là en emboîtant le pas à trois jeunes garçons qu’ils ont vainement tenté de racketter, quelques minutes plus tôt, à hauteur de l’hôtel Méridien.

Les deux jeunes Polonais disparaissent, une quarantaine de secondes durant, dans le grand escalier qui donne accès aux quais. Ils reviennent vers le hall d’accueil – ils ont perdu la trace des trois adolescents qu’ils avaient importunés –, déambulent dans la salle, repèrent Joe et Gil, échafaudent un plan et s’approchent de leurs victimes.

L’agression dure 17 secondes. Mariusz prend la fuite. Adam le suit une seconde plus tard – un délai qui ruine sa version selon laquelle Mariusz avait déjà disparu quand il a porté les coups de couteau à Joe. On distingue très nettement la lame du couteau qu’il serre encore dans son poing.

Il y a aussi cette autre image – insoutenable pour qui connaît l’épilogue de cette séquence stroboscopique – d’un Joe éberlué qui contemple son polo ensanglanté. Il fera encore quelques pas avant de s’effondrer.

Voilà Mariusz et Adam dans leur fuite éperdue. Les déclarations des témoins permettent aux policiers de reconstituer le premier tronçon de leur trajet. Une femme les voit sortir en trombe de la Gare Centrale et s’engouffrer sous les arcades de l’hôtel Méridien : « Ils souriaient », a-t-elle répété, formelle, devant les jurés.

La police saisira les images de 55 caméras situées sur les trajets que les fuyards sont susceptibles d’avoir empruntés. Celles du casino, d’un night-shop et d’un night-club ont filmé les agresseurs qui ont dévalé la place Saint-Jean, la rue du Lombard et le boulevard Anspach avant de disparaître dans les entrailles du prémétro, à la station Bourse – ils emprunteront le tram 55 jusqu’à la gare du Nord.

Ces images feront la une de tous les médias. Et permettront, le 24 avril 2006, l’identification de Mariusz, reconnu par les enseignants d’une école de Saint-Gilles qu’il fréquentait encore, l’année précédente. Il est alors désormais élève à l’Athénée Leonardo da Vinci, à Anderlecht. Les enquêteurs vont l’y cueillir. « Il nous attendait devant la porte du proviseur, raconte l’un d’eux. Il était très mal à l’aise : il avait le regard fuyant, il transpirait, il s’exprimait à voix basse. »

Il finira par s’effondrer. Adam sera arrêté trois jours plus tard à Suwalki, en Pologne, où il était reparti dès le soir du meurtre.

Adam ne sera pas un client pour les enquêteurs. Il mentira beaucoup, variera dans ses versions, s’obstinera à nier des éléments – même anecdotiques – pourtant avérés par l’enquête. La téléphonie n’éclaircira rien, au contraire. Les reconstitutions et les confrontations avec Mariusz ne permettront pas de répondre à des questions qui taraudent toujours les enquêteurs : « On ignore encore, explique une inspectrice, qui de Mariusz ou d’Adam a eu l’idée de cette agression. On ne sait pas davantage à qui appartenait le couteau qui a tué Joe, ni ce qu’il est advenu de cette arme et du MP3 de la victime. »

Autant de points sur lesquels Adam et Mariusz sont en total désaccord, chacun livrant des faits une version qui l’exonère du plus abject. Qui ment ?

DETAILLE,STEPHANE

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