La volte-face de Josef Fritzl
posté le 18 mars 2009 |
catégorie Affaire Fritzl, Bibliothèque judiciaire

Autriche Il a reconnu sa culpabilité pour tous les chefs d’accusation
Il reconnaît même un homicide par non-assistance à personne en danger. Il risque plus que jamais la perpétuité.
Sankt Pölten
DE NOTRE CORRESPONDANT
Josef Fritzl baisse la tête, accablé. À l’ouverture du troisième jour de son procès, le septuagénaire autrichien accusé d’avoir séquestré et violé sa fille pendant 24 ans dans une cave, a changé d’avis. Il plaidera désormais coupable pour tous les chefs d’accusation retenus contre lui, y compris celui d’homicide par non-assistance à personne en danger qu’il réfutait précédemment. Cette volte-face ne laisse plus guère de doutes sur sa probable condamnation à une peine de prison à perpétuité.
Le coup de théâtre s’est déroulé à la reprise des débats hier matin. Face à la juge Andrea Humer, Josef Fritzl a demandé à prendre la parole, avant l’intervention très attendue de l’expert-psychiatre Adelhaid Kaster, qui avait rédigé en octobre dernier un rapport de 130 pages sur sa personnalité perturbée. Elle le jugeait alors « tout à fait responsable de ses actes » mais le tenait pour « absolument incurable ». Fritzl explique à la cour stupéfaite qu’il a changé d’avis lors de la projection du témoignage vidéo, long de onze heures, de sa principale victime, sa fille Elizabeth aujourd’hui âgée de 42 ans. « Je me reconnais coupable, je regrette. »
Son avocat Rudolf Mayer reste stoïque. Sa ligne de défense vient de s’effondrer. Lui qui avait préconisé de plaider non coupable pour les faits d’esclavagisme et d’homicide par non-assistance à personne en danger, ne pourra sans doute plus éviter la peine maximale pour son client. Verdict ce jeudi après-midi.
On se doute que Josef Fritzl a déjà anticipé les conséquences. « Je n’étais pas au courant, précise Rudolf Mayer. Tout ce que je sais, c’est que dans la nuit (de mardi à mercredi), mon client a sollicité l’assistance d’un conseil psychiatrique. Il doit avoir subi un choc » lors de la projection du témoignage vidéo de sa fille.
Qu’y avait-il dans cette vidéo qui ait pu ébranler un tel personnage, capable de résister à tous les doutes, tous les états d’âme pendant un demi-siècle ? « Je ne savais pas tout ce qu’Elizabeth a enduré », explique encore Josef Fritzl aux juges, la voix traînante, caverneuse. « Je suis coupable ».
Coupable, en particulier, d’avoir laissé mourir le petit Michael, nouveau-né de deux jours atteint de difficultés respiratoires, et dont le corps fut incinéré discrètement, de nuit, dans la chaudière de la maison familiale Amstetten, le 1er mai 1996. Dans sa déposition, dont peu de détails ont filtré, Elizabeth accable son père : elle est convaincue que le nourrisson aurait pu être sauvé s’il avait été confié à temps à des médecins. Un expert en néonatalogie auditionné lundi a dû confirmer cette version des faits. « Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas intervenu, renchérit Josef Fritzl. J’espérais que le bébé s’en sortirait ». Il marque une pause. « Je reconnais que je suis coupable, j’aurai dû reconnaître que le bébé allait très mal. »
C’est au tour de la psychiatre de s’exprimer. Heidi Kastner brosse le portrait d’un homme mû par ses pulsions, « sa soif de pouvoir, de contrôle, de domination » sur son environnement immédiat. Elle évoque « la peur de la figure de la mère », cette mère qui ne l’avait pas désiré. Elle pointe la volonté chez Fritzl de substituer à cette « absence de lien privilégié » une nouvelle relation, avec sa fille, contrainte et forcée, sommée de recréer avec lui « une deuxième famille » au sous-sol. Elle s’interroge enfin, sur le choix d’Elizabeth parmi ses sept enfants légitimes. « Elle était têtue comme moi, elle était aussi forte que moi, et plus l’adversaire est fort, plus grande est la victoire », lui aurait confié Fritzl lors de leurs entrevues en prison l’année dernière.
À l’issue d’un brillant exposé, la psychiatre viennoise confie qu’il existe un risque réel de récidive et que Josef Fritzl devra être placé dans un centre psychiatrique de haute sécurité. « Le danger persiste qu’il commette à nouveau des actes graves s’il n’est pas soigné, c’est pourquoi il sera nécessaire qu’on le traite et cela jusqu’à ce qu’on puisse dire qu’il n’est plus dangereux. »
PICARD,MAURIN
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