Geneviève Lhermitte n’était pas responsable de ses actes
posté le 16 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte
Elle a tué dans un état « de dépersonnalisation transitoire »
C’est désormais l’avis des psys après un nouvel examen de l’accusée et des lettres qu’elle rédigea en février 2007.
S’il n’est pas sûr que ces deux lettres auraient permis de conjurer le drame, il est certain qu’elles auraient permis d’éviter le procès. Ces lettres, ce sont celles que Geneviève Lhermitte avait adressées à son psychiatre, le Dr Veldekens, les 13 et 27 février 2007. Deux appels à l’aide dans lesquels elle s’ouvrait de ses projets suicidaires et – dans le second message rédigé la veille des faits – de son intention d’emmener ses enfants dans la mort. Le lendemain, dans la vaste maison que la famille occupait à Nivelles, Geneviève Lhermitte avait égorgé ses cinq enfants avant de tenter de mettre fin à ses jours.
Le Dr Veldekens, qui l’avait reçue d’urgence le 13 février, n’avait donné aucune suite au second message. Il attendait, dira-t-il, l’imminent retour en Belgique du père de famille, Bouchaïb Moqadem, pour envisager l’hospitalisation de sa patiente : une attitude qui pourrait lui valoir d’être poursuivi pour non-assistance à personne en danger – il semble que le parquet et les différentes parties attendent le verdict de ces assises pour prendre attitude à ce propos.
La justice n’ignorait pas l’existence de ces deux lettres mais le magistrat instructeur considéra qu’elles avaient été égarées dès lors qu’elles ne figuraient pas au dossier médical de Geneviève Lhermitte. Elles avaient resurgi jeudi dernier, en plein procès : elles étaient toujours en possession du Dr Veldekens qui les remit à la cour au terme de son audition.
Leur contenu suscita un vif émoi puisque, sur la foi des déclarations du Dr Veldekens au juge d’instruction, il avait toujours été considéré que la teneur des deux messages était identique. Or, la seconde lettre contenait cette phrase terrible : « Je vais prendre mes enfants avec moi (dans la mort) parce qu’il n’y a plus d’avenir. »
Le collège des experts psychiatres était évidemment dans l’ignorance complète du contenu de ces lettres quand, en octobre 2007, il avait conclu que l’état mental de Geneviève Lhermitte n’abolissait pas sa responsabilité lorsqu’elle avait tué ses enfants : tout au plus se trouvait-elle, dirent-ils, dans un état d’extrême souffrance qui avait altéré son discernement.
Invités par le président Maes à réévaluer l’état mental de Geneviève Lhermitte à la lumière de ces nouveaux éléments, les psychiatres ont estimé hier que « l’accusée était au moment des faits dans un état grave de déséquilibre mental la rendant incapable du contrôle de ses actions ». Les experts, qui ont réexaminé Geneviève Lhermitte ce dimanche à la prison de Berkendael, ont estimé de surcroît qu’« elle est actuellement dans un état grave de déséquilibre mental justifiant un traitement au long cours » et qu’elle pourrait « constituer un danger social particulier en cas de décompensation majeure ».
Le procès de Geneviève Lhermitte n’aurait pas eu lieu si ces conclusions avaient été rendues quelques mois plus tôt : la chambre du conseil, qui l’a renvoyée devant les assises sur la foi du premier rapport, aurait conclu que son état mental requérait son internement dans un établissement de défense sociale.
Il est à peu près certain que les trois psychiatres – les Drs Gueibe, Bongaerts et Meire – ont été d’autant plus enclins à modifier leurs conclusions que leur premier rapport approchait déjà cette thèse de l’abolition de la responsabilité. S’il ne l’avait pas retenue, c’est notamment parce que Geneviève Lhermitte « revendiquait explicitement son geste » et demandait à pouvoir s’expliquer lors d’un procès.
Les deux lettres, disent-ils aujourd’hui, contiennent « tous les signes d’une dépression majeure d’intensité mélancolique ». Ce sont clairement des appels à l’aide : « Ces documents, expliquera le Dr Meire, montrent indubitablement que Mme Lhermitte ne se sentait plus capable de contrôler ses actions. »
Selon les psychiatres, Geneviève Lhermitte avait développé un état anxio-dépressif sévère – « ces états mélancoliques réclament une hospitalisation d’urgence » – et, le 28 février, elle s’était trouvée dans « un état dissociatif de dépersonnalisation transitoire » qui l’ont amenée au pire : « Dans ces cas-là, expliquera l’un des psychiatres, seule la pensée opératoire persiste, la conscience réflexive est momentanément abolie. La personne peut réagir et percevoir mais ce qu’elle fait et ce qu’elle perçoit ne sont pas intégrés dans le contrôle de la conscience réflexive. »
C’est peut-être cette dépersonnalisation qui s’exprime dans cette pensée – « La machine est en route » – qui vient à l’esprit de Geneviève Lhermitte au moment de passer à l’acte. C’est peut-être pour cela, aussi, qu’elle ne verra qu’« un masque » lorsqu’après le meurtre de Nora, elle apercevra son visage dans le miroir de la salle de bain.
« Actuellement, explique le Dr Meire, Mme Lhermitte est susceptible, vu le deuil impossible, de rencontrer un nouvel épisode de déséquilibre mental la rendant incapable du contrôle de ses actions : la possibilité d’un passage à l’acte suicidaire demeure. »
Ces conclusions, qui ne lient pas les juges, ont été accueillies favorablement par la défense de Geneviève Lhermitte qui sollicitera son internement : « Je pense que, ce mardi, notre cliente a franchi plusieurs stations de son chemin de croix en acceptant l’idée qu’elle a pu agir sans être responsable de ses actes », a déclaré son avocat.
Du côté des parties civiles, cette thèse semble recevable. « Notre client a toujours déclaré que la femme qu’il connaissait n’avait pu commettre une chose pareille », a rappelé Me Fernande Motte-de Raedt, l’avocate de Bouchaïb Moqadem. Par la voix de Me De Quévy, son conseil, le Dr Schaar a déclaré qu’il n’avait d’hostilité qu’à l’endroit de la thèse dite « de la contrainte irrésistible » qui, aux termes de l’article 71 du code pénal, impliquerait l’acquittement de l’accusée. Au bout du compte, seuls les psychiatres ne semblaient guère s’entendre sur ce qui, de l’internement ou de la sanction, serait le plus profitable à l’accusée…
P.22 débat : faut-il interner geneviève lhermitte ?
P.24 l’éditorial
DETAILLE,STEPHANE,BORLOO,JEAN-PIERRE,DELEPIERRE,FREDERIC

Préalablement au drame, GL était dans un état de dépression majeure croissante dont son psychiare aurait pu et du tenir compte et au moins livrer ses notes et constats cliniques.
Le dossier montre bien qu’elle a agi sous l’effet d’une obsession morbide et hallucinée, dépresonnalisante.Son comportement après le drame, et au cours de sa détention montre bien son manque de logique paranoïaque versatile, aussi son intentin suicidaaide persiistante