« Ma peine, je m’en fous »
posté le 19 décembre 2008 |
catégorie Affaire Lhermitte, Bibliothèque judiciaire

Coupable d’assassinats, elle prend le maximum. Peu lui importe : aucune peine ne sera plus longue que son chagrin.
Ma peine, je m’en fous complètement. Toute ma vie, je serai emmurée dans mon chagrin », a lancé Geneviève Lhermitte à la cour lorsqu’elle fut sur le point de se retirer pour débattre de la sanction à lui infliger. Elle l’a condamnée à la réclusion à perpétuité pour l’assassinat de ces cinq enfants, le 28 février 2007, dans la grande maison que la famille occupait à Nivelles.
C’est la vérité judiciaire : Geneviève Lhermitte expiera parce qu’elle n’est pas folle. Parce qu’elle ne l’a jamais été. Elle expiera parce qu’elle est coupable : vendredi, le jury a considéré dans son verdict qu’elle était responsable de ses actes. Et qu’elle avait prémédité le meurtre de ses enfants. Oui aux deux premières questions : le verdict est tombé de la bouche du 1er juré qui égrenait les réponses du jury, la main droite sur le cœur.
Le visage de Geneviève Lhermitte est demeuré indéchiffrable. Mais c’était le verdict qu’elle espérait : « Quand nous l’avons revue, juste après, dans sa cellule, son visage avait un air de plénitude, a raconté son avocat, Me Magnée. Ce que les experts avaient dit d’elle ne lui plaisait pas. Ce verdict répond à sa fierté de femme, à son honneur de mère : il était indispensable à ce véritable devoir de repentance auquel elle ne veut pas se soustraire. »
« Cinq ans par enfant »
Seul le verdict lui importait. Pas la peine. Cela pouvait pourtant être la réclusion à perpétuité si l’on appliquait sèchement le code pénal. L’avocat général Pierre Rans, lui, avait requis trente ans – « Je vous demande, en tout cas, de ne pas descendre en deçà de vingt-cinq ans, avait-il dit à la cour. Cinq ans par enfant, c’est un minimum. » Il fallait, dit-il, une peine qui rende un juste compte de l’extrême gravité des faits, de tous ces morts, de toutes ces vies ruinées, de l’indéfendable duplicité de cette mère qui avait trompé – et de quelle manière ! – la confiance de ses enfants.
Les avocats de Geneviève Lhermitte n’avaient rien demandé. Ils avaient seulement invité la cour à trouver « le ton juste », à reconnaître « de larges circonstances atténuantes » à leur cliente – à commencer, par ces « dix-sept années d’amour et de don de soi » qu’avait été sa vie d’épouse et de mère, avait dit Me Spreutels.
« Croyez-vous, avait demandé Me Magnée, que la société a besoin de trente années de la vie de cette femme pour l’édification des mères de famille parfaites qui en viendraient à envisager le pire ? » Il avait désigné Geneviève Lhermitte du doigt : « un paquet de souffrance » indifférent à son propre sort. « Trente ans, dit-il, ça lui convient. Elle en est là. Moi, je ne suis pas sûr qu’elle vivra encore trente jours. Elle vit un calvaire. Ne la suicidez pas. »
Un murmure a parcouru la salle lorsque l’arrêt est tombé, quatre heures plus tard : perpétuité. Geneviève Lhermitte n’a pas cillé. Son regard a cherché celui de sa mère. La cour ne lui a reconnu aucune circonstance atténuante. Elle a vu l’atrocité des meurtres. Cette mort dont les enfants « ont pu voir l’approche imminente ». L’acharnement de leur mère. Sa froide résolution.
Personne n’a triomphé. Tous les visages étaient tristes. Bouchaïb Moqadem, le père des enfants, a dit son soulagement : « La justice a été bien rendue : il n’y a pas de peine trop sévère pour ceux qui tuent des enfants. » Le Dr Schaar a fait tout aussi sobre : « Ce n’est pas une peine injuste dès lors qu’on a considéré que Geneviève Lhermitte était responsable de ses actes. Reste à tenter de survivre. »
La défense s’est inclinée. Me Magnée a livré la réflexion qui devait tarauder les esprits : « Je ne sais pas à quoi a pu servir ce procès. Dès lors que le jury a estimé que Geneviève Lhermitte n’avait pas agi en état de déséquilibre mental, son geste n’a pas d’explication. »
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