Joe le nounours face à un taureau

La défense invoque le drame du peuple gitan

L’impunité accordée à Mariusz pèse sur les débats.
Le meurtre ou l’accident ?
Les jurés décident aujourd’hui.

L’absence, dans le box des accusés de Mariusz, le complice d’Adam G., qui répond lui devant les assises de Bruxelles du meurtre de Joe Van Holsbeeck, a imprégné les plaidoiries des parties civiles, celle du jeune Polonais et le réquisitoire de l’avocat général Michel Nolet de Brauwere.

Mariusz a été préservé par une décision du tribunal de la jeunesse, qui a décidé de le maintenir sous l’emprise du système protectionnel jusqu’à ses 20 ans ; Adam, par contre, a été renvoyé devant les assises, et il risque jusqu’à 30 ans de détention.

Certes, Me Marc Preumont, avocat de la famille Van Holsbeeck, a assuré aux jurés qu’ils « étaient libres » de choisir de le déclarer coupable de meurtre ou de coups et blessures volontaires.

Certes, l’avocat général a, lui aussi, proclamé l’indépendance des juges populaires tout en soulignant que devant les juridictions « jeunesse » Mariusz, « qui n’a pas porté les coups de couteau » avait déjà été reconnu comme l’auteur d’un « meurtre pour faciliter le vol » et que « au moins 10 magistrats professionnels » traitant du cas Adam avaient eux aussi estimé que le jeune Gitan devait être jugé pour meurtre.

Il s’était mis à la place des parents des victimes, jugeant, comme l’avait dit Me Laurent Kennes, l’avocat de la famille de Gil, l’ami de Joe, que l’absence de Mariusz aux assises pour y répondre d’un « fait de société aussi rare qu’exceptionnellement grave » était un « scandale sans précédent » : « Si j’étais à leur place, je ressentirais la même chose. Je comprends leur désarroi », avait lâché l’avocat général.

Lundi matin, Me Marc Preumont, l’avocat des Van Holsbeeck, a lancé la charge pour empocher l’adhésion des jurés à la qualification de « meurtre » que fut l’agression fatale à Joe.

« Le voleur est devenu tueur, avait-il dit. Son parcours l’annonçait. Quand on a un couteau en poche, un jour on l’utilise pour frapper à mort ! ». Adam, a-t-il rappelé s’était tatoué sur le bras une devise : « La meilleure défense c’est l’attaque ».

« Le 12 avril, à la gare Centrale de Bruxelles, il a appliqué sa devise », a lancé le ténor namurois, traitant Adam de « lâche » – dont la pire infamie fut d’avoir accusé Joe d’avoir résisté et donc d’avoir, en quelque sorte, provoqué la bagarre mortelle.

Se tournant, la voix grosse, vers l’accusé penaud, il lui a lancé : « Ne renversons pas les rôles. À vous entendre, c’est Joe qui devient l’agresseur. M. Adam G., je préfère ne pas vous dire ce que m’inspirent vos mensonges ! »

À sa suite, Me Laurent Kennes, qui défend, aux côtés de Me Sven Mary, Gil et sa famille, a estimé qu’Adam avait eu « nécessairement l’intention de tuer », rappelant qu’une fugace détermination suffisait à qualifier de meurtre la mort de Joe.

Même analyse de l’avocat général Nolet de Brauwere : « Celui qui met en œuvre des moyens qui peuvent causer la mort » se rend coupable de meurtre.

Pour le magistrat, ce crime résulte de la confrontation « absurde d’un nounours désarmé avec un taureau de combat dopé aux stéroïdes ». Joe, selon l’avocat général, ne représentait aucun danger pour Adam : « Adam a choisi de poignarder Joe », a-t-il dit rappelant ce « couteau bien aiguisé doté d’une lame d’au moins 8 cm » virevoltant devant Joe, portant des « coups de taille et d’estoc » ; le corps et le visage de Joe lacéré avant que la lame ne frappe le cœur en pleine masse.

La défense d’Adam a bien tenté de dénoncer « l’ultramédiatisation » de cette affaire, tarte à la crème de tous les grands procès criminels.

Mes Jean-Philippe Rivière et Frédéric Clément de Cléty ont plaidé « l’accident », l’absence d’intention de tuer, et le deuxième s’était lancé dans une ample évocation de l’histoire du peuple gitan, dernière communauté d’Europe victime de discrimination. Ces Gitans, selon Me de Clety, auraient conservé en eux la peur des persécutions séculaires qui les menèrent jusqu’aux camps d’extermination. Et cette « peur génétique de Gitans persécutés depuis 1.500 ans » serait, selon l’avocat la « toile de fond de ce dossier ». En bref : un persécuté, certes agresseur, mais victime lui-même de réflexes ancestraux de préservation dès lors qu’un danger se présente…

Sur les bancs des parties civiles, les moues des parents des victimes laissaient deviner une extrême perplexité face à cette démonstration anthropologique reliant l’Inde du XIe siècle à la gare Centrale du XXIe. Histoire d’un peuple ou histoire d’un crime crapuleux : les jurés rendent leur verdict aujourd’hui.

METDEPENNINGEN,MARC

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