Une famille en toc
posté le 9 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte
Schaar évoque « une cellule atypique », Bouchaïb une tribu sans problème.
Et Geneviève un enfer.
Schaar, elle l’appelait « le salopard », « le porc ». Tout, chez cet homme, lui était devenu intolérable : son corps avachi, son hygiène corporelle douteuse – rien, dit-elle, ne l’écœurait autant que de faire la lessive de son linge de corps qu’elle laissait longuement tremper dans la Javel –, sa personnalité atone, ce bruit qu’il faisait, le matin, en se levant, cette façon qu’il avait de se curer le nez, de bouffer ses rognures d’ongles, de laisser derrière lui des toilettes infectes. « Même lui dire bonjour, ça me répugnait », dit-elle. Michel Schaar, lui, n’y voyait que du feu. Jamais, dit-il, Geneviève Lhermitte ne lui fit part de l’exaspération qu’il suscitait en elle. « J’avais très conscience que nous formions une communauté atypique et j’avais demandé à trois reprises à Geneviève et à Bouchaïb si cette situation les incommodait, a-t-il raconté mardi devant la cour d’assises. Ils m’ont chaque fois répondu non. »
Le Dr Schaar ne conteste pas qu’il a voulu, comme l’a dit Geneviève, « s’acheter la famille qu’il ne pouvait pas avoir ». Le fait est, dit-il, qu’il était stérile. Et que cette infécondité avait pesé, des années plus tôt, dans sa décision d’accueillir chez lui le jeune Bouchaïb dont il était devenu, en quelque sorte, « le père adoptif ».
C’est à ce titre, dit-il, qu’il avait par la suite regardé les enfants Moqadem comme ses propres petits-enfants et qu’il considérait Geneviève comme sa bru.
Il payait tout, c’est vrai. Sans autre contrepartie, dit-il, que « le sourire des enfants ».
Et ce droit qu’il s’était octroyé de revenir passer les week-ends au milieu de la tribu, dont il partageait aussi les vacances ? Autant de parenthèses insouciantes dans une vie professionnelle abrutissante – les journées du docteur débutent à 7 heures, s’achevant rarement avant 22 heures. La maison de Nivelles, c’était le havre où il venait, chaque samedi, butiner son quota maigrelet de bonheur domestique : quelques heures passées à flâner sur le marché – il faisait volontiers l’emplette d’un bouquet pour Geneviève – puis dans les magasins où la famille allait au ravitaillement.
Et c’était à peu près tout : le docteur regagnait son cabinet de Forest dès le dimanche matin.
Michel Schaar s’acquittait avec un plaisir évident de son rôle d’intermittent de la paternité. Il avait son appartement au second. Il arrivait que les petits lui montent un dessin. Que les grands lui montrent un bulletin.
Il ne lui avait pas échappé que Geneviève avait grêlé la maison de consignes manuscrites – genre : « Merci de laisser les toilettes dans l’état où vous les avez trouvées » – mais il était convaincu, dit-il, que ces « petits mots » s’adressaient aux enfants.
Qu’il se souvienne, Geneviève ne lui avait jamais fait de remarques. Elle était même capable d’attentions qu’on n’attendrait pas à l’endroit d’un « salopard ». Comme ce SMS signé « Gene et les enfants » qu’elle lui avait adressé, le 12 décembre 2006, pour son anniversaire : « Cher Michel, un très bon anniversaire de la part de nous tous. Une très bonne journée. »
– « Je l’ai conservé », dit Michel Schaar en fouillant les méninges artificielles de son GSM.
Dans le box, Geneviève Lhermitte le troue d’un regard de serpent. Ce n’est plus la femme émouvante de la veille. Leur audition terminée, elle a pilonné Bouchaïb et Schaar de questions chichiteuses – « Qui remboursait l’emprunt du Vito ? » – ou de commentaires aigrelets : « Je vais me permettre de rafraîchir la mémoire du docteur. »
L’audition de Bouchaïb, son mari, l’a visiblement agacée. Il a livré de leur vie conjugale tripolaire un récit émollient, lisse, expurgé de tout motif de contrariété.
Non, il n’avait jamais levé la main sur elle – Schaar non plus ne se rappelle d’aucune des scènes de violence qu’elle évoque –, oui, c’est elle qui avait délibérément coupé les ponts avec la famille Lhermitte, non, elle ne s’était jamais plainte de la présence parmi eux du Dr Schaar : « Mais ma décision aurait été vite prise si elle m’avait mis dans la situation de choisir entre elle et Michel : j’aurais suivi ma femme et mes enfants. »
Elle n’aurait pas davantage parlé des angoisses que lui inspirait l’avenir. « Il n’y avait d’ailleurs pas lieu de s’en faire, dit-il. Notre situation matérielle évoluait favorablement et nous étions désormais propriétaires. »
Tout allait bien. Surtout pour lui, en fait : un emploi ultralight au cabinet de Schaar dont il assurait l’intendance – « Il foutait rien », crache Geneviève –, trois à quatre longs séjours par an dans la famille au Maroc, des sorties presque quotidiennes au sauna à l’heure où les enfants rentraient de l’école, du blé qui rentrait tout seul dans la caisse grâce aux bons soins du Dr Schaar. « C’était pas une dépendance financière, dit Bouchaïb. On faisait pas ce genre de comptes. On vivait en famille, c’est tout. Michel Schaar était mon père adoptif. Il ne voulait que notre confort et notre bonheur. »
Elle, Schaar, elle le voyait vieillir. Elle l’imaginait retraité, traînant toute la journée dans ses pieds. Elle le voyait même impotent, à charge pour elle – « Bouchaïb n’aurait jamais toléré qu’on le place ! » – de s’occuper d’un vieillard grabataire qui les laisserait sans le sou. Lui, Bouchaïb, il ne voyait pas où était le problème. Il n’aurait même pas, dit-elle, voulu en entendre parler. Alors, elle n’avait rien dit.
C’était un système pervers qui tournait carré. Et qui avait fini par fabriquer de la haine. Mardi matin, Bouchaïb a refusé d’entendre le pardon de son épouse. Elle l’a fait quand même : « Je comprends ta souffrance, lui a-t-elle lancé. Je te demande pardon d’avoir arraché les enfants à ta vie. » C’était dit sans émotion. Michel Schaar avait trouvé Geneviève Lhermitte autrement convaincante, en juin dernier, lorsqu’à l’issue de la chambre des mises en accusation qui la renvoyait devant cette cour d’assises, elle avait déclaré : « Je regrette pour les enfants. Mais pour personne d’autre. »
Plainte pour viol entre avocats de Moqadem
Une plainte pour tentative de viol a été déposée mardi contre Me Abdelhadi Amrani, l’un des avocats de Bouchaïb Moqadem. La plainte émane d’Isabelle Saels, avocate qui défend également les intérêts du père des cinq enfants. Les faits présumés remontent au voyage préparatoire au procès organisé par les parties civiles à Agadir. (b)
DETAILLE,STEPHANE
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