Un monde d’apparences
posté le 12 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte
Justice Geneviève Lhermitte devant ses juges
L’accusée a vécu dans un monde où tout le monde donnait le change.
A commencer par elle.
Tout, ou presque, n’était que non-dits, mensonges, malentendus et faux-semblants. Geneviève Lhermitte fut longtemps convaincue, par exemple, que le Dr Schaar avait une fille prénommée Olivia, qu’il faisait passer pour sa nièce : une gamine dont elle avait aperçu une photographie dans la chambre à coucher du médecin. C’était faux, bien sûr : l’enquête a établi qu’Olivia était bien la fille de Jacques Schaar, le frère du docteur.
De même Geneviève Lhermitte ignora-t-elle longtemps qu’El Bouchtaouia Moqadem, la sœur de Bouchaïb, était l’épouse du Dr Schaar lorsque, jeune mariée, elle s’était installée dans l’immeuble que le médecin possédait à Forest, avenue Neptune.
Le Dr Schaar, lui, ne sut jamais que la femme de ménage qu’il rémunérait pour l’entretien du petit appartement qu’il s’était réservé au second étage de l’habitation des Moqadem, à Nivelles, n’était autre que Geneviève elle-même : elle s’acquittait du ménage et gardait pour elle l’argent que le médecin fourrait dans une enveloppe à l’intention de l’employée fantôme.
Bouchaïb, pour sa part, recevait du docteur un salaire pour un job qu’il n’exerçait pas vraiment. Et Geneviève percevait des allocations d’invalidité grâce à des rapports médicaux signés par un médecin qui vivait sous son toit.
Et tout était à l’avenant. Geneviève voyait en cachette ses sœurs, Catherine et Mireille, avec lesquelles Bouchaïb l’avait mise en demeure, dit-elle, de couper les ponts – ce que le clan Moqadem conteste farouchement.
Toute une correspondance clandestine aboutissait dans la boîte aux lettres de Valérie Guirsch, l’amie de Geneviève : « Valérie savait que les enveloppes marquées d’une croix étaient destinées à notre sœur », a raconté Catherine, vendredi. Un jour que les sœurs s’étaient rencontrées en présence des enfants, Geneviève leur avait présenté Catherine comme une amie – « mais Yasmine, l’aînée, n’était pas dupe », dit Catherine. Il arriva aussi que Geneviève fasse passer le Dr Schaar pour son oncle.
Rien ne tourne vraiment rond chez les Moqadem, durant toutes ces années-là. Mais chacun fait comme si. A commencer par Geneviève, qui donnera le change jusqu’au bout. Le jour même où elle adresse l’un de ses deux messages de détresse au Dr Veldekens, son psychiatre (Le Soir de vendredi), elle envoie à sa sœur Mireille une carte d’anniversaire pleine de vie et d’optimisme : « Quand j’ai reçu cette carte, raconte Mireille, j’ai ressenti quelque chose de très fort. »
« Heureuse, épanouie… »
Ses belles-sœurs, El Bouchtaouia et Naïma, ne tarissent pas d’éloges sur Geneviève : « Jusqu’au bout, dit la seconde, elle a paru heureuse, épanouie, fière de ses enfants. » Elle s’était intégrée dans sa belle-famille marocaine. « Quand on cuisinait, elle prenait des notes pour apprendre », dit El Bouchtaouia. Sa belle-mère l’adore : « On était presque jalouses parce que notre mère la préférait à nous, ses filles », dit Naïma. Les premières années du mariage, Geneviève Lhermitte les vit avenue Neptune, dans une grande promiscuité avec une fraction de la tribu Moqadem. Il y a là El Bouchtaouia, Naïma et même Khlifa, un frère qui contractera par la suite un mariage blanc avec Catherine, la sœur de Geneviève. Selon ses sœurs, Geneviève n’en est pas moins seule, claquemurée dans ce vide que Bouchaïb aurait fait autour d’elle. Les sœurs Moqadem, elles, décrivent une femme heureuse et libre, qui va et vient à sa guise. Elles nient que son mari ait jamais pu la battre – Geneviève a pourtant raconté qu’elle les avait un jour prises à témoin d’un coup que Bouchaïb venait de lui porter. « Jamais, M. le Président, jamais ! », martèle Naïma.
Qui ment ? Un peu tout le monde, sans doute.
DETAILLE,STEPHANE
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