L’avocat général requiert une condamnation
posté le 18 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte
L’avocat général Pierre Rans en a convenu durant son réquisitoire : sans doute est-il confortable de penser que c’est un acte fou. Sans doute est-ce rassurant de considérer qu’une mère qui tue ses enfants n’a pu agir délibérément. Sans doute a-t-on pu, à cet égard, accueillir avec soulagement l’ultime rapport des psychiatres selon lequel Geneviève Lhermitte a égorgé ses cinq enfants alors qu’elle se trouvait dans un état de déséquilibre mental si grave qu’il la rendait incapable du contrôle de ses actes.
Ces conclusions, qui apaisent le sens commun, l’avocat général les considèrent pourtant avec circonspection. D’abord parce que cette volte-face des experts est d’autant plus ahurissante, dit-il, qu’elle paraît n’avoir été provoquée que par l’examen des deux lettres que Geneviève Lhermitte avait adressées à son psychiatre, juste avant le drame.
Ensuite – et surtout ! – parce que, dit-il, « accepter la position des experts, c’est admettre qu’il ne reste à l’accusée aucun espace de conscience et de volonté ».
Un raisonnement difficilement conciliable avec le caractère « méthodique, réfléchi, organisé » des cinq meurtres.
Cinq assassinats
L’avocat général s’est longuement attaché à démontrer que Geneviève Lhermitte avait agi avec la plus grande lucidité. Qu’elle avait commis cinq meurtres prémédités : cinq assassinats. Que rien ne justifiait qu’elle en vînt à pareille extrémité : ni son passé, ni son isolement, ni son contexte familial particulier dont elle livre une description rarement corroborée par des tiers.
Pour le ministère public, il faut dire Geneviève Lhermitte coupable et la condamner. « Et peut-être sera-ce pour elle l’option la plus profitable, a encore ajouté Pierre Rans. Parce que faire le choix de l’internement, c’est lui dire qu’elle n’est pas coupable parce qu’elle est malade. C’est lui dénier cette responsabilité qui est consubstantielle au rôle de mère. Et c’est, en conséquence, lui dénier une identité qu’il importe par-dessus tout de lui conserver. »
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