« Elle est malade, il faut la soigner »
posté le 18 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte

Les avocats de l’accusée s’en remettent aux conclusions des experts et sollicitent l’internement de leur cliente.
Evidemment, c’est une autre histoire. Ou plutôt, c’est la même histoire, mais considérée cette fois à travers le prisme de Geneviève Lhermitte. Un prisme sans doute déformant – son avocat, Me Spreutels, en convient sans peine – mais qu’importe dès lors que c’est ainsi qu’elle voyait les choses. Même si, dans le même temps, elle s’échinait à sauver les apparences d’une vie réussie : l’histoire d’une jeune femme instruite qui jouait Mozart à la flûte traversière, Chopin au violon, qui choyait un mari parfait et dorlotait cinq enfants magnifiques dans une vaste maison. « Comment peut-on tuer ses cinq enfants et attenter à ses propres jours quand on vit dans un paradis équipé d’une cuisine professionnelle ? », s’est interrogé Maître Magnée, son autre défenseur.
C’est que l’azur s’était insensiblement obscurci. Pas qu’il y ait eu quelque personnage vénéneux dans cette histoire-là. Au contraire : il n’y avait là que des gens parfaitement intentionnés. A commencer par le Dr Schaar, cet homme « incroyablement dévoué » auquel Me Spreutels allait d’ailleurs rendre un hommage appuyé.
Geneviève elle-même était à peu près irréprochable. Et Bouchaïb n’était probablement pas un mauvais bougre, tout profiteur qu’il fut – Me Spreutels, en se gardant habilement de forcer le trait, en fit le portrait d’un nabab qui « ouvre un œil à 8 h 50 » quand « les fourmis » Lhermitte et Schaar s’activent depuis la fine pointe de l’aube.
Non, c’est l’interaction de ces trois-là qui, peu à peu, s’avéra délétère, à compter de l’instant où elle, Geneviève, en vint à s’interroger sur le système autour duquel gravitait cette communauté atypique – le père adoptif de son mari est aussi l’ex-beau-frère, le cohabitant, le médecin de famille, le munificent mécène de la tribu considérée au sens le plus large.
Il y a, dans ce système, quelque chose de faux, d’éminemment artificiel qui, pense-t-elle, s’avérera intenable à long terme. Elle s’interroge. Et les questions qui la taraudent viennent s’enkyster dans son vieux fond dépressif où elles gangrènent tout d’autant plus vite que les angoisses de Geneviève ne trouvent aucun exutoire : « On ne communiquait pas entre ces trois-là, dit Me Spreutels. Chacun vivait dans ces certitudes. »
Alors, Geneviève avait traîné « son boulet en or massif » en tous sens dans son impasse. Elle avait développé un état anxio-dépressif sévère d’intensité mélancolique : une horreur.
Elle avait focalisé toute sa rancœur sur Schaar. Même s’il est clair que ce n’est parce que « le docteur claque les portes, pisse, rote ou pète », selon les mots de Me Magnée, qu’elle en vint à tuer ses enfants.
Non, si elle extermine sa famille, c’est qu’elle se trouve dans un état de déséquilibre mental très grave. « Quand on commet une folie, c’est qu’on est fou : il faut se contenter de l’explication des experts », dit Me Magnée. « Vous trouvez que c’est cartésien, vous, de tuer ses enfants en leur disant “je t’aime” ? », lance pour sa part Me Spreutels aux parties civiles. « Si Geneviève Lhermitte n’est pas une malade mentale, pourquoi aurait-elle tué ? Pour quel mobile ? », interroge Me Magnée.
Quand elle tue ses enfants, ont dit les experts psychiatres, elle se trouve « dans un état dissociatif de dépersonnalisation transitoire » : la conscience qu’elle pourrait avoir de ses actes est abolie. Et, disent les psys, elle se trouve aujourd’hui encore dans un état de déséquilibre mental qui la rend incapable du contrôle de ses actes.
« La réponse à la question – pourquoi ? – est dans le rapport des psychiatres : Geneviève Lhermitte est malade, dit Me Magnée. Et, à ce titre, elle doit faire l’objet d’une mesure d’internement. »
La prison ? Elle sera, dit-il, emprisonnée à vie dans son chagrin. « Chaque nuit, raconte l’avocat, elle rêve que ses enfants vivent. Et chaque matin, à son réveil, elle les tue une nouvelle fois : il faut la soigner. »
Questions aux jurés
Les jurés auront notamment à se prononcer sur l’internement de Geneviève Lhermitte. Comment ? En répondant à deux questions supplémentaires lors de leur délibération sur la culpabilité. 1 : a-t-elle commis les faits pour lesquels elle est accusée ? 2 : est-elle actuellement incapable du contrôle de ses actes ? Si les jurés répondent par l’affirmative à ces questions, il y aura également un second débat, avec réquisitoire et plaidoiries. Qui portera sur la nécessité de l’interner. Cela ne découlerait pas automatiquement de la première délibération. Car il faudrait également évaluer la dangerosité sociale de l’accusée. Sur ce point, les jurés devraient délibérer avec la cour, pour savoir s’il faut ou pas appliquer la loi de défense sociale. (J.-P. B.)
DETAILLE,STEPHANE
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