« Il faut la dire coupable »
posté le 17 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte
Pour les parties civiles, l’internement serait une mesure inadéquate : l’accusée est coupable d’assassinats.
Yasmine était morte. Egorgée comme les quatre autres. Ils étaient tous morts. Le silence, terrible, s’était insinué sournoisement dans chaque pièce de la maison. Sauf dans le living où la télé continuait de babiller étourdiment, comme si les enfants faisaient encore cercle autour d’elle.
Geneviève Lhermitte l’avait éteinte machinalement. Il y avait ce vide en elle. Et, dit-elle, cette impression que sa tête se réduisait. Elle avait tué ses cinq enfants. Elle ne ressentait rien.
Mardi, les psychiatres ont dit que, ce jour-là, à cette heure-là, elle avait développé « un état dissociatif de dépersonnalisation transitoire » : une sorte d’état second qui avait aboli son discernement au point de la rendre incapable du contrôle de ses actes.
Mercredi, les parties civiles se sont récriées, les unes après les autres.
Pour elles, Geneviève Lhermitte a agi en toute lucidité : « On ne demande pas pardon – et vous avez imploré celui de vos enfants, madame, en leur fermant les yeux – si on n’a pas conscience d’avoir mal agi », a lancé Me Marie-Christine Calewaert.
Livide, Geneviève Lhermitte fixait l’avocate d’un œil vide qui ne cillait pas. Absente. Eteinte. Atone. Elle a passé toute la journée ainsi, son visage pointu tourné, inexpressif, vers ceux qui, tour à tour, s’employaient à démontrer qu’elle avait scrupuleusement ourdi « le plan de mise à mort » de ses enfants.
Que le moindre de ses gestes avait été marqué au sceau de cette volonté « de les enfermer dans un piège parfait », selon l’expression de Me Fernande Motte-de Raedt. Que son internement constituerait « une mesure inadéquate ». Qu’elle était une meurtrière – « manipulatrice avec ça », avait rajouté Me Amrani.
Pire : qu’elle avait assassiné ses enfants puisqu’il n’était pas douteux, comme Me Nathalie Gallant entreprendrait de le démontrer, qu’elle avait prémédité son geste. Qu’il fallait, en conséquence, la dire coupable. Et la condamner.
A les entendre tous, son habileté à elle était revenue à diluer sa faute. « A dire : “Je suis moins coupable parce que d’autres le sont aussi.” Puis à manipuler les faits jusqu’à devenir elle-même la victime des deux autres coupables : Michel Schaar et Bouchaïb Moqadem », résuma Me Gallant.
Elle avait anéanti la vie de son mari en tuant ses enfants – « Bouchaïb n’a plus d’avenir et il le sait bien », dit Me Motte-de Raedt – puis elle l’avait assassiné lui-même en le peignant en mari brutal et en père indigne.
Avec l’idée, sans doute, qu’on chercherait dans l’attitude odieuse de l’époux des circonstances propres à atténuer son geste, sinon à l’expliquer. « Le parfait équilibre des enfants atteste celui de leur milieu, dit Me Motte-de Raedt. Ce n’était pas, comme elle l’a soutenu, des enfants que leur père battait en les traitant de “petites crasses”. »
Le Dr Schaar aussi, elle l’avait sali. « Tout le monde l’a sali, s’est emporté son avocat, Me De Quévy. Sa bisexualité a été jetée en pâture au public et on en vint presque à oublier que c’est elle qui avait tué ses cinq enfants. »
Elle avait donné le change, des années durant. Elle avait dupé le Dr Schaar – « un homme trop bon » –, elle avait dupé son mari : deux hommes « installés dans un bonheur tranquille ». Elle avait menti par omission. Par dissimulation. Elle s’était tue chez son psy. Sa géographie mentale fit jusqu’au bout l’objet de thèses contradictoires.
Les experts psychiatres ont vu les lettres que Geneviève Lhermitte avait adressées au Dr Veldekens, en février 2007, comme « les appels au secours » d’une femme qui ne se sentait plus capable du contrôle de ses actes. « Elle semble demander qu’on l’arrête dans son geste mais, au moment de passer à l’acte, elle coupe son GSM et se garde de donner suite au message que son mari vient de laisser sur sa boîte vocale, comme si elle craignait que la moindre interaction avec l’extérieur ne vienne émousser sa détermination », observera Me Kauten.
Parce que, disent les parties civiles, sa décision de tuer est prise. Tout, dira Me Amrani, montre qu’il y avait chez elle « une résolution criminelle antérieure et réfléchie ». Une préméditation. Elle vole des couteaux, elle cache les GSM des aînées, elle écrit une lettre à son amie Valérie, elle ruse pour attirer les enfants à l’étage. Elle les a tous égorgés. Elle s’est, dit un avocat, rendue cinq fois coupable d’assassinat.
DETAILLE,STEPHANE
Commentaires
répondre