« On est tous deux responsables »
posté le 18 septembre 2008 |
catégorie Affaire Joe Van Holsbeeck
Mariusz entendu comme témoin dans un procès qui aurait pu être le sien
Cette concession mise
à part, sa version reste très différente de celle d’Adam,
qui répond du meurtre de Joe.
Mariusz a déclaré qu’il n’était pas moins responsable qu’Adam de la mort de Joe Van Holsbeeck, poignardé en pleine Gare Centrale, dans l’après-midi du 12 avril 2006. « Nous avons chacun notre part de responsabilité », a-t-il dit, jeudi après-midi, alors qu’il était entendu comme témoin au procès d’Adam G.
Durant toute l’instruction, chacun des deux jeunes gens avait livré des événements des versions qui l’exonéraient de cette responsabilité, qu’il imputait à l’autre.
Jeudi, Mariusz a fini par admettre qu’ils avaient pris ensemble la décision de commettre un vol ce jour-là et, plus tard dans l’après-midi, de s’en prendre à Joe et Gil dont ils avaient repéré le lecteur MP3 – « Adam a eu l’idée et j’ai accepté », avait-il d’abord déclaré avant de concéder : « On a décidé à deux. »
Sans doute Mariusz aura-t-il été d’autant plus enclin à soulager sa conscience que ce revirement sera sans conséquence sur son propre sort… Il a déjà été sanctionné par la juriction de la jeunesse qui, dans ce même dossier, l’a reconnu coupable, comme auteur ou coauteur, d’un vol avec cette circonstance aggravante qu’un meurtre fut commis pour en faciliter l’exécution.
Jeudi, devant les jurés bruxellois, il pouvait donc alléger sa conscience sans crainte d’alourdir sa propre barque. Et « dire toute la vérité », comme l’y contraignait son serment de témoin, sans avoir à en redouter les conséquences puisque, comme le rappela la présidente, on ne peut pas être jugé deux fois pour les mêmes faits : « Non bis in idem », disent les textes.
Les versions de Mariusz et d’Adam n’en demeurent pas moins inconciliables à plusieurs égards.
Sur l’arrivée du second à Bruxelles, notamment. Mariusz continue d’affirmer qu’il a fortuitement rencontré Adam, rue de Merode, à une date qu’il situe deux semaines avant la mort de Joe : « Adam m’a dit qu’il était venu passer les vacances de Pâques et logeait à Schaerbeek », raconte-t-il. Adam, lui, prétend avoir débarqué à Bruxelles la veille des faits – il soutint longtemps être arrivé le jour même.
Pareil quand il s’agit d’évoquer le départ de l’accusé pour la Pologne. Adam a toujours affirmé qu’il avait repris la route le soir même, alors que Mariusz pense qu’il se trouvait toujours en Belgique deux jours plus tard : le 14 avril, dit-il, il reçoit sur son GSM un appel de Mariusz qui, dans la conversation, évoque notamment une séquence que la télévision a consacrée au meurtre de Joe – il ne peut s’agir d’une séquence diffusée en Pologne puisqu’à cette date, les enquêteurs ne disposent encore d’aucun des éléments qui ouvriront la piste polonaise. Le plus remarquable, c’est qu’aucune des deux versions n’apporte de réponse satisfaisante aux nombreuses questions soulevées par la téléphonie.
Plus fondamentalement, Mariusz continue de prétendre qu’il ignorait qu’Adam possédait un couteau : « Si je l’avais su, dit-il, je n’aurais pas accepté l’idée d’un vol. » Mariusz déclare n’avoir pas vu la scène des coups de couteau – elle a pareillement échappé à Gil, l’ami de Joe. « Adam, assure Mariusz, ne m’a révélé l’existence de l’arme qu’après l’agression, alors que nous attendions le tram à la station Bourse. Il m’a furtivement montré le couteau plus tard, alors que nous étions sur le point de nous séparer, à proximité de la rue d’Aerschot. »
Une déclaration qui heurte de front la version d’Adam selon laquelle le couteau appartenait à Mariusz qui lui avait confié l’arme alors que le duo cherchait au centre-ville une victime à détrousser. Adam a toujours prétendu s’être débarrassé du couteau en le jetant « sous une voiture » tandis qu’ils fuyaient tous les deux les lieux de l’agression.
Même divergence à propos du MP3 : Mariusz, qui admet l’avoir arraché de la poche de Joe pendant qu’il luttait avec Adam, déclare l’avoir remis à son complice au moment de leur séparation. « Il m’a dit qu’il le vendrait. J’ignore ce qu’il en a fait. » Adam conteste avoir jamais récupéré le MP3, qui n’a jamais été retrouvé. Pas plus que l’arme du crime.
Mariusz a terminé son témoignage en formulant quelques regrets : « Je voulais dire pardon aux parents de Joe, a-t-il balbutié après s’être brièvement tourné vers eux. Ils ont tellement mal. Je ne sais quoi dire. »
Pas sûr que ces mots aient trouvé leur chemin dans le cœur saturé de douleur de Françoise et Guy Van Holsbeeck : « Que les regrets de Mariusz soient sincères ou pas ne change rien à l’affaire, a réagi ce dernier. Il a commis un acte inqualifiable pour lequel il n’a pas été puni. Il devait, comme Adam, être jugé par une cour d’assises. Au lieu de quoi, dans un an, il sera libre. »
DETAILLE,STEPHANE

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