« C’était une mère exemplaire », selon les témoins

Justice Geneviève Lhermitte devant la cour d’assises du Brabant wallon

A une amie qui lui demandait le nom de ce toubib dont elle ne cessait de lui dire pis que pendre, Geneviève Lhermitte avait un jour répondu : « Il s’appelle Schaar, comme le méchant dans Le Roi Lion. »

C’était vers la fin des années 90, à l’époque où la famille habitait encore à Forest, rue Prosper Mathijs. L’anecdote suggère que l’accusée poursuivait le Dr Schaar de sa haine depuis longtemps. Curieusement, pourtant, personne parmi la longue procession des témoins qui ont déposé ce lundi devant la cour ne se souvient avoir entendu l’accusée dire du mal du médecin. La plupart d’entre eux ignoraient jusqu’à son existence.

Une enseignante forestoise se souvient que Yamisne, qui n’avait guère que 6 ans, évoquait souvent « docteur Schaar » : « Cela m’avait paru d’autant plus surprenant qu’à mes yeux, ce médecin n’était que l’employeur de son père », raconte l’institutrice. Personne, ou presque, ne savait que le médecin vivait sous le toit des Moqadem.

Plusieurs témoins, en revanche, connaissaient l’isolement de Geneviève. Soit qu’ils tenaient directement de l’accusée que son mari lui interdisait de voir sa famille et ses proches, soit qu’ils avaient observé eux-mêmes que son comportement changeait lorsqu’elle était accompagnée de son époux, Bouchaïb Moqadem.

Une amie vient raconter que Geneviève venait la voir « en cachette ». Une autre expliquera que l’accusée ne la saluait pas quand son mari était avec elle – elle venait s’en excuser plus tard.

Une autre encore rapportera que Geneviève lui avait rendu visite à la maternité pendant que Bouchaïb était au Maroc : « Sans quoi elle ne serait jamais venue », dit-elle.

La vie sociale de Geneviève Lhermitte aurait ainsi été circonscrite au cercle exubérant de la tribu Moqadem, sa belle-famille. Son mari, suggère le même témoin, faisait méthodiquement le vide autour d’elle : « A l’époque, rapporte-t-elle, Bouchaïb avait une Mercedes noire et je voyais Geneviève se mettre discrètement en retrait du groupe des mamans quand son mari passait en voiture devant l’entrée de l’école. »

« Vous refusiez que votre épouse fréquente les autres mamans ? », demande le président à Bouchaïb Moqadem, assis sur le banc des parties civiles.

« C’est to-ta-le-ment faux », martèle l’époux de l’accusée.

Malgré quoi, Geneviève Lhermitte parlait de son mari en termes enthousiastes et flatteurs. « Mais elle ne respirait pas la joie de vivre », observe une infirmière dont Geneviève fréquentait la consultation ONE.

Certains parmi ceux qui l’avaient fréquentée, jadis, à l’Athénée royal d’Uccle 1, au Ceria ou, plus tard, à l’Ecole normale, eurent peine à reconnaître leur ancienne condisciple dans la femme « éteinte », « amère » ou « renfermée » qu’ils croisèrent fortuitement des années plus tard. Ils avaient conservé d’elle une image autrement rayonnante : étudiante, elle était déterminée, vive, appliquée, bien intégrée, travailleuse « sans chercher à briller ».

Il était arrivé que certain d’entre eux fréquentent les boums que les sœurs Lhermitte organisaient au domicile de leurs parents, à Uccle. La plupart avaient gardé des Lhermitte le souvenir d’une famille « normale », voire sympathique et accueillante, chaperonnée par une mère « un peu rigide » – seule Valérie D., qui l’avait beaucoup fréquentée à l’École normale, estimera que Geneviève avait souffert d’« un manque d’amour » durant son enfance et son adolescence.

Geneviève Lhermitte s’était investie corps et âme dans son rôle de maman : les uns après les autres, les témoins sont venus célébrer « la mère attentive », « exemplaire », « éternellement soucieuse » du bien-être de ses enfants « si polis », « si parfaitement éduqués ». Ce fut, à cet égard, un panégyrique dont la parfaite unanimité inspira au Dr Schaar cet aparté aigre-doux : « Aujourd’hui, c’est la Sainte-Geneviève ! »

DETAILLE,STEPHANE

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