« Je n’ai pas tué mes enfants ! »
posté le 10 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte
L’accusée s’effondre durant le rapport du légiste dont le constat est accablant : chaque meurtre fut un carnage.
Le médecin légiste Frédéric Bonbled n’a pas sitôt débuté la lecture de son rapport, mercredi après-midi, que Geneviève Lhermitte s’agite dans son box. Elle qui, la veille, avait regardé sans faiblir les photos, pourtant très dures, de la scène du drame telle qu’elle avait été découverte par l’équipe d’intervention de la police fédérale, paraît soudainement mise au supplice par la lecture, parfaitement dépassionnée, d’un rapport éminemment clinique.
Elle mordille ses lèvres, elle essuie ses yeux, porte les mains à ses oreilles comme si elle voulait faire barrage aux mots que l’expert égrène d’un ton monocorde. Il est question de plaies en région manubriale, de lésions transfixiantes, de blessures punctiformes en région scapulaire interne, d’une section profonde du tronc carotidien.
C’est un rapport interminable. Et insoutenable par ce qu’il suggère d’atroce et d’abject derrière le paravent aseptisé du jargon médico-légal. Tour à tour, le Dr Bonbled a évoqué les autopsies de Mehdi, de Mina, de Myriam.
Il en est venu à Nora lorsque Geneviève Lhermitte s’effondre, le visage écrasé sur le banc qui lui fait face, les mains pressées sur les oreilles. Ses sanglots couvrent le discours du médecin. Puis sa voix, hystérique, glace d’effroi un prétoire pétrifié : « Arrêtez ! Arrêtez de dire tout ça ! », hurle-t-elle tandis qu’une escouade de policiers se hâte déjà vers le box. « Je n’ai pas tué mes enfants ! C’est la faute de Schaar et de mon mari ! Ce sont des salauds. Ce sont des menteurs ! Ils nous ont pourri la vie ! Mes enfants ! Mes enfants !! »
C’est une loque exsudant la souffrance, la révolte et la haine que les policiers entraînent hors de la salle, la seconde d’après.
Le président Maes est resté impassible : « Nous faisons acter que, pour la sérénité des débats, nous avons fait procéder à l’évacuation de l’accusée », dicte-t-il au greffier.
Geneviève Lhermitte ne réapparaîtra pas à l’audience. « Elle a pris, pour la première fois, la mesure des souffrances qu’elle a infligées à ses enfants, expliquera plus tard son avocat, Me Magnée. Et elle est en révolte parce qu’elle a, face à ce drame épouvantable, le sentiment d’un partage inégal des responsabilités. »
Son éviction soustraira l’accusée au pire : la projection des photos prises à la table d’autopsie. La seule distribution des blessures sur les cinq corps témoigne de l’acharnement que Geneviève Lhermitte mit à tuer ses enfants.
Presque tous portent aux doigts « des lésions de défense » : des coupures plus ou moins sévères qu’ils s’occasionnèrent en prenant à pleines mains la lame que leur mère dirigeait vers leur gorge.
Les trois aînées – la résistance des cadets a été anéantie par « des manœuvres asphyxiques » – ont reçu de multiples coups de couteau aux membres supérieurs et au thorax. Des plaies parfois profondes : certaines ont atteint la plèvre thoracique.
L’égorgement de Yasmine, de Myriam et de Nora a été commis avec une sauvagerie inouïe : jusqu’à six passages de lame « au moins » pour Myriam.
Un carnage : chez Yasmine, l’autopsie révélera une incision partielle du disque intervertébral. Une boucherie dont Geneviève Lhermitte s’acquitte « sans aucune émotion », selon ses propres mots. Elle ne pense a rien, dit-elle. Quand, dans la salle de bain où elle vient après chaque meurtre se laver ses mains, un miroir lui renverra soudainement son image, elle ne verra qu’« un masque » grêlé de mouchetures rouges : le sang de ses enfants.
Elle lave son visage, ses mains, la lame du couteau puis, ses vêtements bleu marine gorgés d’un sang invisible, elle redescend au living chercher une nouvelle victime. Les uns après les autres, les gosses la suivent sans défiance. A Myriam, à Yasmine, à Nora, elle annonce « une surprise ». Elle est méthodique. Organisée. Les policiers retrouveront les GSM des deux aînées dans la chambre à coucher des parents.
– « Vous les aviez emportés pour qu’elles ne puissent pas, le cas échéant, donner l’alerte ? », demande le président.
– « Ce sont des déductions qu’on peut faire aujourd’hui, dit-elle. C’est possible. Je sais pas. »
Les couteaux, elle les avait volés au « Champion », le matin même – c’est du moins ce qu’elle affirme : elle n’a été filmée par aucune des seize caméras du magasin.
Pourquoi les avoir volés ? Elle l’ignore. Pourquoi avoir pris deux couteaux ? « C’était, dit-elle, pour le cas où l’un des deux ne marcherait pas. »
DETAILLE,STEPHANE
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